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France

Marine. C'est Toulon qui sera la base des SNA

21 février 2009

Coup dur pour Brest, qui espérait, depuis des années, voir tous les sous-marins nucléaires regroupés sur sa base navale. Il n'en sera rien: le ministre de la Défense a tranché. C'est Toulon qui sera le port-base des SNA actuels et des futurs Barracuda.

La Marine dispose actuellement de six SNA de type Rubis en flotte. Photo Marine Nationale

Brest en rêvait. L'espoir s'est écroulé brutalement. «Hervé Morin a pérennisé la vocation de Toulon à accueillir les SNA», a confirmé hier la Marine (*) et le cabinet du ministre. Les futurs Barracuda rejoindront les sous-marins nucléaires d'attaque en service actif à Toulon.

Raisons économiques et stratégiques

«La base navale de Toulon est retenue comme port-base et port d'entretien majeur des SNA type Barracuda», peut-on lire aussi sur le site du ministère. Mais Brest ne perd pas tout! La ville aura un lot de consolation. Le ministre précise «qu'une capacité d'entretien doit également être maintenue à Brest». On comprendra que pour le bassin brestois, en terme d'emplois, ce n'est pas du tout la même chose. Pourquoi avoir renoncé au transfert des sous-marins à Brest? Pour des raisons économiques déjà, explique-t-on. A l'heure où la Marine doit se serrer la ceinture, il aurait fallu entreprendre des travaux pharaoniques à Brest et l'addition aurait été très salée. Pour des raisons stratégiques aussi. Mettre tous les sous-marins nucléaires à Brest, cela revient, souligne-t-on au cabinet du ministre, à «mettre tous ses oeufs dans le même panier», c'est dire que regrouper sur un port toutes les activités liées aux sous-marins nucléaires, c'était en faire une cible de choix. Pour des raisons opérationnelles encore, le port-base de Toulon a eu la préférence du ministre. Sa situation géographique, explique-t-on, permet aux SNA d'être au plus près des zones d'action, et d'intervenir plus vite sur les théâtres de crise. C'est la déclinaison du Livre blanc pour la Défense: «Le port de Toulon est idéalement situé pour couvrir l'axe stratégique prioritaire, allant de l'Atlantique à l'Océan Indien, via la Méditerranée», précise le texte ministériel.

Un choix politique ?

Chez les marins, on soulignait hier que la décision, sous l'angle militaire, opérationnel et stratégique, tenait en substance la route. Les politiques ne seront pas forcément sur la même longueur d'ondes! Nombre de députés bretons et d'élus brestois se sont battus pour le transfert des SNA à Brest (lire ci-dessous). Les élus de l'opposition pourront souligner que le choix de Toulon est politique: n'est-ce pas Hubert Falco, actuel secrétaire d'Etat chargé de l'Aménagement du territoire, qui est aussi le maire de Toulon? On pourra toujours dire qu'il a bien réussi à défendre son dossier et à sauver le dossier des sous-marins. «Rien de politique dans tout ça», assure-t-on au cabinet d'Hervé Morin.

(*) La Marine dispose actuellement de six SNA de type Rubis en flotte. Les Barracuda devront être six aussi. Le premier doit être livré en 2017, le dernier en 2028. Les SNA actuels, qui auront navigué autour de 35 ans, seront donc progressivement remplacés par les Barracuda

  • Catherine Magueur

Brest: coup de froid pour un port qui s'essouffle

Alors que le nombre de navires militaires diminue d'année en année à Brest et n'est pas prêt d'augmenter avec l'arrivée des frégates multimissions, véritables «couteaux suisses» de la Marine du troisième millénaire, l'annonce du ministre de la Défense tranche une question largement débattue depuis une dizaine d'années et met KO les velléités des politiciens locaux, qui voyaient une opportunité pour Brest de concentrer l'ensemble des forces sous-marines françaises. Cette décision balaie définitivement les espérances de renforcement du potentiel militaire brestois. Des Brestois qui pourtant fondaient de beaux espoirs depuis l'installation des bureaux parisiens de la Force de dissuasion (Fost) à Brest depuis le début des années 2000. «C'est une catastrophe pour le bassin d'emploi brestois», déplore l'ancien député PS Tino Kerdraon, qui fut membre de la commission de la Défense à l'Assemblée. Il n'avait pas ménagé ses efforts sur le dossier. «A part l'argument des théâtres d'opération plus proches de la Méditerranée, tout jouait en faveur de Brest en matière de logique et d'organisation industrielle. L'expérience et le savoir-faire accumulé de l'Ile Longue était un argument en béton. Les projets d'infrastructures portuaires pour la base navale brestoise étaient importants, en plus de la charge de travail qu'aurait générée l'activité et le plan de l'entretien de ces six nouveaux sous-marins nucléaires.». La députée UMP Marguerite Lamour, actuellement membre de cette même commission, estime au contraire que Brest est loin d'être la plus mal lotie à la lumière des efforts de réorganisation militaire engagés. «Nous disposons de la plus forte base de défense expérimentale de France et il n'y a pas de diminution du plan de charge ou de moyens pour Brest.» Faisant partie de la même commission, la députée PS Patricia Adam, regrette, elle, que les députés UMP (Lamour et Ménard) aient aussi peu défendu les arguments brestois. «Ce n'est un secret pour personne. Brest offrait la solution la plus économique dans le regroupement des forces sous-marines. C'est évidemment une décision politique qui a primé. Brest a déjà perdu son potentiel de construction neuve, le port perd progressivement les capacités qui ont fait sa force. Plus de porte-avions nº2, pas de BPC: on attendait beaucoup de cette nouvelle charge de travail et des infrastructures qu'il aurait fallu bâtir pour accueillir ces six sous-marins.»
  • Stéphane Jézéquel

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