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Economie

Crise financière. L'aveu d'impuissance de la Fed

19 mars 2008

La Fed a abaissé hier son taux directeur de trois-quarts de points. Un remède à court terme qui n'est pas sans effetsQuelque chose ne tourne pas rond à la tête de la Réserve fédérale américaine. Dimanche, la Fed avait subventionné le rachat d'une banque au bord de la faillite en invoquant le risque d'un krach et en promettant d'autres mesures rapides et radicales. Lundi les marchés financiers attendaient donc une baisse d'au moins un point du coût du crédit. Hier soir, la baisse n'a été que de trois quarts de point, accompagnée d'un commentaire alarmiste en contradiction avec la décision qu'elle venait de prendre.Le commentaire de la Fed sonne comme un aveu d'impuissance face, non pas à une crise, mais à deux crises simultanées. Il y a d'une part, la crise du crédit et les « tensions considérables » qu'elle génère sur les marchés financiers. Il y a d'autre part, l'entrée en récession de l'économie américaine avec une « détérioration persistante des perspectives. »Pour comprendre l'embarras de la Réserve fédérale, il faut essayer d'imaginer la conjonction d'un séisme pendant un ouragan.La crise du crédit est en train de se transformer en crise bancaire. Les premières victimes des produits financiers contaminés par des dettes insolvables ont été des fonds spéculatifs en quête de très hauts rendements. Puis des filiales de banques ont été atteintes en même temps que de petites banques spécialisées en Allemagne et en Grande-Bretagne. Maintenant, ce sont des banques d'affaires qui tombent, perdant en une journée quinze fois leur valeur d'il y a un mois. Les autorités qui sont censées rassurer les marchés les affolent sans le faire exprès.

Défiance

Deux exemples : en injectant subitement trente milliards pour sauver une banque, la Fed oblige à se demander à combien se montera le prochain chèque pour un autre établissement défaillant. Interrogation d'autant plus légitime qu'une agence de notation croit devoir affirmer qu'avec 285 milliards de dollars de pertes, la moitié de la crise est résolue ; tout le monde comprend qu'il y a encore près de 300 milliards de produits contaminés en circulation. Mais personne ne sait chez qui. La défiance renaît et ce n'est pas la baisse des taux survenue hier soir qui peut l'apaiser.L'autre crise - entrée en récession de l'économie réelle - est alimentée par la crise du crédit mais aussi... par les remèdes à la crise du crédit.

Effets nocifs

Le fait d'injecter massivement des liquidités pour empêcher un krach bancaire est, en temps normal, un bon moyen de lutter contre la récession. En ce moment, c'est nocif car la baisse des taux fait chuter le dollar : les partenaires commerciaux rémunérés en dollars compensent leurs pertes de revenus en augmentant les prix du pétrole et des matières premières. Autant de hausses qui accélèrent la récession américaine. Ensuite, les liquidités déversées pour éviter le krach génèrent de l'inflation sur fond de croissance déclinante. C'est la stagflation, mélange de stagnation des richesses produites et de hausses des prix.

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