30 décembre 2008 à 15h45
On croyait le débat enterré, depuis l'adoption, il y a deux ans, du vendredi pour la L2. Mais il a ressurgi brutalement avec une interview de Frédéric Thiriez publiée lundi par le journal L'Equipe, dans laquelle le président de la Ligue de football professionnel se dit favorable à la tenue des matchs de Ligue 2 le dimanche après-midi.
Perçue comme une attaque frontale par le football amateur, déjà pas très vaillant sur le plan financier, et qui redoute une telle concurrence pouvant mettre en péril son existence, cette proposition ne recueille pas non plus l'assentiment des dirigeants de ligue et des districts, et de certains représentants du football pro.
Faire disputer les rencontres de L2 le dimanche après-midi ? Pourquoi pas, si l'aire de jeu n'était pas réservée traditionnellement à ce moment-là au football amateur, dont le public s'est réduit au fil des ans aussi sûrement qu'augmentait le nombre de matchs télévisés. L'arrivée à échéance, au mois de juin prochain, du contrat d'Eurosport avec la LFP a incité Frédéric Thiriez à lancer ce nouveau bouchon. Beaucoup trop loin au goût des représentants du football de masse. Et avec un effet boomerang provoquant un but contre son camp, puisque le président de la LFP, à la fois se félicite de la hausse des affluences avec les matchs le vendredi (« on a dépassé le millionième spectateur avant même la 16 e journée, ce qui est historique ») et se prononce pour la réforme ! Au lieu d'instaurer une très fâcheuse concurrence le dimanche, dont aurait à pâtir l'ensemble du foot, ne vaudrait-il pas mieux réduire de quatre à trois jours chaque étape du championnat, en gommant la rencontre du lundi soir dont la séduction s'exerce uniquement sur le diffuseur actuel. Sentant se lever une belle armée d'opposants, Frédéric Thiriez a annoncé une consultation des spectateurs et des téléspectateurs. A peine tenté, son appel de balle s'achèverait-il par un dégagement en touche ?
NOËL LE GRAËT (président de Guingamp) : « Je suis totalement hostile aux matchs de L2 le dimanche après-midi. A Guingamp, on fera tout pour que ce projet ne passe pas. Tous les amateurs jouent le dimanche après-midi et ce serait une concurrence stupide pour eux. Et puis, nous avons un gros tissu économique et je vois mal les entreprises venir au stade le dimanche après-midi. Je pense que cette idée est liée à un problème d'appel d'offres télé. Qu'un match décalé soit joué une fois de temps en temps le dimanche après-midi au lieu du lundi soir, pourquoi pas, à la rigueur. Mais tout le championnat, non ».
MICHEL JESTIN (président du Stade Brestois) : « C'est inconcevable de jouer le dimanche par rapport au football amateur. Je ne vois pas non plus comment on ferait venir les sponsors, les partenaires au stade en fin de week-end, ils seraient contre de manière unanime. Jouer le vendredi présente plein d'avantages, sauf pour les supporters qui ne peuvent pas se rendre aux matchs à l'extérieur. Mais il va falloir trouver une solution pour que chaque journée de championnat ne s'étale plus du vendredi jusqu'au lundi, formule à laquelle je ne suis pas favorable ».
OLIVIER GUÉGAN (joueur au Stade Brestois) : « Je ne suis pas pour les matchs de L2 le dimanche après-midi, qui est consacré au football amateur. Si on était amené à jouer le dimanche à 15 h ou à 17 h, ce serait compliqué. J'aime bien les matchs le vendredi en nocturne. Ce serait bien aussi que le match du lundi soit avancé au jeudi ».
RÉMY FÉMÉNIA (président du district Côtes-d'Armor) : « Le dimanche après-midi doit être réservé exclusivement au football de base. Nos clubs ont déjà énormément de mal à joindre les deux bouts puisqu'ils sont obligés d'organiser des moules-frites ou des lotos. Si on veut les dégoûter... La LFP a pris de bonnes initiatives en faveur du football amateur, mais celle-là ne le serait pas ».
ALAIN LE FLOCH (président du district Nord-Finistère) : « Je ne comprends pas trop l'analyse de Frédéric Thiriez. Les matchs de L2 le dimanche après-midi, ce serait une catastrophe pour le foot amateur, où, dans certains stades, on ne fait déjà même plus payer l'entrée. Nous mettre en concurrence avec le football pro serait contraire aux garanties données Frédéric Thiriez puis Jean-Pierre Escalettes lors de leurs venues à Brest ces deux dernières années ».
JEAN-PIERRE GONIDEC (président du district Sud-Finistère) : « Je suis farouchement contre. D'ailleurs, l'association nationale des présidents de district va se réunir en décembre pour s'y opposer. Au moment où Guy Roux a planché sur le sujet, on était déjà monté au créneau et on avait senti une réelle volonté de la Ligue d'imposer ce projet. Ça n'a pas raté ».
SERGE KÉRAMBRUN (président de l'AS Tréguier, DRH) : « Je suis contre, à partir du moment où on se concurrencerait. Le foot amateur a déjà perdu beaucoup de spectateurs ces derniers temps. De plus, dépenser deux prix d'entrée le même jour n'est pas psychologiquement perçu de la même manière que de le faire à deux ou trois jours d'intervalle. Et puis, le match ne finit pas à 17 h. Derrière, il y a toute la partie conviviale qui fait la vie des clubs ».
GUY MANIVEL (président de Dinan/Léhon, DH) : « La L2 le dimanche, ce n'est pas ce qu'il y aurait de mieux pour les clubs amateurs. Les matchs du vendredi me semblent pas mal. La meilleure formule, je ne la connais pas. Dans les années 60, la D1 se jouait le dimanche et nous jouions en lever de rideau en Championnat de France amateur ».
GÉRARD ALLOUIS (président de Ginglin-Cesson, DRH) : « Les pros ne m'intéressent plus du tout ! Que la L2 se joue sur quatre jours en semaine ou le dimanche, ça ne changera rien. De toute façon, on n'a plus personne aux matchs. Dimanche contre Paimpol (B), nous avons eu sept entrées payantes... Il faut tout de même que les amateurs aient leur journée. Mais on n'a pas notre mot à dire. On me dit que je suis pessimiste, mais ça fait des années que c'est foutu ».
ANDRÉ FERELLOC (président du Plouzané AC, DSE) : « Je suis résolument contre. Si on voulait tuer le foot amateur, on ne s'y prendrait pas autrement. Pas mal de gens de notre secteur vont aux matchs à Brest. Si les rencontres de L2 avaient lieu le dimanche en fin d'après-midi, ils ne viendraient plus nous voir jouer à 15 h ou à 15 h 30 ».
NOËL LUSVEN (président de l'AS Brestoise, DSR) : « C'est n'importe quoi. Ce n'est même pas pensable d'avoir un match pro à proximité de chez nous le dimanche à 18 h. Il y a quelques années, Téléfoot était diffusé à ce moment-là et les joueurs, sitôt leur rencontre finie, ne restaient plus au casse-croûte d'après-match. L'ambiance dans les clubs en prendrait encore un coup. Qu'on laisse vivre le foot amateur et qu'on ne le fasse pas crever à petit feu »
Le président de la Ligue de Bretagne, Jean-Michel Bellat, est évidemment défavorable aux matchs de Ligue 1 ou 2 disputés le dimanche après-midi. Mais il estime qu'une solution « intermédiaire et raisonnable » doit être trouvée pour satisfaire les pros et les amateurs.
« Si on ne veut pas tuer le foot amateur, il ne faut pas mettre des matchs le dimanche après-midi, même à 18 h. En Bretagne, 70 % des footballeurs amateurs jouent le dimanche. Et je sais qu'à Rennes, le samedi soir, une partie du public est constituée de licenciés (joueurs, arbitres, dirigeants) du monde amateur. N'oublions pas que le foot amateur constitue le socle sur lequel repose l'élite du foot professionnel. Il faut donc le ménager, l'astiquer ». Comme l'ensemble des responsables du monde amateur, Jean-Michel Bellat est opposé au projet dévoilé par Frédéric Thiriez. D'ailleurs, le président de la Ligue de Bretagne estime que le président de la ligue professionnelle est sur la même longueur d'ondes.
« Thiriez, otage des télés »
« Je crains qu'il ne soit un peu otage de l'argent versé par les télés. Au fond de lui, je ne crois pas qu'il soit un farouche partisan des matchs le dimanche après-midi. Mais si j'ai bien compris, le contrat d'Eurosport (diffuseur des matchs de Ligue 2) se termine bientôt... En tout cas, avec les autres présidents de ligue, on est particulièrement vigilant sur ce projet. On considère que M. Thiriez est obligé de donner des gages aux télés ». Cependant, l'homme à la tête du foot breton ne crache pas dans la soupe. « Si l'argent de la télé alimente le foot pro, il profite également au foot amateur. Lors des trois dernières saisons, 2,7 millions d'euros ont ainsi été reversés aux collectivités et aux clubs du monde amateur. Il y a eu aussi d'autres retombées pour les contrats d'objectifs réalisés dans les ligues, avec, là aussi, une large part issue du foot professionnel ».
Le dimanche soir ?
Pour Jean-Michel Bellat, « il faut donc arriver à trouver une solution intermédiaire, raisonnable, qui ne gêne ni le foot pro, ni le foot amateur ». Laquelle ? « Peut-être le dimanche soir si les télés arrivent à s'accorder. Dans d'autres pays comme l'Italie, les matchs ont lieu le dimanche après-midi, mais je ne sais pas comment ça s'articule avec le foot amateur et c'est une tout autre culture foot que la nôtre. »
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