4 avril 2008
Mohamed Loueslati, imam de la prison de Rennes, a donné une conférence, hier, auprès d'une vingtaine de détenus de L'Hermitage. Depuis janvier, la prison de Brest n'a plus d'imam.Dans l'amphithéâtre de la prison de L'Hermitage, à Brest, une vingtaine de détenus ont pris place, ainsi que deux aumôniers catholiques. En mezzanine, cinq femmes et un mineur participent aussi à la conférence. Tous les musulmans ne sont pas là, ils sont 90, sur 400 détenus, à recevoir des repas halal.« Une proportion qui peut monter à 30 %, voire plus, dans certaines prisons parisiennes. C'est le résultat de l'échec de l'intégration », considère Mohamed Loueslati, aumônier musulman pour les prisons du Grand Ouest, qui visite aussi régulièrement qu'il le peut les 20 établissements de Bretagne, Basse-Normandie et Pays-de-la-Loire. « Mais nous sommes bénévoles et l'État ne nous aide pas beaucoup ».Depuis 2000, il est imam de la prison de Rennes où il prêche chaque vendredi. Ici, il vient parler de l'histoire du monde arabe, des grands médecins philosophes Averroès ou Avicenne, de la distinction entre culture, traditions et religions. « Le Coran parle des gens du Livre et met sur un pied d'égalité les trois religions », explique-t-il. Calme et patient, il fait participer et interpelle son auditoire.
Engager un dialogue
Un groupe de jeunes détenus exprime sa colère face aux difficultés d'intégration, au racisme. Lorsque l'imam leur parle d'un ancien détenu aujourd'hui réinséré et qui travaille dans le nettoyage, ils se moquent. L'un d'eux cite le Coran pour justifier de ne pas travailler de ses mains. « Le prophète a dit tout l'inverse : la main d'un manuel ne va jamais en enfer. Plus le travail est difficile et plus il est valorisant dans la religion musulmane. Un être humain compte par sa volonté. Pourquoi attendre que tout vienne des autres, il faut se fixer des objectifs », répond l'imam citant sa propre expérience. Tunisien d'origine, arrivé en France en 1974, il a fait des études supérieures en travaillant parallèlement. Il ne convainc visiblement pas le groupe.« Quand on arrive dans une prison c'est souvent comme ça au début, puis la régularité permet d'engager un dialogue, de faire comprendre que l'islam, ce n'est pas la violence, c'est d'abord apprendre à vivre ensemble ».
« L'islam fait peur »
Interrogé après la conférence, un détenu, Hakim, regrette qu'il n'y ait pas eu plus de non-musulmans à participer : « L'Islam fait peur aux gens, qui l'associent au terrorisme. Certains instrumentalisent l'islam à des fins politiques. L'éducation m'a aidé à découvrir autre chose sur ma religion ».Le Grand Ouest compte une quinzaine d'aumôniers musulmans, dont une femme. « Je recherche un nouvel imam pour Brest, le précédent est parti en janvier », explique Mohamed Loueslati.
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