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Sport. Les enquêtes du Télégramme

Loisirs. Le choix des enfants

30 décembre 2008 à 15h45

Coupe du monde de foot, Tour de France cycliste, championnat du monde de basket... Les Bretons ont passé une partie de leur été à vivre le sport à travers la petite lucarne de leur téléviseur. La parenthèse estivale refermée, ils ont repris le chemin d'une pratique toujours plus soutenue et diversifiée. Une pratique relativement raisonnable financièrement aussi, si on la compare à d'autres loisirs.

  • Loisirs. Le choix des enfants
  • Dans un paysage où l'offre est sans cesse plus abondante, il y a les « nouveaux » et les « anciens » sports. Depuis deux bonnes décennies déjà, ces derniers se sont un peu fait manger la laine sur le dos par les premiers. Mais les modes ne sont pas toujours irréversibles. La preuve : le grand gagnant de la rentrée, en Bretagne comme dans tout l'Hexagone, n'est autre que le... football.
    En quelques semaines, baigné par l'euphorie post-Coupe du monde, le sport-roi a enregistré une progression de 5.000 licenciés dans la région par rapport à l'exercice précédent. Voilà pour la mode. Mais le sourire est général. Car dans un monde de plus en plus tourné vers les loisirs, le principe des vases communicants n'existe pas. Officiellement, c'est-à-dire si l'on s'en tient aux données chiffrées fournies par les différentes ligues et comités, aucune discipline ne connaît de baisse de fréquentation. Tout juste, concède-t-on ici ou là, des stagnations, quand la tendance générale depuis dix ans est partout à la hausse. Un phénomène qu'on peut, en partie, lier à la réduction du temps de travail, mais aussi à l'abaissement constant de l'âge des débutants.
    Zapping à tous les étages
    Ce dernier phénomène en explique partiellement un autre : le « zapping » que constatent toutes les disciplines sans exception. S'agissant des plus jeunes, une question résume assez bien les choses : « Quelle activité cette année pour mon petit ? » La réponse est parfois fournie par les enfants. Mais les parents répondent souvent eux-mêmes à la question, et sur des critères qui ont peu à voir avec le sport. « Bien souvent, les parents regardent avant tout les horaires proposés », résume un vieil acteur du monde sportif. Le « zapping » fonctionne également à fond chez les jeunes adultes, encouragé par la diversité de l'offre et l'accessibilité toujours plus grande de disciplines naguère coûteuses et confidentielles. Les enseignes sportives, qui rivalisent de publicité et proposent des équipements « premier prix » dans les domaines les plus variés, ne font rien pour freiner ce mouvement de diversification. Tout le monde s'en porte bien, en somme.

    • Dossier réalisé par Benoit Siohan. 17/09/2006

    Quand le sport tient salon

    Quelle pratique pour moi ou pour mon enfant ? Qui contacter ? Ou la pratiquer ? Dans quelles conditions ? Face à ces questions qui touchent le plus grand nombre, les initiatives, publiques ou privées, se multiplient dans la plupart des grandes agglomérations pour tenter de guider et séduire le public.

    A Lorient, on l'appelle « La fête du sport ». Tous les ans, depuis 1991, elle marque la rentrée sportive dans la cité. « C'est plus intéressant qu'un forum des associations où le sport est noyé », estime Daniel Signolet, le président de l'OMS (office municipal des sports), co-organisateur de la manifestation avec la ville. Celle-ci investit 12.000 EUR pour que chaque discipline -les clubs « rivaux » se partagent les espaces- fasse valoir ses atouts.
    Découvrir et prendre date
    Au menu de la manifestation, dont l'édition 2006 était organisée le week-end dernier, démonstrations, initiations et orientation. Votre enfant a huit ans et veut faire du tir à l'arc ? Circulez, il n'y a rien à voir. « On ne les prend qu'à partir de 12 ans. Pour une question de force et parce qu'on n'a pas le matériel adapté pour les tout-petits ». En revanche, pour l'escrime ou le judo, pas de problème. Les prospectus sont là, avec les horaires d'entraînement. Il n'y a qu'à s'inscrire. Très peu le font le jour de la fête. Mais ils prennent date. Le même jour, Saint-Brieuc inaugurait une formule identique, ou presque. A ceci près que l'initiative était privée. « Vital Sport », c'est son nom, avait lieu sur le parking du magasin Décathlon, à Trégueux, et était organisé par la marque. 49 disciplines étaient représentées, le plus souvent par des membres des comités départementaux. « Le but est de mettre les gens au sport », explique le responsable local d'une opération nationale (32 sites concernés, dont celui de Betton, près de Rennes).
    Et encore ? « Après, c'est à l'entreprise d'être performante pour que les gens s'équipent chez elle. Mais il n'y a aucun but commercial immédiat. D'ailleurs, le magasin a moins bien tourné le samedi et il était fermé le dimanche ».
    Choisir la bonne formule
    A Lorient et Saint-Brieuc, les manifestations étaient gratuites. Au contraire d'« Atout Sport », organisé tous les deux ans au mois de mai à Brest depuis 1998. L'organisation, mi-publique mi-privée, est sans doute à un carrefour. « Après un bon démarrage, l'affluence des dernières éditions n'était pas satisfaisante », explique un cadre de la mairie, qui ne nie pas « une réflexion sur la pérennisation du concept ». Vu l'engouement suscité ailleurs, on s'orientera sans doute vers un changement de formule.

    Du coup de tête de Zidane...

    En matière de sport-spectacle, l'été 2006, en France, a été dominé par deux événements : le magnifique parcours de l'équipe de France de football en Coupe du monde, écorné en finale par le dernier geste de footballeur de Zinedine Zidane; le déclassement pour dopage de Floyd Landis, vainqueur d'un Tour de France hâtivement présenté comme celui du renouveau. Pour quelles conséquences sur les sports concernés ?

    Le roi football se porte bien, merci pour lui. Comme ça avait déjà été le cas après la victoire de la France en Coupe du monde, en 1998, le parcours des Bleus a créé un gros engouement chez les jeunes. Alors que toutes les licences ne sont pas encore « rentrées », la ligue de Bretagne a enregistré une augmentation de 5.000 licences par rapport à l'an dernier.
    « On est passé de 49 à 85 gamins ! »
    Une affluence qui a contraint certains clubs, faute de disposer de suffisamment d'encadrants ou de créneaux sur les terrains, à refuser du monde. La plupart ont toutefois choisi de faire face à la déferlante. « On a été un peu dépassés le premier jour », reconnaît Philippe Lannon, responsable de l'école de foot de Quimperlé. « On savait qu'on aurait une augmentation, mais pas à ce point-là. On est passé de 49 gamins à 85 ! » En plus des éducateurs diplômés, il a donc fallu davantage solliciter parents et joueurs du club. Avec succès, puisque chaque équipe bénéfice de trois encadrants au minimum. Du coup, sur le terrain de Kerbertrand, l'ambiance est joyeuse, mais « ce n'est pas la cour d'école ». Avant d'effectuer sa rentrée, Philippe Lannon s'attendait à des questions sur le « coup de boule » de Zidane. Il redoutait même d'avoir à intervenir sur « des gestes un peu vifs ». A sa grande surprise, aucun de ces gamins, dont un bon nombre s'entraîne avec, sur le dos, le maillot tricolore, ne lui a posé la moindre question. Il n'aura donc pas à expliquer l'inexplicable : « Pourquoi il ne faut pas le faire et pourquoi Zidane l'a fait ».
    « Les éducateurs désormais bien formés »
    Dans le département voisin et dans une plus grande structure, Jean-Michel Le Corre, responsable de la formation (12-18 ans) à la GSI Pontivy, avait les mêmes préventions que son collègue. Il a pris les devants en proposant dès le premier jour à ses élèves un DVD retraçant la carrière de Zidane. « Pour leur montrer que Zidane, ce n'est pas que ce coup de tête. Pour leur dire que c'est aussi quelqu'un de humble, quelqu'un qui a des valeurs et qui a bossé pour réaliser la carrière qu'il a faite ». Depuis, les championnats ont repris sans que l'on constate une augmentation de la violence. Jean-Michel Le Corre en attribue une part du mérite à l'encadrement des équipes : « La plupart des éducateurs, maintenant, sont bien formés et savent réagir dans ces situations-là ».

    ...au maillot sale de landis
    Le monde du cyclisme a encore moins apprécié sa propre dérive estivale. Loin du renouveau tant attendu après la retraite d'Armstrong, le Tour de France 2006 restera, en effet, comme le premier de l'histoire très officiellement remporté -avant déclassement- par un coureur dopé. Quelles incidences aura ce nouveau mauvais coup porté au vélo ? « Difficile de savoir, puisqu'on n'est pas en période de recrutement » (la saison cycliste ne débute qu'en février, NDLR), estime Samuel Monnerais, le cadre technique de la région Bretagne. Ce dernier estime, toutefois, que « l'incidence devrait être faible au niveau des licenciés », en raison de la particularité d'un sport qui est à la fois protégé et freiné dans son développement par la structure de son recrutement. « Contrairement au BMX, par exemple, le cyclisme traditionnel est très culturel. La grande majorité des jeunes routiers sont les enfants d'anciens coureurs ». En revanche, Samuel Monnerais est plus inquiet, en raison de la « mauvaise image » véhiculée par son sport, des incidences économiques. « Ça ne va pas aider les clubs à trouver des partenaires ». Ce n'est pas la région Bretagne, qui éprouve toutes les peines du monde depuis un an à trouver un successeur à Jean Floch pour parrainer son équipe cycliste, qui avancera le contraire.

    Combien ça coûte ?

    Chère, la pratique sportive ? Pas vraiment, si on rapporte le coût au nombre d'heures passées dans les salles ou sur les terrains...

    Même sans tenir compte du matériel, dont le prix est très variable en fonction de la discipline, tenter de rapprocher les tarifs d'un sport à l'autre revient souvent à comparer les choux et les carottes. Suivant que l'on se contente d'une adhésion ou qu'on prenne des cours, le tarif ne sera pas le même. Ce qui explique que, dans certaines disciplines, les débutants payent nettement plus cher que les pratiquants réguliers. Le tableau joint (Cliquer dessus pour l'agrandir) recense les fourchettes moyennes auxquelles on peut pratiquer une discipline pendant une année. Ce « coût moyen d'inscription » représente l'addition du tarif de la licence fédérale, de l'assurance proposée avec, de l'adhésion au club et des cours; le cas échéant. Il ne comprend pas, en revanche, le coût de l'équipement, très faible dans certaines disciplines (natation, sports collectifs...) et, au contraire, très important dans d'autres (moto, golf...). Un tour d'horizon des clubs permet de constater que même les disciplines réputées chères font de gros efforts d'accessibilité, notamment en direction des jeunes. La pratique du canoë-kayak (le bateau étant prêté) est à la portée de toutes les bourses, de même que l'initiation au golf pour les enfants (c'est nettement plus cher pour les adultes, qui doivent, au bas mot, débourser 1.000 EUR pour avoir accès à un parcours toute l'année. Compter environ 200 à 300 EUR pour avoir la même liberté en tennis). Pour l'équitation, où il est difficile, même pour les enfants, de trouver un forfait annuel à moins de 400 EUR, il faut faire un effort supplémentaire. Ce qui se comprend aisément, puisqu'il faut à la fois « payer » le moniteur... et le cheval.

    Passion moto

    Le hobby est devenu passion. Celle qui a réuni Bernard et Fabienne autour d'un terrain de motocross. Celle qu'ils ont transmise à Floriane et Sylvain, les fruits de la première. Celle qu'ils mettent aujourd'hui à accompagner la carrière prometteuse du cadet. La dévoreuse rythme les journées de la famille et guide tous ses choix. Mais « ce n'est pas un sacrifice », jurent les Le Gad.

    Edern, près de Quimper. La famille Le Gad y a élu domicile il y a quatre ans. On comprend vite pourquoi. La maison, une néo-bretonne des années 70, n'a aucun cachet particulier. Sa richesse est tout autour : un petit atelier, une grande longère appelée un jour à tenir ce rôle, un grand hangar et, derrière le tout, un champ de 8.000 m² sur lequel une bonne quinzaine d'obstacles en terre ont été aménagés. Pour que Sylvain, 15 ans et un statut de meilleur Breton de sa génération, puisse parfaire son physique et sa technique.
    Des week-ends à 1.000 EUR
    La famille Le Gad n'a pas la maison de tout le monde. Elle ne vit pas, non plus, au même rythme. C'est « tous les soirs ou presque » que Bernard, magasinier à la DDE du Finistère, se penche sur l'une des deux motos de Sylvain. C'est tous les jours, aussi, que Fabienne, qui a ouvert une école de moto à Quimper, fait tout le reste : laver les tenues, confectionner le « press book », faire la paperasse (demandes de subventions, inscriptions etc)... La semaine ne connaît pas de temps mort. Le week-end en est le temps fort. Lundi dernier, 7 h 30. Le camping-car de la famille Le Gad se gare dans la cour. Au volant, Fabienne. Elle a passé le permis E pour pouvoir conduire l'engin avec derrière la remorque contenant les deux motos. A l'intérieur, Sylvain, vainqueur la veille à Dijon (Côte-d'Or), avec l'équipe de Bretagne, de la Coupe des régions, a roupillé toute la nuit. Après une douche rapide, il sera à l'heure au lycée.
    Comme la semaine précédente, lorsqu'il avait effectué la grande rentrée au lendemain d'une compétition... en Suisse. Là, encore, Fabienne avait conduit toute la nuit. Un week-end comme celui-là, ce sont 1.000 EUR qui s'envolent. Heureusement, il y a les aides, publiques et privées, justifiées par le niveau du gamin. N'empêche ! Le camping-car, seul signe extérieur de richesse du foyer, n'a jamais pris la route des vacances. « Pas le temps ». Et puis, il faut bien le dire, « pas les moyens ».
    « C'est un engrenage »
    Fabienne et Bernard n'en ont pas de gros, mais ils ont la sagesse de faire avec. Ou plutôt sans. La passion et l'investissement, oui; la folie, non. Dans le milieu, certains parents de futurs champions ont perdu la raison, allant jusqu'à vendre leur maison pour pouvoir suivre. Les Le Gad jurent qu'ils ne franchiront jamais la ligne jaune. Bernard, à propos de Sylvain : « On sait bien qu'il ne vivra pas du motocross. Il est déjà allé un peu plus haut qu'on le pensait et après, c'est un engrenage. On continue, on essaie de lui donner la possibilité d'aller au bout ». Dans la démarche, le motocross, naguère pratiqué par les deux parents, serait même secondaire. « Il aurait fait de la planche à voile, ça aurait été pareil ». Pour Sylvain, le doute n'a jamais vraiment existé. « On emmenait les enfants avec nous sur les terrains, raconte Fabienne. A quatre ans, Sylvain nous a dit qu'il voulait en faire lui aussi. On lui a dit "d'accord, le jour où tu feras du vélo sans petites roues". Pour le soir il n'en avait plus ». Il a alors fallu faire un peu traîner les choses. Un an plus tard, pourtant, Sylvain, 5 ans et Floriane, 6 ans, enfourchaient leur première moto. A 16 ans, la grande soeur vient de décrocher. Reste Sylvain pour faire tourner l'engrenage moto-passion, qui guide depuis les choix de la famille et absorbe l'essentiel de ses revenus. Qui commande tous les sacrifices ? « Oh non ! On le fait par passion ! »

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