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Sport. Les enquêtes du Télégramme

Violence, racisme. Paris : le drame est arrivé

30 décembre 2008 à 15h45

Un policier martiniquais a tué par balle un supporter parisien et en a blessé un autre jeudi soir à Paris, à l'issue du match Hapoël de Tel-Aviv - PSG, en secourant un spectateur juif pris à partie par des ultras. Un drame soulignant une nouvelle fois le racisme et la violence de certains « fans » de foot.

Il a donc fallu en arriver là. A la mort d'un jeune homme de 25 ans, à la grave blessure d'un autre... Il a fallu en arriver là alors que tous les clignotants, depuis longtemps, avaient viré au rouge. Il suffit d'avoir été un jour de match du Paris SG du côté de la Porte d'Auteuil pour comprendre que, malgré les mesures de sécurité prises ces dernières années, cette mort a un côté inéluctable. Comment ne pas y avoir songé à la vue de ces hordes folles qui, tout d'un coup, bloquent la circulation et s'amusent de voir leurs éléments les plus incontrôlés et incontrôlables escalader les capots des véhicules et sauter d'une voiture à l'autre sans que personne ne bouge le moindre petit doigt ? Comment ne pas imaginer qu'un jour, cela tourne au drame ? Haine, racisme, bêtise, sentiment d'impunité lié au groupe... Autant d'ingrédients qui conduisent à la pire des conclusions : la mort. Alors, bien sûr qu'il faut être encore plus dur à l'égard des groupuscules qui pourrissent les stades et leurs abords. Bien sûr... Mais ne faudrait-il pas aussi que les clubs et leurs dirigeants s'investissent dans la prévention et l'éducation ? Pourquoi pas une école des supporters ? Reste cette mort, terrible. Puisse-t-elle faire réfléchir. Puisse-t-elle faire peur à ceux qui, plus près de nous, ne scandent peut-être pas des slogans racistes ou antisémites, mais des insanités qui en découragent plus d'un d'envoyer leurs enfants au stade.

  • Michel Geffroy - 25/11/2006

La situation. Le policier et cinq supporters en garde à vue

Hier, le policier était toujours en garde à vue dans les locaux de l ' Inspection générale des services (IGS), la « police des polices » . Le procureur de la République a estimé hier soir que le policier avait vraisemblablement agi « dans un état de légitime défense » : « Le policier, pour se défendre, a actionné volontairement son arme face à un état de danger immédiat et important. On peut parler de vraisemblance d'état de légitime de défense face à une horde de personnes excitées et extrêmement agressives ». Le ministère de l'Intérieur a aussi indiqué que 12 individus avaient été interpellés. Dès jeudi soir, huit personnes avaient été interpellées et cinq supporters du Paris SG placés en garde à vue pour « injures racistes et antisémites ».

  • Le Télégramme - 25/11/2006

Les réactions. Condamnation générale

Le milieu du football et le monde politique (le président Jacques Chirac, s on ministre des Sports Jean-François Lamour ...) ont condamné la violence et le racisme ordinaires ainsi que le climat de violence autour du football. Aucune allusion à une bavure policière après le drame, mais plutôt à la fatalité : SOS Racisme a estimé qu '« un mort à la fin d ' un match, ça devait arriver » , et le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) « condamne le comportement ouvertement raciste et antisémite de ces supporters du PSG dont l ' attitude violente à finalement entraîné la mort d ' un homme. » Moins direct, le président de la Ligue professionnelle de football, Frédéric Thiriez, a promis : « Nous devons trouver, nous le football, avec les autorités, les moyens que ça ne se reproduise plus jamais. » Le président de la Fédération, Jean-Pierre Escalettes, a condamné également « la violence et le racisme » , mais a parlé de « faits inacceptables » et « d ' événements dramatiques », sans jamais mentionner le décès du supporter.

  • Le Télégramme - 25/11/2006

PSG . La journée la plus noire

Le Paris SG, assommé par la double déflagration d'une humiliation sportive et la mort d'un de ses supporters, jeudi après la déroute face à Hapoël Tel-Aviv (2-4), et bousculé par quelques supporters au Camp des Loges, a vécu la journée la plus noire de son histoire , hier.

Au lendemain d'une soirée où les deux plus vieux démons du Paris SG ont resurgi d'un coup : d'abord le racisme et la haine - car c'est bien de cela qu'il s'agit - qui colle nt tant à la peau de ce club malgré lui, et ensuite la crise sportive, le ton était grave. Bien évidemment, le fait divers a pris le pas sur le traumatisme sportif. « Aujourd'hui, j'ai honte » , a déclaré le président du Paris SG Alain Cayzac . « C'est un événement dramatique. Avant d'être président, j'ai été dirigeant historique et je suis bouleversé car c'est la première fois dans l'histoire du club qu'il y a un mort . T out le reste est secondaire par rapport à ce drame. »
Joueurs et journalistes pris à partie
Mais cela ne l'était pourtant pas pour certains supporters parisiens. Une quarantaine d'entre eux s 'est invité e au Camp des Loges hier matin pour crier sa colère, et ajouter encore plus à la confusion dans un moment où le Paris SG n'en n'avait pas besoin. Le président du Paris SG a bien réussi à s'entretenir dans le calme avec quelques-uns. Mais ces supporters n'ont pu se contenir une fois en face d'un des joueurs du club, Bernard Mendy, qui pourtant ne joue plus depuis plusieurs semaines. Insultes, bousculade... Le ton est monté très vite, obligeant les stewards du club à intervenir et à renvoyer les joueurs dans les vestiaires. Ce fut ensuite au tour des journalistes d'être pris à partie. Une fois un cameraman bousculé et une autre volée d'insultes, la dizaine de journalistes présents a été confinée dans le local presse du club. Un épisode de plus qui alimente la « triste » période que traverse le club et qui confirme que le problème de cette violence intrinsèque des supporters du Paris SG reste un fléau quasiment impossible à guérir.
« Le mot crise est aujourd'hui faible »
Sur le plan sportif, car il faut malgré tout l'évoquer, cette défaite face à Hapoël Tel-Aviv fera date dans la liste des plus grands fiascos de l'histoire du Paris SG et risque d'avoir des conséquences que l'on imagine encore plus apocalyptiques en cas de défaite face à Nantes , demain en championnat. « Le mot crise est aujourd'hui faible. C'est la période la plus sombre du Paris SG, la période la plus triste et la plus dramatique que j'aie jamais connue » , a concédé Alain Cayzac.
Silence troublant
Mais la fausse note de la journée a été relévée par l'association SOS Racisme et l'Union des étudiants juifs de france (Uejf), condamnant le silence du club parisien qui ne s'est à aucun moment indigné des propos racistes et antisémites ayant conduit au drame. Un oubli sans doute, ou bien un soutien aveugle à des supporters au pouvoir de déstabilisation énorme.

  • Le Télégramme - 25/11/2006

Les faits. Un mort, un blessé grave

Jeudi soir, vers 23 h, à l ' issue du match perdu par le PSG et ponctué, selon la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l ' antisémitisme), par des insultes antisémites et des cris à la gloire de Hitler, M. Granomort, fonctionnaire en civil de la police des transports, s ' est porté au secours de Yanniv Hazout, Français de confession juive venu soutenir le club israélien et menacé par une centaine de fans du Paris SG. Selon le procureur de la République de Paris, M. Jean-Claude Marin, les deux hommes ont été cernés aux abords du stade par une foule menaçante qui leur a lancé des insultes telles que « sale nègre » et « sale juif » . Le policier a fait usage d ' une bombe lacrymogène afin de se dégager puis a tiré une balle , selon la préfecture de police , après avoir été frappé à la tempe et au bas ventre, selon Nicolas Sarkozy, le ministre de l'Intérieur. La mort de Julien Quemener, 2 5 ans, issu de la mouvance des Indépendants (non encartés), l'une des franges les plus radicales des supporters parisiens, a été constatée vers 23 h 30. Mounir Douchaer, 26 ans, autre membre de ce tte mouvance, grièvement blessé au poumon mais dont la vie n ' est pas en danger, a été hospitalisé. Selon le procureur, la police envisage qu ' une seule balle ait pu atteindre les deux hommes, touchant le blessé au poumon et M. Quemener au c oe ur. Après le ou les coups de feu, le policier et le supporter se sont réfugiés dans un McDonald où d es vitres ont été brisées avant que des renforts policiers ne dispersent les assaillants.

  • Le Télégramme - 25/11/2006

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