30 décembre 2008 à 15h45
Le football va jouer son avenir dans les prochaines semaines. Acquis en 2005 pour trois ans par Canal + contre la somme de 600 millions d'euros, les droits TV vont en effet être bientôt renégociés.
Mais le contexte a changé : aujourd'hui, Canal + ne semble pas prêt à débourser une telle somme et a l'air moins intéressé par l'exclusivité de la Ligue 1. Depuis plusieurs mois, la guerre est déclarée entre la chaîne privée, qui met en cause la qualité du produit, et la Ligue professionnelle du président Thiriez. Les droits TV vont, cette fois, être négociés pour quatre ans et non trois, les lots devraient être plus morcelés, et de nouveaux médias devraient faire leur apparition : les clubs espèrent donc au moins autant d'argent que la dernière fois. Mais rien ne dit qu'il en sera ainsi...
Nouveau venu sur la planète des droits télé du foot français, Numéricable, qui s'est octroyé les droits de la Ligue 2 le vendredi, a lancé « Ma chaîne sport », qui pourrait n'être qu'une première étape... vers la Ligue 1.
Qu'est-ce que Numéricable ? Numéricable est le principal câblo-opérateur français dans les domaines de la télé, du téléphone et d'internet. Son chiffre d'affaires, en 2007, est de l'ordre du milliard d'euros. Pour la somme de 5 MEUR, elle a acquis, en juin dernier, les droits de la Ligue 2 le vendredi soir jusqu'en 2010. 40 % des foyers français (1.200 communes soit 9,5 millions de logements) sont raccordables à son réseau et 3,5 millions de personnes en France sont munies d'un décodeur et ainsi abonnées à la télé par Numéricable.
Comment voir les matchs de Ligue 2 ? Concrètement, il y a deux façons de voir les matchs de Ligue 2 le vendredi soir : soit vous avez acheté un décodeur et 220 chaînes sont alors disponibles, soit vous habitez dans un foyer relié au réseau collectif câblé et vous disposez alors de 20-30 chaînes. À Brest, par exemple, si vous êtes équipé d'un décodeur, le match, s'il fait partie des deux choisis par journée, est diffusé sur la chaîne 408. Si vous êtes raccordé au réseau câblé, normalement, vous pouvez voir le match sur la chaîne 8.
Combien de téléspectateurs et d'abonnés ? « Nous n'avons pas de base d'audimat et nous ne donnons aucun chiffre. C'est une volonté de la direction générale, explique Arnaud Talamon, responsable des relations presse chez Numéricable. Nous sommes dans un marché concurrentiel et, parfois, ces chiffres sont mal interprétés ». Numéricable n'a pas non plus souhaité divulguer le nombre de ses abonnés en Bretagne. Selon nos sources, à Brest, environ 30.000 foyers auraient accès à Numéricable, la moitié par réseau, l'autre par décodeur, ce qui concerne environ 70 à 80.000 personnes, soit la moitié de la population de la ville !
Quel est le programme de « Ma chaîne sport ? » Ligue 2 le vendredi (un match en direct à 20 h 30), série A italienne (matchs de Palerme, de l'Udinese, de la Reggina...), et D2 portugaise... Numéricable - à l'image des chaînes de la TNT, Direct 8 (qualifications pour l'Euro 2008 hors équipe de France...) ou W9 (Coupe Uefa, Copa America) - a acheté malin. Avec 10 MEUR de budget, « Ma chaîne Sport » a été lancée le 19 octobre lors du match Nantes - Troyes. Numéricable se lancera-t-il maintenant dans l'aventure de la Ligue 1 ? Là aussi, mystère...
Grâce à un système de répartition solidaire à défaut d'être égalitaire, le FC Lorient percevra cette saison 17 millions d'euros de droits télévisuels pour un budget prévu de 29 millions d'euros. Une manne conséquente pour l'un des clubs modestes de Ligue 1, dont l'avenir économique est évidemment conditionné par le maintien de cette principale source de revenus.
Le principe de solidarité mis à mal ?
S'il n'a d'autres garanties que les analyses financières remises aux membres de la LFP (Ligue de football professionnel), Alain Le Roch, le président du club morbihannais, se veut plutôt optimiste à l'approche de la procédure d'appel d'offres. « On n'atteindra certainement pas les 750 ou 800 MEUR que certains espéraient. Mais on devrait avoir au moins les 600 MEUR que Canal + a déboursés la dernière fois. » Ce qui l'ennuie plutôt, c'est la possible mise à mal du principe de solidarité suite à la création de l'association Football avenir professionnel (FAP), portée par le président lyonnais. « Ce qui me gêne, c'est que ce ne se soit pas fait dans la transparence. Cela crée une scission au sein des clubs professionnels, entre la Ligue 1 et la Ligue 2, et même au sein de la Ligue 1. »
Dans un domaine très mouvant et où l'évolution des modes de diffusion est encore difficile à cerner, le risque du chacun pour soi existe désormais. « En suivant le raisonnement de M. Aulas, les clubs se réserveraient le droit de négocier individuellement les droits TV en cas d'appel d'offres infructueux. » Pour Alain Le Roch - et des expériences à l'étranger confortent sa position - emprunter une telle voie serait plus que périlleux. « Cela se ferait au détriment des petits clubs et créerait un déséquilibre énorme dans le championnat. Franchement, je pense que cela équivaudrait à se tirer une balle dans le pied ».
Depuis plusieurs années, Rennes fonctionne avec un budget annuel qui avoisine les 40 millions d'euros. Pierre Dréossi, le manager-entraîneur rennais, explique que les droits télé représentent « un peu plus de 60 % ». « C'est beaucoup », note-t-il, avant d'assurer, dans un sourire : « Je ne suis pas certain que demain, si les droits télé étaient moindres, Rennes serait le plus embêté... ». Concernant la renégociation du prix des droits télé, Dréossi veut croire à la création de nouveaux lots (matchs, émissions, magazines...) pour voir la cagnotte des 600 MEUR gonfler encore. « Aujourd'hui, on se rend compte que les médias, ce n'est plus seulement Canal +, confie-t-il. Il y a plein d'autres choses, de bonnes choses... Selon moi, il y a suffisamment de médias pour agrandir le nombre de lots. Il faut être un petit peu créatif pour permettre à différentes populations de gens de voir la L1. Pour moi, le redécoupage est LA solution. Si cela se fait, le prix total devrait encore monter ». Rennes, quatrième club français sur les trois dernières années en termes de points, espère évidemment que le pactole va encore faire un bond en avant.
Combien vaut le foot français ? La grande question trouvera bientôt sa réponse puisque le Conseil d'Etat a validé, mercredi, l'allongement de trois à quatre ans des droits de la Ligue 1 et que plus rien, désormais, ne bloque le processus. Tout, ou presque, dépend de Canal +, ce qui nous amène à une première question : Canal peut-il se passer de la Ligue 1 ? La réponse est non même si le chef des sports de la chaîne cryptée, Alexandre Bompard, ne cesse de taper sur un championnat qui, selon lui, ne répond pas aux critères des « quatre S : suspense, stars, stades, spectacle ».
Présidents : les riches et les autres...
Alors, combien d'argent mettra Canal +, et pourquoi ? La chaîne n'a pas l'air décidée à aligner 600 millions d'euros comme en 2005 et ne semble plus attachée à l'idée d'exclusivité, qui lui avait permis, il y a trois ans, de tordre le cou à son concurrent TPS. Mais, si Canal met moins d'argent, ce n'est pas pour autant que la Ligue et donc les clubs n'en gagneront pas plus, ce qui nous amène à une autre question : qui d'autre est intéressé par la Ligue 1 ? De nouveaux acteurs (téléphonie mobile, chaînes de la TNT, Numéricable ?) pourraient faire leur entrée en jeu. Pour faciliter leur venue, ce sont, cette fois, douze lots, au lieu de quatre en 2004, qui devraient être mis sur le marché à la fin du mois. La dernière question concerne les clubs et leurs présidents : comment abordent-ils cette phase critique ? En rangs serrés ? Pas vraiment. Le discours du président du FC Lorient (lire ci-contre) en atteste. Car, dès la création de la FAP (*) à l'initiative du président de Lyon, Jean-Michel Aulas, un schisme s'est créé entre les clubs les plus riches et les autres. Le fossé pourrait même devenir un gouffre si le montant des droits TV ne convenait pas à tout le monde. Tout le système pourrait alors exploser. Ce n'est qu'une hypothèse mais elle n'est pas à écarter. (*) Créée en octobre dernier, la FAP (Football Avenir Professionnel) est une association destinée à défendre les intérêts des clubs de Ligue 1 dans les négociations commerciales. Elle regroupe les clubs de Lyon, Monaco, Bordeaux, Lille, Paris, Lens et Toulouse.
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