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Football. Les filles y réussissent aussi

30 décembre 2008 à 15h45

Elles s'appellent Manon et Camille. Toutes deux ont la même passion : le football qu'elles ont débuté à six ans. Quand l'une joue encore avec les garçons de son âge, l'autre est déjà une internationale confirmée. Deux filles, deux portraits, deux Bretonnes : Manon Le Dins et Camille Abily prouvent que le foot se conjugue aussi au féminin....

  • Ci-dessus, Manon Le Dins. (Photo Nicolas Créac'h)
  • Sur les traces de deux joueuses hors du commun : l'une part au Mondial chinois en 2007, l'autre joue au FC Morlaix. A son actif....149 jonglages. Qui dit mieux ?

    Camille Abily. Une Bretonne chez les Bleues

    Elle est à la tête d'une équipe de France qui jouera gros, samedi à Rennes. Une victoire contre l'Angleterre et Camille Abily compostera son billet pour le Mondial chinois en 2007. La Bretonne ne veut pas rater ça.

    7 mai 2006. Un casting de rêve défile sur la scène de l'Olympia à Paris. Elu meilleur joueur de Ligue 1 par ses pairs, le Lyonnais Juninho est le dernier à recevoir son trophée au cours d'une soirée qui vient aussi de consacrer Grégory Coupet, Franck Ribéry et... Camille Abily ! Quelques instants plus tôt, la Bretonne a également eu sa part de gloire en étant désignée meilleure joueuse du championnat de France féminin.
    Chez Aulas à Lyon !
    « Ce fut un grand plaisir car je ne m'y attendais pas », commente celle qui portait alors les couleurs de Montpellier. Quelques mois plus tard, on la retrouve à... Lyon où le président Aulas a aussi des ambitions pour « ses filles ». « Il vise le titre de champion de France dans les deux ans et celui d'Europe dans les cinq ans ! », précise Camille, dont la carrière prend une nouvelle dimension à seulement 21 ans. Cette native de Pont-Péan, près de Rennes, a toujours été précoce. Premières frappes dans un ballon à six ans, première sélection chez les Bleues alors qu'elle n'en a pas encore 17. Seule une rupture des ligaments croisés a empêché son compteur tricolore de tourner plus vite (seulement 29 sélections). Au fait, comment vient-on au ballon rond ? « A force d'aller voir mon père et mon frère qui jouaient à Bruz, l'entraîneur m'a demandé si je voulais en faire autant. C'était parti... ». Bruz, Le Rheu, Saint-Brieuc où elle débute en Division 1, La Roche-sur-Yon et Montpellier vont profiter de ce talent naissant qui devient un des piliers de l'équipe de France aux côtés des Bompastor, Soubeyrand ou Marinette Pichon, la « star » de l'équipe, revenue au pays après une parenthèse américaine.
    Moins de 200 EUR par match !
    De là à penser que ces demoiselles sont logées à la même enseigne que les Bleus de Raymond Domemech... « Attention, le foot féminin est complètement amateur. On touche des primes, c'est tout... », s'empresse de préciser Camille Abily, qui s'occupe de la préparation physique des jeunes à Lyon. Et quand Vieira et ses amis négocient des sommes avec plusieurs zéros, Camille et ses copines raisonnent en centaines d'euros : « Ça n'a rien à voir avec les gars. Le foot féminin est très en retard. On touche entre 150 et 200 EUR par match et nous sommes équipées pour toute la saison... ». Seule « consolation », les filles croisent de temps en temps les garçons à Clairefontaine, pour un dialogue sympa. « Ils sont très accessibles. On a fait une photo avec eux en début d'année. Cissé et Wiltord s'intéressent au foot féminin et nous parlent ». Le prochain sujet de conversation pourrait être le Mondial 2007 pour lequel l'équipe de France féminine doit composter son billet, samedi contre l'Angleterre (1). « C'est quitte ou double. On s'est mise en difficulté en se faisant battre par les Pays-Bas lors de notre premier match mais nous sommes encore maîtres de notre destin. Si on n'y arrivait pas, ce serait un coup d'arrêt pour le foot féminin », explique Camille Abily, qui jouera devant sa famille et ses amis. Une motivation supplémentaire afin de relever un autre challenge : « Je n'ai toujours pas marqué de but en sélection. Pourquoi pas samedi... ». (1) En cas de victoire samedi, la France serait à égalité de points avec l'Angleterre (19) mais terminerait première du groupe grâce au goal-average particulier (0-0 à l'aller).

    • Antoine Blin

    Manon Le Dins. Jeune et jolie footeuse

    On peut être une jolie petite fille de 11 ans, jouer au foot et en être passionnée. Ça vous surprend ? Manon Le Dins, l'une des meilleures Bretonnes de son âge, fait le bonheur du Morlaix FC et surtout de ses parents.

    Dans sa chambre, une affiche de Zidane et un poster de Drogba, son idole. « Quand il jouait à Guingamp, j'allais le voir. Depuis, je l'adore et je supporte l'OM. Mais j'ai aussi les maillots du Barça, de l'Espagne et même du PSG ». A chaque Noël ou anniversaire, Manon reçoit des chaussettes, maillots, shorts ou protège-tibias. Que ferait-elle avec autre chose ? « Je n'ai jamais joué à la poupée », explique-t-elle avec un charmant sourire. C'est une jolie petite fille, Manon. Elle n'a rien d'un garçon manqué, comme vous l'imaginiez peut-être. « Mes copines sont contentes quand je leur dis que je joue au foot. Ma meilleure amie voudrait en faire mais ses parents ne veulent pas ».
    Zidane : « L'autre l'a énervé »
    Les parents de Manon, eux aussi, ont hésité. Le judo ? « Je n'ai pas tenu plus d'une heure ». Le basket ? « Je jouais avec les pieds ». Inutile d'insister, Véro et Marc ont compris qu'elle avait le foot dans le sang. Son père, ancien joueur de Saint-Laurent et éducateur au Morlaix FC, n'y est sûrement pas étranger. « Elle fait des Loto sportif avec lui », rigole sa mère. « Je lis aussi l'Equipe avec papa et, dès qu'il y a un match à la télé, je regarde. Mais parfois, je n'ai droit qu'à une mi-temps », dit la nouvelle élève de sixième. Eurosport, Canal +, Ligue 1, Ligue des champions, tout. Et la Coupe du monde bien sûr. « Quand je ne pouvais pas voir les matchs, je regardais au moins les buts sur le câble ». Le coup de boule de Zidane ? « L'autre l'a énervé », dit-elle en bougonnant et en baissant la tête. Le geste de Zizou, elle l'a compris.
    149 jonglages
    Car, sur un terrain, Manon aussi est une râleuse. « Une fois, elle n'a pas voulu serrer la main à la fin. Tu te souviens : je t'ai dit que ce n'était pas bien », lui rappelle sa mère, qui n'oublie pas de la freiner un peu. « Elle voudrait toujours en faire plus. Elle va à deux entraînements par semaine sur les trois prévus. Avec le match du samedi, c'est bien assez. D'ailleurs, elle ne jouera pas ce week-end, elle a mal au talon ». Le regard se noircit. « Mais non je n'ai plus mal », chuchote Manon. Elle va manquer à son équipe. Il faut la voir dribbler les mecs un par un, comme lors de la victoire de son équipe au tournoi international du Morlaix FC en 2005, son meilleur souvenir de footeuse. Manon possède une vision du jeu que beaucoup de footballeurs du dimanche n'ont jamais eue. Elle vient de se classer quatrième benjamine bretonne lors d'une détection à Ploufragan. Pied gauche et tête ? 20 jonglages. Pied droit ? « Mon record est de 149 ». Alors les gars, vous faites mieux ?
    « Je préfère jouer avec les garçons »
    Depuis ses six ans, elle ne joue qu'avec les garçons. Dans trois ans, elle ne pourra plus le faire. « On verra alors », dit sa mère. « Moi, je préfère jouer avec les gars », lâche Manon. « Depuis cette année, je leur fais la bise en arrivant ». Sa mère sourit et raconte : « Le foot lui apporte beaucoup, ça lui a forgé un sacré caractère et, avec les garçons, elle n'a aucun problème ». Bien sûr, ils sont fiers d'elle quand elle marque un but. Mais ils sont surtout heureux de la voir jouer, sourire, grandir et s'épanouir. Et si c'était ça, le vrai but du football ?

    • Eric Daniellou

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