6 novembre 2008
Dans le quartier noir de New York, après le soulagement des résultats, les habitants ont laissé éclater leur joie et leur fierté.Barack Obama président, c'est « la reconquête de l'amour-propre des Noirs » pour Jack.
Une compétition s'est engagée sur la 125 e rue, entre la file ininterrompue de voitures et la foule compacte de piétons : c'est klaxon contre cordes vocales, avertisseur sonore contre un cri unique qui se hurle en trois syllabes : O-ba-ma. C'est le coeur d'Harlem, la place Adam Clayton Powell Junior, où se donne les concerts en plein air, les rassemblements publics et où Malcom X prononçait ses discours. Dès 20 heures, devant les caméras du monde entier, les habitants d'Harlem s'y sont retrouvés pour vivre ensemble un événement qu'ils espèrent historique. Mais c'est l'inquiétude qui domine pendant plus de trois longues heures car ils craignent tous de voir s'échapper au dernier moment un rêve désormais si proche... La délivrance viendra peu après 23 heures : sur l'écran géant installé sur l'esplanade, CNN annonce ce que tout le monde ici savait déjà sans oser y croire : la Californie a voté, à son tour, Obama. Le candidat démocrate sera le 44 e président des Etats-Unis.
« Une fois élu, il fera ce qu'il pourra... »
Presque aussitôt, la musique éclate et des centaines de personnes se mettent à danser ! Quelques bouchons de champagne sautent et des larmes se mettent à couler sur des visages enfin libérés. « C'est comme une flamme qui brûle en moi », tente Jack pour décrire ce qu'il ressent. Ce quadragénaire noir, propriétaire d'une boutique de mode, n'a pas raté une miette de la soirée. « Jusqu'à maintenant, les Noirs se chargeaient de divertir le monde entier. On nous prenait pour des clowns ! Nos enfants voulaient devenir rappers ou basketteurs. C'est fini ! Désormais, quand une mère dira à sa fille ou à son fils qu'il peut devenir président, il la croira. Quand une mère dira qu'il faut travailler à l'école pour se réaliser, ses enfants la croiront. » Jack ne tergiverse pas et affirme sans hésitation qu'il a d'abord voté pour Obama parce qu'il est Afro-américain : « La guerre, l'économie, le système de santé, je m'en fous. Barack est comme tous les politiciens, une fois élu, il fera ce qu'il voudra, ce qu'il pourra. Moi, ce qui m'intéresse, c'est qu'en réalisant ça, cette victoire, il a rendu une chose possible : la reconquête de l'amour-propre des Noirs ! »
« C'en est fini de la haine »
Ce soir, au centre du quartier noir de Manhattan, il y a presque autant de Blancs à se réjouir du changement : nouveaux habitants, touristes, journalistes... Pascal, un Afro-américain de 51 ans est venu avec sa compagne, Dany, une blonde de 45 ans : « J'espère que cette victoire va changer le regard que le monde porte sur notre pays », explique-t-il, « les deux mandats de Bush ont donné à voir ce que les Etats-Unis avaient de pire ! Aujourd'hui, nous en finissons avec nos vieux démons et nous soldons les erreurs du passé. » Et puis l'attente est enfin récompensée : Obama parle. Quand son discours retransmis sur l'écran géant est terminé, ce n'est plus de la joie qu'éprouve Daoud, un musicien noir de 51 ans, mais de la fierté : « C'est l'avènement d'une autre façon de faire de la politique : il a salué son adversaire, il a appelé à l'unité. « C'en est fini de la haine. Ce jour-là est enfin arrivé ! »
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