30 décembre 2008 à 15h45
Depuis sept ans, la journée nationale de l'arbitrage, associant les quatre principaux sports collectifs, renaît à l'automne. Une mobilisation générale à plus d'un titre : il s'agit de sensibiliser à une cause en danger mais aussi de recruter.
« Ce qui se passe au foot commence à apparaître chez nous ». Jean-Jacques Trelhu, président de la commission régionale d'arbitrage (CRA) de la ligue de Bretagne de handball, veut parler « des parents qui ont tendance à polluer l'ambiance dans les salles ou d'attitudes de supporters en général ». L'homme ne juge pas. « Avec la vie actuelle, les gens se défoulent dans les salles ». Mais face à la montée des comportements déviants, la lutte s'organise. « On a mis en place une police de salles ». C'est officiel. Un licencié du club recevant, référencé sur la feuille de match, est habilité à interrompre le match jusqu'au départ d'un spectateur dérangeant.
« On en a recruté 350 et perdu 360 »
L'écho est le même dans toutes les disciplines. Partout, « on sent monter » ce que le rugbyman Philippe Sourbets appelle « les petits dérapages que le foot connaît depuis des années et qu'il n'arrive pas à gérer ». Incivilités, violence physique ou verbale. Face à ces maux de la société, les arbitres sont en première ligne. Mais leurs rangs sont trop souvent clairsemés. « Il nous manque au moins 200 à 250 arbitres ! » hurle Jean-Jacques Kerdoncuff, le patron de l'arbitrage du basket breton. Le problème est général. Mais davantage encore que le nombre, c'est le turn-over qui pose problème. « On a des effectifs stables autour de 1.800 arbitres », explique Bertrand Layec, arbitre de L1 et responsable de l'arbitrage au sein de la ligue de Bretagne de football, « mais en 2007 on en a recruté 350 et perdu 360 ». Dans ces conditions, il suffit de s'endormir ne serait-ce qu'une année sur les efforts de recrutement et c'est la catastrophe. C'est ce qui est arrivé au basket. « Il y a eu un peu de laxisme, l'alimentation ne s'est pas faite pendant un moment et on risque d'être dans le rouge dans 4-5 ans », craint Jean-Jacques Kerdoncuff.
« Faire changer l'image » pour fidéliser
Toutes les disciplines éprouvent les mêmes difficultés à recruter et fidéliser. Mais comment attirer vers une fonction relativement ingrate, généralement mal payée et ne bénéficiant pas d'une bonne image ? « Il faut arriver à faire changer l'image de l'arbitrage » préconise Layec. « Malheureusement, nous n'avons pas beaucoup de leviers pour cela. Il faut aider les clubs pour qu'ils se rendent compte de l'importance de leur arbitre de club. Qu'ils le suivent et qu'ils l'accompagnent ». Confrontées aux mêmes problèmes, toutes les disciplines multiplient les tentatives de recrutement tous azimuts : ouverture d'écoles d'arbitrages, « récupération » des anciens joueurs à travers des filières accélérées de formation, parcours parallèles d'arbitres et de joueurs etc. etc. « Les clubs commencent à prendre conscience de leurs responsabilités en la matière » estiment certains arbitres. Malgré cela la « journée nationale de l'arbitrage » risque d'être utile encore un bon moment.
Suivant le niveau auquel ils sifflent, mais surtout en fonction de la taille et la forme du ballon, les arbitres ne sont pas indemnisés à la même hauteur. Revue de détail.
Les quatre fédérations associées aux journées de l'arbitrage indemnisent leurs arbitres officiels. En leur remboursant leurs frais kilométriques (dans une fourchette de 0,30 à 0,40 euro par km) et en leur versant des indemnités croissantes en fonction du niveau auquel ils évoluent. Au bas de l'échelle, l'arbitre de football n'est pas le mieux loti. En ligue de Bretagne, l'indemnité pour un arbitre central s'échelonne en effet de... 16 à 36 euros par match (13 à 21 pour un assistant). En comparaison, les collègues du rugby sont nettement mieux lotis (50 euros quel que soit le niveau au sein de la ligue), ceux du basket et du hand navigant entre les deux (de 20 à 35 euros). Les indemnités augmentent plus ou moins fortement à mesure qu'on grimpe dans la hiérarchie. En basket, un arbitre de N2 (niveau 4) ne perçoit par exemple que 40 euros. Contre 130 en CFA2 (niveau 5) et 250 en CFA (niveau 4) en football. Au niveau professionnel, les écarts donnent carrément le vertige. En D1 de handball, chaque membre du binôme arbitral perçoit - en plus des indemnités kilométriques - 174 euros par match, ainsi qu'une prime de 110 euros lorsque le match a lieu en semaine (du lundi au vendredi). Le collègue rugbyman est nettement mieux loti, avec 270 euros en Pro D2 et 420 euros en Top 14. Fin des comparaisons. Car le football professionnel est un monde à part, où les arbitres, même s'ils n'en ont pas encore tout à fait le statut, sont eux-mêmes professionnels. À condition de ne pas se blesser trop longtemps, ils sont même très bien payés. Indemnités de préparation et primes de matchs cumulées, les centraux de L1 émargent en moyenne à 6.000 euros par mois.
Le rugby a adopté l'usage de la vidéo, limité à la vérification de la validité des essais, et n'en fait plus débat. Le basket et le handball n'en ont ni envie ni besoin. En football, on est passé du débat à l'affrontement.
C'est chaque semaine la même chose dans le football professionnel. La bonne vingtaine de caméras disposées autour des pelouses apporte la preuve irréfutable d'erreurs d'arbitrages (*) génératrices de tensions. Les arbitres eux-mêmes, sur le plan national comme à l'échelle internationale, sont tellement conscients de ce qu'ils appellent « une lutte à armes inégales » qu'ils sont dans leur immense majorité favorables à l'utilisation de la vidéo, limitée à certains cas bien précis. Au-delà de la corporation, la quasi unanimité du monde du football à défendre cette évolution se heurte pourtant à l'opposition des autorités : l'International board, garante des lois du jeu, ainsi que les deux confédérations les plus puissantes, la FIFA et l'UEFA. Mais pour combien de temps ? La hargne avec laquelle Michel Platini, le président de l'UEFA, a récemment défendu une position qu'il sait très minoritaire, a quelque chose d'une attitude désespérée. (*) A la demande de la Ligue du football professionnel, l'ancien arbitre Claude Colombo vient de réaliser un rapport dans lequel il recense « 157 erreurs avérées » au cours de la dernière saison de L1. Les résultats de 64 des 380 rencontres en auraient été faussés.
Mise sur pied par les fédérations et les ligues professionnelles de football, rugby, basket et handball et soutenue par deux « parrains » (But et La Poste), la journée nationale de l'arbitrage a trouvé sa place dans le paysage depuis sept ans. Samedi après-midi, sur sept sites bretons où se déroulera l'opération, il sera possible de s'essayer à l'arbitrage en dirigeant tout ou partie de matchs de jeunes. En d'autres termes de se lancer. C'est gratuit et ouvert à tous. LE HANDBALL EN DIFFÉRÉ. Pour des raisons de calendrier, le handball breton ne s'est pas associé à l'opération au-delà de sa présence au forum organisé à Brest. Des opérations de sensibilisation comparables à celles de samedi auront toutefois lieu un peu partout le 11 novembre.
Le forum de l'arbitrage organisé annuellement au niveau régional aura lieu ce soir à 19 h à l'Ecole Supérieure de Commerce de Bretagne, à Brest. Animé par Ronan Guennoc, il abordera le rôle de l'arbitre et l'esprit sportif dans la société. Y participeront notamment Laurent Duhamel, et Bertrand Layec arbitres internationaux de football, Corentin Martins, ex international et directeur du Stade Brestois, Christian Madec, ancien arbitre national de volley-ball reconverti au rugby et animateur de l'école d'arbitrage du Morbihan, Noam Rudman et Jimmy Verove, respectivement entraîneur et capitaine de l'Etendard de Brest (basket), Frederic Bretel, arbitre national, ainsi que Joël Caraty, cadre technique, arbitre formateur et entraîneur (handball).
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