19 juin 2008
Handicapée par une instruction à peine ébauchée, la cour d'assises du Finistère avance cahin-caha dans le procès du meurtre d'André Morvan, rencontrant nombre de témoignages orientés et quelques élans de sincérité.Élodie n'a plus que des flashs, qu'elle a longtemps tenté de refouler tant le visage d'André Morvan, « en sang de partout », l'a poursuivie. Sur le corps de l'ancien chaudronnier de 56 ans, en préretraite, le docteur Barraine, médecin-légiste, a dénombré 30 lésions, dont un hématome intra-cérébral, « somme de tous les coups portés à la tête », lui a été mortel.
« J'étais lucide »
Elodie, aujourd'hui âgée de 19 ans, réprimant ses sanglots, est venue raconter cette funeste soirée du 13 août 2004. Une rumeur a parcouru la bande de punks squattant le vieux hangar du port de commerce : ce M. Morvan, qui se promène, est un flic. Titeuf, alias Morade Halleb, donne le signal de la curée. « Il y en a qui tapent sur les noirs, les homosexuels. Vous, c'est les policiers ? », le tance la présidente. Élodie raconte : « Titeuf était complètement défoncé. Il lui a sauté dessus ». Elle décrit Cid, alias Jérémy Nozières, le tapant à coups de talons de rangers dans la tête. D'autres se joignent au lynchage. Puis, c'est la scène du bastonnage à la barre de fer. « Titeuf et Cid tapent », raconte Élodie. Morade Halleb nie ce second épisode, et plus encore Jérémy Nozières, qui reconnaît simplement avoir mis « deux ou trois coups de pieds dans un moment de débilité ». Son défenseur, M e Appéré, à Élodie : « Pensez-vous qu'après tant de bières, votre témoignage est fiable ? ». L'adolescente n'en démord pas : « Je n'étais pas dans un sale état. J'étais lucide. C'est le temps qui brouille mes souvenirs ». M e Rajjou la rassérène : « Je ne vais pas vous reprocher vos problèmes de mémoire. Si le parquet de Brest n'a pas fait son travail, ce n'est pas votre faute ». C'est, en effet, l'obstination de cette adolescente qui a notamment permis de mettre hors de cause son client, Damien Cornuet. Élodie n'a pas varié hier : « Il est resté auprès de nous. Il a essayé de s'interposer. Il n'y avait rien à faire, alors il est revenu s'asseoir ». Son témoignage, capital, n'est pas de trop car Damien Cornuet, sevré de son addiction à l'héroïne, n'a plus qu'une véritable image : « M. Morvan à genoux, et quatre paires de rangers qui lui foutent des coups dans la tête ».
Les jurés impliqués
Qui au bout de ses rangers, avec Morade Halleb et Jérémy Nozières ? Luca Scarascia, Cédric, Eddy, Fabien... Les noms valsent. Eddy, routard au visage raviné, a été retrouvé. Il disculpe Damien Cornuet, mais élude les questions sur Scarascia. Tout comme Cédric. Confrontée à leurs petits arrangements avec la vérité, la présidente, Marie-Carmen Angel, mène les débats, tentant de combler les trous de l'instruction. Les jurés suivent son exemple et multiplient les questions. Rarement un jury populaire se sera autant impliqué, rendant ainsi justice à la mémoire de M. Morvan.
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