4 avril 2008
En 1948, Jacques Unvoas et Louis Kervoaze apprenaient ensemblele métier de pilote de chasse. Ils ne s'étaient pas revus depuis. Un ami commun leur a fait une jolie surprise en les réunissant à Lannion, 60 ans après. Aujourd'hui, les deux Bretons ont 80 printemps et volent toujours !Le brouillard a bien failli gâcher les retrouvailles. L'horloge de l'aéroport approche des 15 h lorsque le petit avion de Louis Kervoaze atterrit finalement à Lannion. Dans le restaurant de l'aérogare, Jacques Unvoas a terminé son repas depuis un moment. Il attend.Casquette bleue sur la tête, Louis le salue. « Bonjour Monsieur. On ne se connaît pas... ». Léger sourire. « Oh si. J'ai une photo pour toi », répond Jacques. Surpris du tutoiement, Louis scrute son vis-à-vis un instant. Le temps qu'il lui glisse sous le nez un cliché en noir et blanc. « Cognac, 1948 », lance Jacques.
« La chasse bordel ! »
Louis n'en revient pas. Il est face à son camarade de promo dans l'armée. Sur la photo, il se revoit il y a soixante ans. À l'époque, les deux hommes passent leur brevet de pilote en Charente. Puis ils deviennent amis à l'école des pilotes de chasse de Meknès, au Maroc. Avec un certain Bernard, ce sont les seuls Bretons d'une promo de 32. Ils ont 20 ans.Une vie plus tard, les deux anciens copains sont face à face grâce à Jean-Yves Michel. L'ancien directeur de l'aéroport de Morlaix (29) a tout manigancé. Il est fier de son coup. Louis vit à Bégard (22), Jacques à Morlaix. Mais aucun n'avait idée de ce qu'était devenu l'autre.« La chasse bordel ! Et mort aux cons », lance, d'un coup, Louis Kervoaze en riant. Le cri de ralliement des pilotes de chasse. Les vieux souvenirs remontent à la surface. Les anecdotes aussi.
En vol avec Cimetière et Lamort
Les deux hommes se souviennent du nom de leurs instructeurs. « Le commandant de groupe, c'était Cimetière et un autre s'appelait Lamort. Fallait pas avoir peur pour voler avec eux ! », sourit Jacques.Les deux pilotes parlent aussi des avions de l'époque. Les Tiger Moth, Junkers 52, BT9, Sipa 10. Sans oublier le Spitfire. Le mythique cracheur de feu. « C'était un monoplace, donc on se débrouillait sans instructeur », poursuit Jacques en repliant le papier jauni qui l'autorisait à piloter le Spitfire.Les deux hommes racontent leur vie. Jacques Unvoas n'a fait que cinq ans dans l'armée de l'air. Il évoque la guerre d'Indochine. De 1952 à 1956 pour lui.Puis il revient sur sa carrière dans l'aviation civile. D'Air Vietnam à Air France en passant par Air Liban. En 60 ans, il en a piloté des avions. Il a 25.000 heures de vol au compteur ! « Du Stamp à l'Airbus A320. Plus personne ne fera ça », s'enthousiasme Jean-Yves Michel.Jacques a 81 ans. Il continue de piloter. « Ah, tu voles toujours... Ben moi aussi ! », rigole son copain. Louis en est à 12.800 heures de vol. Après quinze ans dans l'aéronavale, il a cessé de piloter de 1961 à 1974. Mais aujourd'hui, à 80 ans, il s'envoie toujours en l'air... pour le boulot. À bord de son Cessna, Louis assure la surveillance aérienne de la pêche à la coquille, en baie de Saint-Brieuc. « Tant que le médecin me dira que c'est bon, je continuerai », se marre-t-il.Bras dessus, bras dessous pour la photo souvenir, les deux hommes ont déjà prévu de se revoir en mai à Morlaix. À l'aéroport bien sûr.
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