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Obama élu président des Etats-Unis

Une campagne hors du commun

5 novembre 2008

La mobilisation exceptionnelle des électeurs américains, hier, met un terme à une campagne électorale hors du commun. Jusqu'à la dernière heure, les deux candidats, avec plus ou moins d'habileté, se seront battus pour la victoire.

  • Colistière de John McCain, Sarah Palin aura été, tout au long de la campagne, la risée des humoristes et de nombreux médias.
  • De notre envoyé spécial à Washington
    Jusqu'au bout, la campagne aura battu son plein, John McCain tentant de retourner à son profit les millions d'indécis tandis que Barack Obama enregistrait avec confiance une mobilisation sans précédent des électeurs, qu'ils soient issus des minorités noires et hispaniques mais aussi de la majorité blanche. Car comme le constatait hier, résigné, Jack, un militant républicain : « Certains qualifient Obama de produit marketing. Mais le phénomène dépasse les clivages raciaux. Il n'est d'ailleurs entouré que de Blancs. C'est un produit fabriqué par l'élite démocrate ». 
    A l'inverse, notait Steve, un militant démocrate, « à chaque fois que McCain est passé à la télé, il n'a dit que des conneries et ne s'est pas démarqué assez tôt de Bush », faisant référence à la tactique de Sarkozy pour marquer sa rupture avec Chirac. Et notre homme d'ajouter : « Il aurait dû profiter de la crise pour dire qu'il fallait changer le système. C'est ce qu'attendait l'Amérique profonde qui crève de faim. Il a été très mal conseillé ». D'autant que le républicain commit l'erreur d'affirmer, peu avant l'effondrement de Wall Street, que les fondamentaux de l'économie américaine étaient solides. De plus, il voulut annuler son débat avec son rival quand la crise financière survint, tandis qu'Obama se précipitait à la Maison Blanche pour en parler avec Bush. Au moins McCain, le « maverick » (mouton noir, réputé incontrôlable), a-t-il eu l'élégance de ne pas mener une sale campagne en montant un camp contre l'autre, comme l'avait fait avec une réelle efficacité l'administration républicaine et néoconservatrice de George W. Bush.
     
    Les gaffes de Sarah Palin
    Autre difficulté, le choix de sa colistière, la gouverneure de l'Alaska, Sarah Palin, qui aura été la cible des humoristes tout au long de la campagne. Tout d'abord pour avoir étalé ses lacunes en politique étrangère lors de sa première intervention télévisée, où elle se targuait de connaître la Russie, dont elle apercevait les côtes de sa résidence en Alaska. Ce furent ensuite sa prestation dans le show télévisé « Saturday Night Live » aux côtés de sa doublure, Tina Fey, et de l'acteur Alec Baldwin, où elle apparut ridicule ; la controverse sur ses dépenses somptuaires de vêtements ; enfin, le coup de fil d'un journaliste canadien se faisant passer pour Nicolas Sarkozy. Bref, un enchaînement fatal qui la conduisit même à rouler pour elle-même en fin de campagne, ignorant les conseils du staff de McCain comme si elle visait 2012.
     
    Démocrates : une énorme machine bien rodée
    Même avec ses gaffes, le sénateur Joe Biden, vice-président désigné par Obama, n'aurait pu faire mieux. A l'évidence, chez le candidat démocrate, les choses étaient mieux ordonnées, plus disciplinées. L'énorme machine mise en place resta la même tout au long de la campagne, Obama étant particulièrement zen. « Les gens se sont dits : l'Amérique a perdu son standing avec Bush. Que reste-t-il de notre grandeur. En élisant McCain, les Américains auraient le sentiment de repartir en arrière avec une politique qui a montré son inefficacité. Quoi qu'il en soit, cette élection oblige les Blancs à changer leur perception de la communauté noire », confie David Mercer, un jeune avocat noir proche de Bill et Hillary Clinton. Dans les cabinets spécialisés dans le lobbying, qui pullulent à Washington, quoique la profession soit désormais sévèrement encadrée depuis la multiplication des scandales de corruption (*), la victoire annoncée d'Obama ne suscitait aucune inquiétude : « La meilleure assemblée pour nous ce sera un Congrès démocrate qui va jeter l'argent par les fenêtres », pronostiquait un lobbyiste. 

    (*) Lire à ce sujet l'ouvrage de Patrick Sabatier, correspondant du Point dans la capitale fédérale : « Washington Confidential », réseaux, stratégies, coulisses et crises du pouvoir (J.-C. Lattès
    ), 22 €.

    • Hubert Coudurier

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