30 décembre 2008 à 15h45
Le cricket, sport majeur en Angleterre et dans ses anciennes colonies, fait des émules en Bretagne, notamment grâce au nombre toujours croissant de ressortissants britanniques. La pratique se développe dans les écoles, les clubs se forment...
Déjà trois clubs en Bretagne, bientôt cinq. Un championnat en gestation. Des autochtones de plus en plus nombreux à se joindre à leurs nouveaux voisins britanniques pour des parties endiablées. Des écoles séduites par un biais original pour approcher l'anglais et les Anglais. Importé par les résidents britanniques, toujours plus nombreux, le cricket prend petit à petit racine en Bretagne, comme un peu partout en France. Benoit Siohan
Dans l'indifférence générale, la pacifique invasion du cricket a commencé en 1996 au domaine des Ormes (surtout connu pour son golf) à Dol-de-Bretagne (35). On sait maintenant que c'était la tête de pont de l'invasion en préparation. Jusque-là isolé, le phénomène s'est brusquement accéléré en 2005 avec la création de deux nouveaux clubs dans le Morbihan, à Josselin (CC Oust) puis à Gourin (CCG). Et ce n'est pas fini ! Un club serait en cours de montage sur le pays de Lorient et un autre à Morlaix.
Des Bretons séduits
On pourrait sans doute minimiser l'affaire, si les citoyens britanniques se contentaient de jouer à la baballe entre eux. Mais voilà qu'ils ont entrepris de séduire la population locale. Si à Josselin, trois petits Bretons se contentent pour l'instant de participer aux entraînements de l'équipe locale, à Gourin, en plein coeur du principal foyer d'implantation britannique en Bretagne, ils sont déjà six locaux à être entrés de plain-pied dans l'équipe. Un cheminement « logique » pour Yffig Malard, 33 ans, qui à force de côtoyer des Anglais au village ou au travail, a fini par se laisser séduire par un jeu « absolument génial ». En une seule année de pratique, ses qualités de lanceur lui ont permis de s'imposer comme un des piliers d'une équipe de Gourin où il fait figure de junior. A 74 ans, le secrétaire du club, Don Smith, continue de jouer de temps en temps...
On mange en jouant !
« Lorsqu'on regarde, qu'on voit que les chasseurs ne courent pas, on a l'impression que ce n'est pas dur. Mais quand il faut lancer ou courir avec l'équipement sur soi, c'est sacrément physique », explique pourtant le jeune Breton. D'autant qu'il faut tenir la distance : une partie dure en général entre six et sept heures. Heureusement, les Anglais savent vivre : à la mi-temps, ils n'oublient pas de se restaurer copieusement avec leurs adversaires et hôtes dans une ambiance très conviviale. Et après la rencontre, bien sûr, on termine les restes, solides et liquides, en refaisant le match, parfois jusqu'au bout de la nuit.
Des équipes anglaises « en tournée »
De mai à septembre, pratiquement tous les week-ends sont consacrés à des rencontres en costumes blancs de rigueur. Pour rompre avec la monotonie des « derbys » avec les voisins de Josselin, des Ormes (Dol) ou de Le Moulin (un club mayennais), on joue des rencontres internationales contre des équipes anglaises « en tournée ». Six d'entre elles ont traversé la Manche la saison dernière. Toutes ont repris le bateau à Roscoff avec une défaite dans la valise. Et dire que le club de Gourin n'a pas encore investi (autour de 2.000 EUR) dans la machine à lancer à laquelle rêve Iffig Malard pour améliorer les conditions d'entraînement de son équipe...
Loin de se complaire dans une pratique communautaire entre exilés sujets de sa gracieuse majesté, les exportateurs du jeu de cricket semblent vouloir greffer leur sport préféré sur le tissu local. Sourire en bandoulière, ils s'attaquent aux écoles. Exemple au collège Saint-Julien de Malestroit, dans le Morbihan.
« How are you ? » Tout en serrant les mains, Jon Ward, Anglais bon teint de 60 ans établi à Josselin depuis trois ans, pose la même question à chacun des 24 élèves de 5 e du collège Saint-Julien. Puis une deuxième à la cantonade : « Do you know cricket ? » (connaissez-vous le cricket ?). La réponse fuse en français : « Non, football. » Jon Ward, président du Club de cricket de l'Oust (Josselin), ne se laisse pas démonter. Il remet à chacun un petit dépliant illustré où figurent les règles essentielles, puis attaque. « On fait deux équipes. Dans chacune, il y a des batteurs et des lanceurs. Un des chasseurs est le lanceur... »
La magie du jeu
« Ok ? » Quand Jon Ward termine son petit speech, il y a belle lurette que certains ont décroché. Le temps d'installer les deux guichets et de distribuer les battes et les protections, la partie démarre pourtant. Mollement au début. « Et nous, on sert à quoi ? », interroge une jeune « chasseuse » plantée sous le soleil et qui ne voit pas beaucoup de balles lui arriver. Inlassablement pourtant, avec un sourire et un flegme tout britanniques, Jon Ward continue de montrer le geste juste aux lanceurs comme aux batteurs. Les uns et les autres deviennent plus précis, les points s'additionnent au tableau d'affichage, chacun commence à comprendre le pourquoi du comment. L'attention monte alors d'un cran, les mains sortent des poches. La magie du jeu a opéré.
Certains prétendent que « ça n'a rien à voir ». Jon Ward n'a pas ce genre de pudeur : « Vous connaissez le base-ball ? C'est pareil », schématise l'anglais, en n'omettant pas d'insister sur l'antériorité du cricket, dont voici quelques grandes lignes :
UN TERRAIN OVALE engazonné de 135 m sur 150 m (généralement, en France, on se contente de moins) au centre duquel on dessine un « pitch » d'environ 20 m sur trois. A chaque extrémité de celui-ci, on place un guichet composé de trois piquets en bois de 71 cm.
DEUX ÉQUIPES DE ONZE joueurs attaquent et défendent alternativement. L'attaque consiste pour les batteurs de l'équipe concernée - ils sont deux à jouer en même temps, chacun protégeant l'un des deux guichets - à marquer des points en renvoyant efficacement les balles des lanceurs de l'équipe qui défend (l'idéal pour le batteur est d'envoyer la balle directement en dehors du terrain, mais il existe plusieurs autres possibilités de marquer des points). La défense consiste, a contrario, à éliminer les onze joueurs (successivement batteurs) adverses en détruisant les guichets ou en interceptant les balles renvoyées par les batteurs. Lorsque tous les batteurs d'une équipe sont éliminés, les deux équipes inversent leurs positions. L'équipe qui a inscrit le plus de points remporte la partie.
UN CHAMPIONNAT EN 2008 ? En 2008, pour la première fois, les équipes bretonnes, récemment fédérées au sein de l'Association de cricket du nord-ouest (ACNO), pourraient disputer un championnat. Les cinq fondateurs de l'association, Josselin, Gourin, Dol, Le Moulin (Mayenne) et La Roche-sur-Yon (Vendée), travaillent activement sur le projet. Le club de Nantes, en cours de création, pourrait également être de l'aventure s'il est prêt à temps.
PAS DE FÉDÉRATION AUTONOME. Le cricket n'est pas régi en France par une fédération autonome. France Cricket, qui gère la discipline, est une délégation de la Fédération de base-ball et de softball (FFBS). Plusieurs championnats sont organisés, essentiellement dans la région parisienne, où se concentrent la plupart des clubs. Il existe également une équipe de France, constituée pour l'essentiel de joueurs venus d'Inde, du Pakistan ou du Sri Lanka, où le cricket est très populaire.
EN SAVOIR PLUS. www. cricketeurope.net, www.ffbsc.org, www.brittanycricket.com (site de Josselin) et www.gourincricketclub. bravehost.com (Gourin).
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