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Marine. Piégées en petite tenue sur internet

14 mai 2008

Prises début 2007 dans une chambre de l'internat de l'école de Maistrance, ces photos auraient tout d'abord été diffusées, à l'insu des jeunes femmes, sur un blog, courant 2007. Puis copiées par de nombreux internautes... <br/>Photo Claude Prigent

Après Paris Hilton, Laure Manaudou... c'est la Marine nationale que l'on déshabille sur internet. Une vingtaine de photos d'élèves sous-officiers féminins y circulent, à leur insu, depuis plusieurs mois. Le parquet de Brest a ouvert une enquête préliminaire.Strings rouges et guêtres blanches. La hiérarchie militaire a dû faire des bonds en découvrant, sur internet, une vingtaine de clichés mettant en scène six de ses personnels féminins, élèves de Maistrance - l'école qui forme, à Brest, les futurs sous-officiers de la Royale -, dans une tenue qui n'avait rien de réglementaire. Rangers et tenue de camouflage très légère y côtoient chemises blanches entrouvertes et tricornes cache-seins.Ces photos, qui restent très soft, auraient tout d'abord été diffusées, à leur insu, sur un blog courant 2007. D'un simple clic de souris, les clichés ont été copiés par de nombreux internautes qui les ont ensuite adressés à leurs connaissances. Les photos se sont donc propagées à grande vitesse, alimentant des discussions enflammées sur les forums de sites dédiés à la Marine. Sur l'un d'eux, on retrouve trace de commentaires, en février dernier, qui font état de la « consternation » et des protestations de certains marins d'État. Le retrait des photos, puis la suppression du site incriminé n'y ont rien fait. Impossible de détruire des clichés qui errent sur la Toile.

Atteinte à la vie privée

Les jeunes femmes ont donc décidé de porter plainte pour atteinte à l'intimité de leur vie privée. Un délit passible d'un an de prison et 45.000 € d'amende. Le parquet de Brest a ouvert une enquête préliminaire, qui a été confiée à la gendarmerie maritime. Les enquêteurs ont procédé à des saisies de matériel informatique, notamment au sein de l'arsenal de Brest, où les clichés ont beaucoup circulé. Plusieurs disques durs et cartes mémoire, dont ceux appartenant aux jeunes femmes et à leurs proches, ont été confiés aux experts informatiques de l'Institut criminel de la gendarmerie (IRCGN), en région parisienne. Leur examen n'aurait pas permis d'établir quelles étaient les premières personnes à avoir diffusé les photos. Le dossier pourrait donc se solder par un classement sans suite. Seule certitude : les clichés ont bien été diffusés à l'insu des jeunes femmes.

Défi et blague de potaches

Les photos auraient été prises en début d'année 2007, dans une chambre de l'internat de l'école. Les jeunes femmes, qui posent ostensiblement, auraient voulu relever une sorte de défi lancé par les élèves maistranciers.Les clichés n'étaient évidemment pas destinés à sortir du cercle des initiés, et n'auraient jamais dû finir sur internet. Ce qui aurait dû rester une blague de potaches vaut aujourd'hui aux six militaires, actuellement en activité sur différents sites de la Marine nationale et plusieurs bâtiments, des sanctions disciplinaires pour « attitude pouvant porter atteinte à l'image de la Marine ». « C'est la mise en scène, avec l'utilisation de la tenue de cérémonie qui a coincé », relève une source proche de l'enquête.Certaines « fêtes » sont une tradition dans la Marine. « Quand vous êtes enfermés pendant plusieurs dizaines de jours, 24 h sur 24, ces moments offrent, à l'équipage, l'opportunité de se relâcher », confie un officier qui souhaite rester anonyme. Comme dans toutes les marines du monde, le passage de l'équateur est l'une de ces occasions... que les marins immortalisent avec bonheur. Les clichés pris à cette occasion, rarement flatteurs, n'ont évidemment pas vocation à sortir du cercle des proches. Sauf à risquer ce qui vient de se produire avec les élèves maistrancières.

« Exhib sur un bateau de guerre »

Le pire peut aussi survenir. Comme ces mésaventures arrivées, il y a quelques années, à plusieurs marins, à Brest. Le premier avait fait entrer clandestinement une femme dans l'arsenal, et sur son navire, où il était censé monter la garde.De cette escapade très polissonne, le couple avait conservé des photos explicites, notamment prises en passerelle - ô sacrilège - sur le fauteuil du pacha ! Les clichés, intitulés « exhib sur un bateau de guerre », avaient ensuite été proposés sur internet, via le site personnel de la femme. Le marin fautif avait pu être identifié. L'une des photos, où l'on apercevait, en arrière-plan, un navire facilement reconnaissable (le Winner), désignait sans conteste le port de Brest. Pour éviter toute publicité sur cet épisode peu glorieux, une mesure alternative aux poursuites judiciaires avait été décidée. Le marin en question n'avait écopé que d'une sanction disciplinaire. A Cherbourg, un autre marin, qui avait diffusé les photos sur messagerie interne, avait été condamné à une amende avec sursis.

L'équipage en tenue d'Adam !

L'autre anecdote s'est produite dans la rédaction brestoise du Télégramme, où était parvenu un CD-Rom censé livrer, pour illustrer un reportage, les photos d'un navire. C'est finalement une partie de l'équipage du bateau, en tenue d'Adam, qui est apparue sur les écrans ! Les militaires avaient imité les rugbymen qui posent nus sur des calendriers. Chaque marin avait son intimité masquée par un objet représentant sa spécialité. Janvier : le cuistot et sa casserole. Février : l'artilleur et son obus de 100 mm... Le CD-Rom a gracieusement été rendu à son propriétaire, empourpré, confus, désolé, navré...

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