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Sport. Les enquêtes du Télégramme

Foot & violence. 1. Plongée au coeur des kops

30 décembre 2008 à 15h45

En quoi et pourquoi le football est-il touché par la violence ? Le Télégramme a enquêté. Notre série commence par une immersion au coeur des groupes de supporters (kops) à l'occasion des quatre matchs professionnels que la Bretagne a accueillis au cours des dix derniers jours.

  • Benoît Siohan. 20/03/2007

EPISODE 4. RENNES - PSG

Jusque-là, le voyage au coeur des kops a été plutôt calme. L'arrivée des « hordes sauvages » venues de la capitale va permettre de mettre un peu de sel. D'ailleurs, la violence est là, palpable, sur les nombreux drapeaux brandis par les supporters parisiens une heure avant le match. Sur beaucoup d'entre eux, on voit un poing fermé orné d'une chevalière représentant le logo du club parisien. Le poing qu'on nous promet de nous mettre à la figure, sans doute. Encore quarante minutes avant le coup d'envoi. Premier incident : une empoignade entre deux supporters dans la « cage » dévolue aux Parisiens. Vraie bagarre ou défi de jeunes coqs ? Difficile à voir, car cette fois on n'est pas dans l'espace visiteurs mais juste à côté : le responsable de la sécurité du Stade Rennais n'a pas voulu nous laisser entrer dans la cage. « Ça aurait été Rennes-Sedan, il n'y aurait pas eu de problème... » Mais c'est Paris. « Paris ! Paris ! » Le kop parisien, où la moyenne d'âge n'est pas particulièrement jeune (peut-être 35 ans) est en verve. La composition des équipes. Le speaker s'égosille. « Pour le Stade Rennais, dans les buts, Simon... » «... Enc... ! » Tous les joueurs rennais seront affublés du même « patronyme ». Le tout hurlé à plein par 500 lascars dont un bon nombre brandit une main (voire deux) d'où dépasse un majeur fièrement brandi. Ça commence bien ! Mais paradoxalement, ce sera tout ou presque. La suite est une succession de chants et d'encourageements « normaux ». Même lorsque quelques moins de 15 ans du Stade Rennais, assis de l'autre côté du grillage, versent dans la provocation (« Ligue 2 ! Ligue 2 ! ») après le but de Briand, les supporters parisiens restent zen et reprennent leurs encouragements. Il faut le carton donné par Monsieur Auriac à Traoré pour faire monter la tension. Et devinez de quoi on qualifie l'arbitre... ? Oui, c'est ça : à une petite nuance phonétique près, ça rime avec lait. Mais, même avec 500 supporters parisiens dans le stade, on n'est jamais sûr qu'il vienne au feu. Comme on n'est jamais sûr du contraire...

EPISODE 3. GUINGAMP-LIBOURNE

« Apparemment du même tonneau » (que les supporters brestois de la tribune Quimper). C'est ainsi qu'un lecteur avait qualifié les supporters guingampais dans une tribune publiée dans nos colonnes le 1 e r mars. La prévention était donc énorme. La (bonne) surprise le sera tout autant. La tribune latérale où ils avaient leurs habitudes étant en réfection, les jeunes du kop rouge et noir ont trouvé refuge derrière un but, au centre de la tribune. Comme à Brest, deux « kapos » font dos au terrain. Une différence de taille toutefois : ils se retournent sans cesse pour prendre des nouvelles de leur équipe. Les chants et les messages d'encouragement qui s'enchaînent sans temps morts sont rythmés par le contenu du match et l'évolution du score. Les commentaires du leader aussi. « Oh les gars, on n'est pas sauvé ! Il faut trois points ce soir ! ». A la pause, Guingamp mène 2-0. « Jusqu'au bout les gars ! » Libourne réduit le score. « C'est maintenant qu'ils ont besoin de nous ! » Librement inspiré, comme partout, d'airs célèbres, le répertoire du kop guingampais est étonnamment riche, évitant l'effet de répétition. Il en résulte une ambiance joyeuse qui amuse les supporters plus âgés qui ne se mêlent pas forcément aux sautillements et aux chants des plus jeunes mais qui se sentent manifestement très à l'aise au milieu de cette joyeuse troupe. Deux bonnes heures d'une véritable fête, sans le moindre incident - à part l'évacuation d'un spectateur pour un malaise - ni surtout la moindre invective ni entorse au manuel du bien parler. Pas même un « enc... » à se mettre à l'oreille ! « Et on est fier... et on est fier d'être guin-gam-pais ! » terminent les 300 supporters massés derrière le but. Ils peuvent !

EPISODE 2 . LORIENT-LILLE

Bienvenue dans la « cage » à ciel ouvert où on enferme les supporters adverses au Moustoir. L'espace est filtré par un accès particulier étroitement surveillé par les forces de police. Trois jours après le match joué par les Lillois à Manchester, seuls deux supporters ont fait le déplacement de Lille. Mais nous sommes tout de même une soixantaine dans la cage. Les autres appartiennent aux « Dogues de l'Ouest », un club de supporters qui rassemble du Mans à Nantes en passant par Brest et Lorient. Le morphotype ? Introuvable. Des jeunes, des moins jeunes, des hommes, des femmes... C'est très familial. Ça chante un peu. On regarde le match et on scande le nom de ceux qui s'illustrent. Sylva, le gardien est premier au hit-parade. Sur la gauche, on aperçoit les bras tendus des jeunes supporters lorientais. On n'entend pas les slogans. Mais on sait d'expérience que les mamans de ceux-là aussi leur laveraient la bouche avec du savon si elles pouvaient les entendre. Dans le kop lillois, pas une insulte, pas un gros mot. A la mi-temps, sous la tribune mais sans quitter la cage verrouillée à douuble tour, on peut aller aux toilettes et aussi se restaurer. C'est la seule buvette du stade où on peut payer en liquide, sans passer par la case jetons. Il manque quelques sandwichs. Un stadier court en chercher. « Contre Bordeaux et Nantes il n'y en avait plus. Les gars avaient gueulé ». Etonnant, non ? La deuxième mi-temps s'étire, le stade se vide. Entièrement. Enfin presque. Dans notre cage, seul espace non couvert de la tribune Nord, nous attendons la délivrance. Le match est terminé depuis 17 minutes quand les portes s'ouvrent enfin. Ce soir-là, il fait doux et il ne pleut pas. Une chance.

EPISODE 1. BREST-GRENOBLE

La plongée débute par l'endroit réputé le plus malfamé du foot breton : la tribune « Quimper » du stade Francis-Le Blé à Brest. Derrière le but adossé à la route de Quimper, deux espaces séparés par de hauts grillages : un pour les visiteurs et un pour les Brestois. Ce soir-là, le visiteur est singulier : marin d'état originaire de Grenoble, il a pris un billet visiteur sans s'imaginer qu'il serait seul au milieu d'un espace de 547 places. Spectateur discret, il ne sera pas incommodé par ses voisins de gauche. Derrière le but où les Brestois attaquent en première période, nous sommes peut-être 150 dans un lieu prévu pour recevoir près de 700 personnes. Comme ailleurs, il s'agit de places assises délimitées par des petits sièges baquets. Mais tout le monde est debout. Clairement, il y a deux publics. En haut de la tribune, adossés au garde-corps, un alignement d'hommes de quarante à cinquante ans, dont quelques-uns accompagnés de jeunes enfants : les yeux fixés sur le ballon, ils commentent, encouragent, s'insurgent. Bref, ils vivent le match avec passion, mais sans excès et avec une réelle connaissance du jeu. Quelques rangées vides séparent ces spectateurs ordinaires de la petite centaine d'agités des premiers rangs. Dont une trentaine de « très agités », pour faire léger. Moyenne d'âge : une vingtaine d'années. Des garçons, cheveux très courts pour la plupart, mais aussi quelques filles. A gauche, les Celtic Ultras, qui fêtent leur cinquième anniversaire ce soir-là. A droite, les Ultras. Chaque groupe a son « kapo », porte-voix à la main. Mais le vrai chef, c'est celui des Ultras. Casquette vissée sur le crâne, dos au terrain, il n'est absolument pas concerné par le match. Une de ses premières initiatives est sympathique : il s'agit de scander le prénom du plus vieux membre du groupe (plus de 60 ans), hospitalisé. On le fait en rythme, bras tendus vers l'avant. Très tendus, les bras. Les minutes passent. L'intérêt pour le match des spectateurs des premiers rangs est très relatif. Doux euphémisme. Les « enc... ! » fusent, notamment à l'adresse de l'arbitre. Les chansons se succèdent, toujours ou presque rythmées par ces bras tendus. Toujours très tendus, les bras. La plupart des ritournelles sont aussi naïves qu'inoffensives. Mais pas toutes. « Eh les gars, on n'a pas souhaité la bienvenue au gardien », annonce le porte-voix. La chorale entonne sa partition. Davantage que du gardien grenoblois, c'est de sa femme qu'il est question. En termes d'une rare crudité, madame Wimbée est promise à tous les outrages. On est le 9 mars, lendemain du 8. Qu'elle semble loin, déjà, la journée de la femme ! Les gamines qui braillent ces insanités connaissent-elles même son existence ?

  • Benoit Siohan

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