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Finistère

Canada-Brest. Retrouvailles post mortem

12 mai 2008

A gauche, seule; à droite, avec son époux.<br/>Photos DR

Le Canadien Robert Anderson fut l'un des nombreux aviateurs à perdre la vie lors des bombardements de Brest. Vendredi, les cendres de son épouse vont le rejoindre au cimetière de Kerfautras.Début avril 1941. Un bombardier Wellington du 218 e Squadron de la RAF décolle de la base de Marham, dans le Norfolk, en Cornouailles. Sa mission : arroser de bombes les cuirassés Scharnhorst et Gneisenau, basés à Brest. Le navigateur Robert Anderson et ses cinq camarades anglais et néo-zélandais ne reverront pas les côtes anglaises. Abattu au-dessus de la rade, l'appareil ne sera jamais retrouvé. Un seul corps sera repêché.

Accroché à son parachute

Le 14 avril, Simonne Piriou descend pêcher des coquillages sur la plage de Kérangall, là où se dresse aujourd'hui Océanopolis. Elle aperçoit sur les flots une longue pièce de tissu. Il s'agit en fait d'un parachute. Robert Anderson y est toujours sanglé. Il est mort, ses yeux bleus grands ouverts. Dans son portefeuille, plusieurs photos, dont celle d'une belle femme brune.Simonne alerte des soldats allemands qui se baignent à proximité. Le jeune Canadien, âgé de 25 ans, sera enterré le 10 avril à l'entrée du cimetière de Kerfautras. Simonne, Pierre, son mari résistant, et leurs deux enfants, ne l'oublieront pas. « Chaque fois, qu'on passait saluer nos proches au cimetière, on s'arrêtait toujours sur la tombe de Robert. Il fait un peu partie de la famille », raconte aujourd'hui l'un des fils, Jacques. L'histoire aurait pu s'achever là. C'était sans compter sur la chance et... internet.

Un mail des États-Unis

En retraite de l'enseignement en 2001, Jacques Piriou a voulu savoir qui était vraiment Robert Anderson. Avec l'aide d'un journaliste du Cornish Guardian, qui écrit un article, et d'un spécialiste de l'aviation, il a retrouvé la trace du navigateur. Difficilement. Lorsqu'il s'était engagé, Robert Anderson avait, en effet, hérité d'une mauvaise adresse de naissance. Il faudra une rencontre fortuite entre le journaliste anglais, Ian Shepherd, et une consoeur canadienne, émue par l'histoire, pour que les choses s'accélèrent.Janvier 2007. Un mail d'un couple d'Américains atterrit sur l'ordinateur de la famille Piriou : ils ont vu l'article du Cornish Guardian sur le net, ont retrouvé la trace du fils de Simonne, grâce au collège où il enseigna quelques années en Angleterre.L'homme s'appelle Scott. Il est le fils de Ruth, la femme que Robert épousa le 4 décembre 1940. Après le décès de son époux, Ruth refit sa vie en Amérique du Sud. Depuis son divorce, trois ans tard, elle est restée seule. « Jamais, elle n'a oublié le premier homme de sa vie », relate Jacques. Ruth est décédée et a été incinérée en 2005, sans savoir que Son Robert était enterré à Brest.Scott, pilote de profession, et Laura, son épouse, ont décidé de venir sur sa tombe, vendredi prochain, une urne dans leurs mains. Pour mettre fin à une séparation de 68 ans.

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