Jean-François Probst, ancien collaborateur de Charles Pasqua et Jacques Chirac, est un des meilleurs connaisseurs de la droite française. Il juge ici le style de gouvernement de Nicolas Sarkozy et analyse les turbulences actuelles.Comment expliquer la dégringolade de Nicolas Sarkozy dans les sondages ?La descente aux enfers a commencé avec l'épisode sinistre de la visite du colonel Kadhafi. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, la publication, avant les municipales, du rapport Attali a eu un effet désastreux sur l'opinion. L'affaire de Neuilly survient comme la cerise sur le gâteau pour donner le sentiment que Nicolas Sarkozy a perdu la main. La gestion de sa vie privée agitée lui a, enfin, aliéné la partie la plus âgée, la plus conservatrice et la plus catholique de son électorat de la présidentielle.Comment Nicolas Sarkozy en est-il arrivé à perdre Neuilly, la ville qui fut son fief pendant un quart de siècle ?Sarkozy a oublié l'histoire récente de Neuilly. Cette ville ne se donne pas toujours au candidat officiel de la droite. En 1978, Robert Hersant, pourtant investi par Giscard et Chirac, avait été battu par Florence d'Harcourt. Nicolas Sarkozy aurait dû d'autant plus s'en souvenir qu'il avait été alors le directeur de campagne d'Hersant. Et, en 1983, il avait lui-même arraché la mairie au nez et à la barbe de C. Pasqua à qui elle semblait pourtant devoir être dévolue. Neuilly est certes de droite, mais la ville est également rebelle.Qu'est-ce qui différencie Nicolas Sarkozy de ses prédécesseurs Mitterrand et Chirac ?Nicolas Sarkozy a le culot de Chirac et le machiavélisme de Mitterrand, qui disait de lui qu'il « était doué pour trahir, mais cela ne suffit pas ». Si, tel un boxeur sur le ring, Sarkozy a de l'énergie à revendre, il lui manque une dimension qu'avaient ses deux prédécesseurs : celle de la province.Quelles sont à vos yeux les erreurs de management commises par Nicolas Sarkozy depuis son entrée à l'Élysée ?Il a un problème d'entourage. On ne gouverne pas un pays comme la France en envoyant ses collaborateurs sur les plateaux de télévision. Il lui faudrait s'appuyer sur des aides de camp plus légitimes. Au demeurant, les élus qui l'entourent habituellement, les Jégo, les Balkany ou les Estrosi ne suffisent pas à crédibiliser l'action présidentielle.Peut-il rebondir ?Il peut y parvenir s'il accepte de faire le dos rond, s'il ne s'implique pas dans les municipales et s'il solde l'affaire de Neuilly (ce qui n'est pas encore le cas). Il serait bien inspiré de laisser Fillon aller au charbon. Sous la V e République, un Premier ministre sert précisément à cela.Dans votre livre, vous faites le portrait du carré de dames du Président. Parmi elles, vous distinguez Rama Yade, qui était pourtant inconnue du grand public avant d'entrer au gouvernement. Pourquoi ce choix ?Cette femme, que j'ai pu observer depuis longtemps puisqu'elle était administratrice du Sénat, est une vraie pointure et elle en surprendra plus d'un.Pourquoi qualifiez-vous Christine Lagarde de « joker du Président » ?Parce que cette femme est ambitieuse, courtoise et rigoureuse. Quelqu'un capable de renoncer à un des plus gros salaires américains pour devenir ministre a l'étoffe nécessaire pour aller loin ; peut-être jusqu'à Matignon. Et, n'oublions pas que cette ancienne sportive de haut niveau est capable de gagner une course dans un dernier sprint.