Europe. Y a-t-il encore un couple franco-allemand ?
12 mars 2008
Les différends entre Paris et Berlin se multiplient, dernièrement sur l'Union pour la Méditerranée. A la veille d'un sommet européen, la question se pose sur la permanence du couple franco-allemand. Les réponses de deux experts.Comment analysez-vous cette multiplication de couacs entre la France et l'Allemagne ?Florence Deloche-Gaudez (secrétaire générale du centre d'études européennes de Sciences Po) : Un désaccord en soi n'est pas un problème. On l'a vu souvent dans le couple franco-allemand, cela ne marche pas d'emblée et il y a toujours un mélange de coopération et de rivalité. Mais si cette machine à fabriquer des compromis marche moins bien, cela devient inquiétant. Il y a certes une opposition de styles entre Merkel et Sarkozy, mais je pense qu'on sous-estime l'importance des facteurs économiques. Le fait que la France n'ait pas essayé de redresser ses finances publiques ne rend peut-être pas l'Allemagne encline à passer sur d'autres choses et alimente les reproches.Martin Koopmann (politologue à l'institut berlinois DGAP) : Les conflits sont de nature différente. Ceux qui existent depuis des années sur le rôle de la BCE ou la politique monétaire ne sont pas si dangereux car ils n'empêchent pas de travailler ensemble. En revanche, la différence de vision à long terme concernant l'Union pour la Méditerranée aurait pu être plus dangereuse. Du côté de Nicolas Sarkozy, il y a la tentation de résoudre les problèmes européens avec des moyens non communautaires et un problème de méthodologie dans le fait de proposer un nouvel instrument sans consulter les autres. Ce sont deux approches qui ne plaisent pas aux Allemands.Dans une Europe élargie, le couple franco-allemand a-t-il encore une pertinence ?F D-G. Dans une Europe élargie, il y a plus que jamais besoin d'un moteur. Mais l'avenir du couple franco-allemand, c'est de s'ouvrir à d'autres partenaires. Il faudrait créer un processus de fabrication du compromis qui fasse intervenir d'autres États.M K. Il y a une formule très simple : « Le couple franco-allemand n'est plus suffisant, mais toujours nécessaire pour que l'Europe avance ». Quand l'Allemagne et la France ne se mettent pas d'accord, elles peuvent tout bloquer. Mais il faut d'autres partenaires. Je pense à des noyaux flexibles aux côtés d'un noyau dur France-Allemagne. Pour la Défense, il faudrait plus de coopération avec la Grande-Bretagne, et pour la PAC, avec la Pologne.Quelles sont aujourd'hui les convergences entre les deux États ?F D-G. La convergence principale, c'est le Traité de Lisbonne. La volonté de Nicolas Sarkozy de remettre la France en bonne position en Europe a rejoint la préoccupation d'Angela Merkel de sauver le traité constitutionnel.M K. La mise en oeuvre du Traité de Lisbonne et des nouvelles institutions, notamment en politique étrangère et en Défense, sont des points cruciaux pour les deux États. À mon avis, on est prêt à coopérer ensemble car il nous faut une politique commune d'approvisionnement et de sécurité en énergie. Il n'y a pas aujourd'hui de réponse commune, mais une convergence dans l'analyse. Il nous faut également une politique commune d'immigration.