21 janvier 2009
Barack Obama est devenu le 44e président des Etats-Unis et le premier Noir à la Maison Blanche. Il prend les rênes d'un pays qui aspire désormais au changement. Un immense espoir est né ce 20 janvier 2009.
De notre correspondant aux États-Unis.
L'image a duré quelques secondes seulement: lorsque Barack Obama a posé sa main gauche sur la Bible de Lincoln et levé la main droite pour prêter serment, le regard de Michelle Obama sur son mari et celui jeté par en dessous de ses deux filles, Malia et Sasha, trahissait un mélange de fierté et d'incrédulité. Comme le confiait quelques heures avant la cérémonie Santita Jackson, la fille du pasteur noir Jesse Jackson et marraine de l'une des deux petites, «ce qui nous arrive est totalement hallucinant».
«Rejeté l'égoïsme et la haine»
Une notion qu'a reprise BarackObama à la toute fin de son discours lorsqu'il a signalé qu'il y a soixante ans «mon père n'aurait pas été servi dans un restaurant de cette ville», en raison de sa couleur de peau. Ce sentiment de fierté, on a pu le déceler dans l'attitude de tous ceux qui entouraient le nouveau président. Chez le révérend Joseph Lowery, le vieux compagnon de MartinLuther King, qui s'est approché le pas lent vers le pupitre pour bénir la foule et les États-Unis et qui a demandé à Dieu de donner «de la force et de l'amour pour rejeter l'égoïsme et la haine» dans le coeur des Américains. Fierté et complicité également dans le regard d'Al Gore, lorsque le Président a promis que l'Amérique s'engagerait de toutes ses forces contre le réchauffement de la planète. Chez Ted Kennedy enfin, qui a été étreint longuement par Barack Obama avant le banquet républicain sous la Coupole du Capitole, le frère du président assassiné qui avait promis de se battre contre son cancer du cerveau pour être présent en ce jour historique. En portant son toast aux leaders du Congrès, BarackObama a tenu à saluer le «Vieux lion» du Sénat en rappelant qu'il était là au début des années 60 pour voter les premières lois sur l'égalité des droits civiques (lire ci-dessous). Mais avant d'assister à la Parade à laquelle participaient des dizaines de fanfares venues de tout le pays, le Président a souligné qu'il tenait sa confiance et son espoir de la formidable mobilisation du peuple américain. Pas seulement cette foule innombrable rassemblée dans un froid polaire depuis l'aube sur le National Mall, mais de tous ceux qui lui sont restés fidèles depuis le début.
Reconstructeur en chef
Au cours de ses 21 mois de campagne, Barack Obama a établi le contact via son équipe avec dixmillions de concitoyens. C'est sur son site internet de la Transition que 300.000 Américains ont soumis leur CV pour venir travailler au service de l'État. Hier à 13h, ce réseau immense a été transféré directement sur le site de la Maison Blanche. C'est dans cet état d'esprit que Barack Obama a pris possession de la «West Wing» (aile ouest de la Maison Blanche) dès hier avec une quinzaine de ses plus proches collaborateurs qui ont déjà reçu leur accréditation Secret Défense. Dès ce matin, dans le Bureau Ovale, le Président réunira les plus hauts responsables militaires, puis son équipe d'économistes pour prendre ses premières décisions de Commandant en Chef et de Reconstructeur en Chef.
Point de vue
par Christine Clerc
De notre envoyée spéciale à Washington
De Chicago, LaNouvelle-Orléans ou Los Angeles, ils sont venus par millions, en avion, en train, en voiture. Ils ont trouvé un lit de camp chez une soeur ou chez l'ami d'un cousin. Et maintenant, ils tentent de rejoindre l'espace mythique pour partager un moment historique. Ce mardi s'annonçait mal. On m'avait dit: «Prenez le métro et ne partez pas après 7h». Le métro tombe en panne. Triste symbole! «Il y a tout à reconstruire», dira tout à l'heure le nouveau Président, les ponts rouillés et les usines désaffectées vus le long de la voie ferrée New York-Washington, les maisons.
«Notre responsabilité est immense»
C'est l'occasion de parler avec d'autres «pèlerins». Une grande Noire, très chic en cachemire - génération Michelle Obama -, est venue d'Atlanta. Cadre dans une société pharmaceutique, elle va souvent en Europe. «Là-bas aussi, on souffre, constate-t-elle. Notre responsabilité, à nous Américains, est immense». Un architecte local - Blanc, la quarantaine grisonnante - considère, lui, qu'il ne «faut pas charger la barque d'Obama, car il a déjà accompli l'essentiel». Un ancien combattant de la Guerre du Vietnam - Noir, la soixantaine - vient de La Nouvelle-Orléans. Il arbore ses décorations sur son veston, chemise blanche, sans manteau, ni écharpe, ni gants fourrés. «Cette journée me réchauffe le coeur et le corps, dit-il en riant. God bless Obama!».
Entre prêche et prière
God. D'un bout à l'autre de cette journée, ce sera, avec Obama, le nom le plus prononcé. À la sortie la plus proche du Capitole, dans le vacarme des voitures de police et des hélicoptères, on entend dans la foule bigarrée chanter Dieu. Trois heures plus tard, alors que nous sommes massés sur le National Mall, après avoir failli nous écraser contre les barrières des «check points», les grands écrans retransmettent le prêche d'un pasteur, les vers d'une poétesse qui nous invitent à tendre la main à nos frères et, bien sûr, le discours du nouveau Président qui nous rappelle : «Dieu nous a fait tous égaux». L'Amérique de Bush aussi invoquait Dieu. Mais c'était pour mieux montrer du doigt Satan. En visite à Washington, SégolèneRoyal ne pouvait s'empêcher de le remarquer: «Quand c'était moi qui tenais ce langage, on se moquait». Mais quand c'est Obama ... Le renouveau, scande le nouveau Président américain, passe d'abord par l'esprit.
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