30 décembre 2008 à 15h45
Selon les statistiques que nous publions ci-dessous, les actes de violence dans les stades de football ne se produisent que dans un peu plus de 1 % des matchs disputés (sources du Ministère émanant de 9 ligues et 45 districts). C'est peu. Ces 1 % sont sans doute plus médiatisés qu'avant. Soit. Mais faut-il pour autant les ignorer, passer sous silence les insultes et les coups qui volent parfois bas ? Sûrement pas.
Ainsi, outre les interdictions de stade et sanctions pénales accrues, faut-il accentuer la lourdeur des sanctions sportives. Créer une licence à points, comme l'envisage le district du Finistère-Sud ? Pourquoi pas ? Mais, comme le dit aussi Rémy Le Diouris, l'arbitre châteaulinois, « si le banc est calme, tout se passe bien... » C'est ainsi, semble-t-il, que les problèmes sont moins fréquents en ligue (trois arbitres officiels, dirigeants chevronnés) qu'en district (un seul arbitre, dirigeant souvent esseulé). Accentuer la formation des responsables (voire des parents...), est donc l'autre voie à creuser : mieux vaut toujours prévenir que guérir.
« Dans le jeu, la violence a vachement diminué. Il y a moins d'agressions qu'il y a 15 ans, c'est clair ». Rémy Le Diouris n'est ni un hurluberlu ni un provocateur. Avant de devenir arbitre en 1995, il a joué pendant neuf ans au niveau ligue. Il est également dirigeant du FC Châteaulin, son club de toujours. C'est donc avec solide recul doublé d'un regard transversal qu'il analyse l'évolution des comportements sur les terrains.
« Papa ! Papa ! ». Dans sa coquette maison d'un hameau de Clohars-Fouesnant, Rémy Le Diouris sourit. « Parfois, c'est plus dur de gérer ces trois-là que vingt-deux sur le terrain ». Depuis douze ans qu'il officie, dont dix au niveau ligue (*), le Finistérien y parvient pourtant plutôt bien. Et s'il constate « une augmentation de la violence verbale », s'il perçoit une tension qui lui fait dire « heureusement qu'on est là », il est sûr en revanche que « dans le jeu, la violence physique a diminué ».
« Quand Zidane donne un coup de tête... »
« Aujourd'hui, je parle au niveau ligue, pas au niveau district, les joueurs sont beaucoup mieux préparés physiquement qu'avant. Ils se contrôlent mieux, sont plus sereins, ce qui explique qu'il y ait moins d'agressions. Sans compter qu'on a mis l'accent là-dessus au niveau des arbitres et des coachs ». Pour autant, l'arbitre finistérien ne dresse pas un tableau angélique de la situation. « Un peu comme à l'école, la violence verbale a beaucoup augmenté. On récupère les travers de la société ». Des mots, des expressions sont entrés dans les moeurs, que lui-même « laisse passer » plus facilement aujourd'hui. Comme tout le monde. « On entend des choses scandaleuses autour des terrains et personne n'intervient derrière pour raisonner la personne ». On en vient là au coeur du problème, et donc des solutions, selon Rémy Le Diouris. Comme à l'école ou dans la société, ce sont toujours les mêmes mots : éducation, respect, exemple... « Quand Zidane donne un coup de tête, ça ne nous aide pas ». Evidemment. « Mais déjà à la base, est-ce qu'on prend cinq minutes à l'entraînement pour parler de comportement ? ».
« Si le banc est calme ça se passe bien »
Bonne question... qui nous amène directement au dimanche, et au constat suivant : « si le banc est calme, ça se passe généralement très bien. Si le banc explose, en revanche... ». Les mauvais exemples sont légion, mais il en existe aussi beaucoup de bons. « Il y a quelque temps, j'ai sifflé un penalty qui a fait perdre le match au FC Morlaix. A la fin du match, trois ou quatre joueurs sont venus vers moi pour râler. Leur coach (Jacques Philip, NDLR) les a renvoyés à la niche aussi sec et il n'y a plus eu un mot. C'est agréable. Mais c'est rare. Jamais, par exemple, on ne voit un entraîneur sortir un joueur énervé pendant quelques minutes ». A ce problème central, s'en ajoute un autre selon l'arbitre finistérien. « Les familles du football ne se sont jamais mélangées. Je ne suis pas sûr que tous les arbitres sachent les efforts que consentent les joueurs pour évoluer en ligue et ceux que font les dirigeants pour faire vivre leurs clubs. A l'inverse combien de joueurs savent qu'on doit s'entraîner comme eux et que nous sommes soumis nous aussi à un classement avec des montées et des descentes ? Souvent malheureusement, ils nous prennent pour des extraterrestres ». (*) Après deux premières saisons au niveau district, l'arbitre du FC Châteaulin est devenu arbitre de ligue. Il officie au centre en DSE et à la touche au niveau national (CFA-CFA2).
Si le nombre d'actes d'indiscipline n'a pas augmenté depuis le pic de 2005 (3.740 dossiers passés en commission), la gravité des faits inquiète les dirigeants du district Sud-Finistère. « Il faut passer à la répression », martèle son président Jean-Pierre Gonidec.
Un coup de chaussures à crampons d'un joueur sur la tête d'un autre après un match entre Kernevel et Locunolé le 4 février. Un jeune qui frappe un autre à la mi-temps d'un match du championnat 18 ans entre Quimper et Kerfeunteun occasionnant un traumatisme crânien et l'arrêt du match le 17 février. Sans oublier ce joueur de Rosporden qui avait menacé l'arbitre avec une arme factice en décembre 2005...
« Une violence accrue »
Le Sud-Finistère serait-il en proie à une escalade de la violence ? « Oui », estime Jean-Pierre Gonidec. « La commission de discipline n'enregistre pas forcément plus de dossiers que les autres années, mais il en ressort une violence physique beaucoup plus accrue. On ne se retient plus, on se défoule », s'insurge le président du district Finistère-Sud. Une inquiétude partagée par le directeur départemental de la Jeunesse et des Sports du Finistère. Pierre Garrec se demande sérieusement s'il ne va pas falloir se montrer plus offensif sur le plan répressif.
Licence à points ?
« La prévention n'est plus assez efficace, il faut passer à la répression », tranche Jean-Pierre Gonidec. La semaine passée, le président du district a convié tous ses responsables de secteur à réfléchir aux meilleurs mo yens d'endiguer ce problème. Parmi les solutions à l'étude : une licence à points, un courrier d'explication systématique aux parents pour les jeunes ayant reçu un carton, une sanction financière et des travaux d'intérêts généraux (arbitrage ou encadrement d'école de foot) pour le joueur coupable d'une agression violente. Autant de pistes que le groupe de travail constitué va explorer. « Dans un deuxième temps, nous présenterons ces travaux à la procureur de Quimper, aux services de police et de gendarmerie, à la DDJS et aux collectivités territoriales. Nous leur demanderons si c'est suffisant ou non et, surtout, s'ils nous soutiennent », précise Jean-Pierre Gonidec. Le match est lancé. Qui va le gagner ?
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