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Histoires de pirates

Tanit. L'assaut vire au drame

11 avril 2009

L'opération de libération des otages du Tanit s'est terminée hier dans le drame. Le skipper du bateau, Florent Lemaçon, y a trouvé la mort. Une balle perdue des commandos? Des pirates? L'enquête le dira, a assuré hier soir Hervé Morin. Les quatre autres otages, dont l'enfant de trois ans, sont sains et saufs.

  • Quelques heures avant l'assaut, les pirates et les otages à bord du Tanit. Photo AFP
  • Depuis le 8avril, la Marine était en contact direct avec les pirates somaliens à bord du Tanit, dans le plus grand secret. Vendredi 10avril. 15h30. Paris. Le président Sarkozy le décide: il faut intervenir. Pourquoi? La ligne rouge a, selon lui, été franchie. Trois bâtiments de la Marine et 70 fusiliers-commandos sont prêts à intervenir. Le Tanit se rapprochait de la terre et un nouveau piège, encore plus délicat pour les otages, allait s'annoncer car il y aurait eu des renforts de pirates du Puntland, cette fois à terre... «Il devenait urgent d'intervenir», confirme le chef d'état-major des armées, le général Georgelin.

    Six minutes

    L'opération des commandos a duré six minutes en tout et pour tout, entre le moment où l'ordre de tir a été donné et celui où le Tanit a été décrété «sécurisé». Le moment fort de l'intervention-éclair a duré très exactement trois minutes. Le skipper du voilier y a malheureusement perdu la vie. Qui est l'auteur des tirs mortels? Les pirates étaient armés de kalachnikov, a assuré hier le chef d'état-major. Florent Lemaçon était, tout comme les autres otages, à bord du bateau. Sa compagne et l'enfant étaient à l'arrière du voilier. Lui était plus précisément dans le carré. Après l'intervention, le skipper a été rapidement évacué à bord du bâtiment français l'Aconit. Le médecin a essayé de le sauver mais il était trop tard. C'est donc à bord de l'Aconit que le Vannetais est mort hier.

    Fin de non-recevoir aux propositions de l'Armée

    Le général Georgelin est revenu sur l'intervention, au côté du ministre. «On avait observé une intensification des menaces des pirates», explique-t-il. Il est clair que les négociations n'aboutissaient pas. Les militaires avaient fait plusieurs propositions. Ils étaient même prêts à aider les pirates à rejoindre le sol s'ils le souhaitaient. Ils ont également dit non à une rançon. Il y a eu un ultime avertissement et, précise-t-on à l'hôtel de Brienne, ordre a été donné d'immobiliser le Tanit. Il y a eu un premier tir pour faire tomber les voiles du bateau. Puis une nouvelle phase de négociation. Les militaires sont même allés jusqu'à proposer l'échange de l'enfant, qu'il fallait absolument protéger, et de sa mère contre un officier. Cela aussi a été refusé. Pendant ce temps, a souligné le ministre de la Défense, la tension montait. Les pirates parlaient même d'exécution des otages, de destruction du voilier. Et le bateau se rapprochait dangereusement des côtes. Pas question pour la France de céder au chantage de la piraterie, a redit hier Hervé Morin. Le chef d'état-major des armées a précisé qu'à bord du bâtiment de la Marine, l'Aconit, on écoutait tout... Le bateau était à 100mètres du Tanit.

    Cap sur Djibouti avant un retour en France

    Le scénario suivant avait été retenu: dès qu'il y aurait trois pirates visibles, on lancerait l'opération pour les neutraliser. Huit commandos-marines ont embarqué à bord d'un pneumatique. Dans le même temps, des tireurs d'élite intervenaient depuis l'Aconit. Ils ont neutralisé les pirates et quasiment en même temps, dans les trente secondes après le tir, les commandos étaient à bord. Deux commandos se sont mis à l'avant, deux à l'arrière, et ils ont sécurisé les otages. Dès que le pneumatique est arrivé, il y a eu des tirs à travers le plancher du Tanit. Cinq pirates étaient à bord. Deux ont été tués. Et les trois autres ont été embarqués à bord d'un bâtiment de la Marine nationale. Que sont devenus les otages? Ils ont été immédiatement pris en charge par la Marine. Ils reviendront en France dès que possible. On sait qu'il faut déjà rejoindre Djibouti, ce qui nécessite deux à trois jours de route. Triste fin de voyage pour le Tanit.

    • Catherine Magueur

    Le tragique périple du Tanit

    L'aventure du Tanit avait débuté il y a plus de deux ans à Vannes. A l'été 2007, les Lemaçon et leur petit garçon, Colin, s'installent à bord du voilier qu'ils viennent d'acheter.

    Pendant un an, ils vont préparer leur voyage autour du monde. Le 26 juillet, le couple largue les amarres à destination de l'île de Zanzibar (Tanzanie), dans l'océan Indien. Début janvier, le Tanit traverse le canal de Suez. 

    L'équipage du Tanit y rencontre Jean-Yves et Bernadette Delanne, les propriétaires du voilier le Carré d'As, qui avaient été retenus en otages par des pirates somaliens pendant deux semaines en 2008 (lire ci-contre). 

    Sur leur blog, Florent et Chloé Lemaçon jugent leur récit «impressionnant» mais aussi «rassurant», dans la mesure où, selon eux, les pirates ne semblent pas en vouloir aux otages. 

    Arrivés à Aden après une nouvelle avarie, ils repartent le 14 mars du port yéménite où ils ont embarqué à leur bord deux amis. Du 17 au 20 mars, le Floréal, frégate française participant aux opérations de surveillance anti-piraterie au large de la Somalie, et son hélicoptère accompagnent la progression du Tanit. 

    La Marine déconseille alors formellement, à plusieurs reprises, au voilier de poursuivre sa route vers le Kenya. Le 27 mars, la Marine enverra encore un courriel au Tanit soulignant que «la navigation vers le Kenya s'avère (...) actuellement très dangereuse» et recommandant l'annulation de l'escale de Mombasa. 

    Le 4 avril, le voilier français est capturé par des pirates, avec les quatre adultes et l'enfant à son bord, dans le golfe d'Aden à 640km au large de Ras Hafun. Après d'âpres négociations, l'Armée française a décidé d'intervenir, hier. Florent Lemaçon est mortellement blessé au cours de l'assaut.

    Des pirates de plus en plus professionnels

    L'Amiral Edouard Guillaud, le conseiller militaire de Nicolas Sarkozy, constatait hier que les pirates se professionnalisaient de plus en plus.

     Ils travaillent en réseau. Ceux qui étaient à bord du Tanit étaient des convoyeurs. Leur mission: ramener le bateau sur les côtes somaliennes, mais pas négocier. Les pirates, en effet, se répartissent désormais le travail. Il y a les preneurs d'otages, spécialistes de l'assaut, puis les spécialistes du convoyage, les spécialistes du gardiennage, et même les spécialistes de l'approvisionnement. Puis, il y a ceux qui sont à terre, et à leur tête, des commanditaires, basés au Puntland, qui sont «inaccessibles», selon les militaires.

    Deux précédents

    L'an dernier, deux autres voiliers français ont été capturés par des pirates somaliens dans le golfe d'Aden: le Ponant et le Carré d'As.

     Le 4avril 2008, des pirates s'emparent du Ponant, un trois-mâts de luxe, retenant à bord les 30membres d'équipage dont 22Français. Une semaine plus tard, l'équipage est libéré après le versement par l'armateur d'une rançon de deux millions de dollars. Les forces spéciales françaises lanceront ensuite une opération contre les pirates, arrêtant six d'entre eux et récupérant une partie de la rançon. Le 2 septembre 2008, c'est le Carré d'As, un voilier de plaisance qui est attaqué alors qu'il croise dans le golfe d'Aden, au large de la Somalie. Un couple de Français est retenu en otage et une rançon de deux millions de dollars est réclamée. Finalement, ce sont les commandos français qui libéreront le couple, après deux semaines de détention. 12 pirates capturés lors des opérations sont toujours détenus en France.

    130 navires attaqués

    La Somalie est devenue le point chaud de la piraterie planétaire. 130navires marchands ont été attaqués l'an dernier, une hausse de plus de 200% par rapport à 2007. Face à cette recrudescence, de nombreux pays ont dépêché des navires au large de la Somalie. Mais, les pirates s'aventurent désormais de plus en plus profondément dans l'océan Indien.

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