16 janvier 2008
Aujourd'hui, Sylvie Roux sera reçue par Nicolas Sarkozy à l'Élysée. Aux côtés de sept autres membres du comité national des pêches et des représentants du comité de crise bigouden. Ce n'est pas la première fois que cette épouse de patron pêcheur finistérien, secrétaire nationale de l'Union maritime CFDT, se retrouve en première ligne.Elle connaît mieux les arcanes de Bruxelles que les salons de l'Élysée. Qu'importe : où qu'elle soit, Sylvie Roux porte la parole du monde de la pêche. En sachant de quoi elle parle. Comme la façon de gérer l'éco-contribution, cette taxe de 2 % payée par les distributeurs sur la vente du poisson, pour compenser le coût du gazole, le sujet du jour (lire également en page 8).« Femme de marin, c'est un atout », dit-elle. À l'heure où l'on évoquera l'éco-taxe devant le président, Yves, son époux, patron d'un 24 mètres, la Marie-Josèphe, sera en pêche, avec ses quatre matelots, en mer d'Irlande. Alors, le prix du gazole, les charges et contraintes qui pèsent sur le métier, Sylvie Roux connaît. Et elle ne trouve pas du tout contradictoire de défendre les intérêts des matelots à la pêche industrielle - trois adhérents sur quatre - puisqu'elle est aussi secrétaire générale du syndicat national des marins pêcheurs artisans.
Crise de 93-94
Sylvie Roux, qui demeure à Plomelin, près de Quimper, connaît le prix de l'effort. Elle revient toujours à l'acte fondateur de son engagement que fut la crise de la pêche de 1993-1994. Ce n'est pas sur les bancs de la fac de Brest, où elle a décroché un Deug d'anglais, que cette fille de charcutier de Trébeurden (22) s'est engagée. Pas davantage lors des années où, en élevant leurs deux enfants, elle a épaulé son époux, un gars du coin devenu patron pêcheur à la force du poignet, après avoir débuté comme mousse sur un crabier au Conquet (29).Non, c'est dos au mur que Sylvie Roux s'est retrouvée en première ligne. « L'engagement des femmes lors de la crise de 93-94 fut très important. On était 350 au sein de l'association des femmes de marins Douarnenez-Audierne ». Elle n'a rien oublié des solidarités de l'époque : les colis alimentaires, le ramassage des carottes dans les champs, le lait offert par les paysans, les soupers de pêcheurs pour récolter des fonds, le troc, les manifestations et mobilisations en tous genres. Un mouvement né dans l'urgence qui a alors permis à des centaines de familles de survivre. « On n'a pas laissé notre part aux hommes et ça a été énorme », dit la vice-présidente de l'association de femmes de marins d'Audierne-Douarnenez, à l'origine, avec d'autres, des fameux comités de survie.
Volontarisme
Le statut de conjoint collaborateur, avec la loi pêche de 1997, sera l'aboutissement de cette prise de conscience. « Ce fut une reconnaissance et une avancée, même si peu de femmes ont su en profiter », regrette-elle.En 1998, elle grimpe logiquement une autre marche, en prenant la vice-présidence du comité local des pêches d'Audierne, désignée par la CFDT. Et c'est auprès du syndicaliste Jean-Marc Barrey qu'elle apprend à défendre les intérêts de la profession au sein des arcanes régionale, parisienne et bruxelloise.Lors du départ à la retraite de son mentor, il y a 18 mois, elle lui succède avec une grande modestie. Sylvie Roux est aujourd'hui la seule femme à avoir des responsabilités nationales au sein du monde de la pêche, elle qui fut, en 2003, la première femme élue vice-présidente du comité régional des pêches. « Les spécialistes de la pêche ne sont pas légion. C'est un monde à part, où il n'y a pas les 35 heures mais des usages locaux, des réalités à prendre en compte au sein de chaque communauté de pêcheurs », dit-elle.Elle plaide pour le volontarisme, pour que la femme « prenne toute sa place », mais reconnaît mal supporter les féministes. Elle refuse l'idée de quotas de femmes dans les structures, parce que c'est « trop dégradant », parle de compétence à assumer, « d'oser prendre la parole ». Ce qu'elle fera aujourd'hui, sans hésitation, au nom de la profession.
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