1 juillet 2009
Sa chanson «Like a hobo» fait le bonheur des ondes depuis des mois. Mais le répertoire de l'Anglais Charlie Winston ne se résume pas à un titre. Le multi-instrumentiste, à la voix suave et groove, défend un premier album composé de douze diamants longuement taillés. Sur scène, le gentleman au charisme fou propose un show généreux, où il révèle aussi ses talents de danseur. Aucun doute sur le pronostic : samedi 18 juillet, Charlie Winston enflammera les Vieilles Charrues !
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Parlez-nous de «Like a hobo». Quand avez-vous écrit cette chanson ?
Il y a environ cinq ans. Ce jour-là, j'étais assis sur des marches, chez des amis. C'était une journée ensoleillée. J'ai commencé à jouer un air à la guitare. Et tout de suite, j'ai senti que je tenais quelque chose de spécial. Je ne pouvais plus m'arrêter de le jouer. Une semaine plus tard, j'ai veillé jusqu'à 4 ou 5 heures du matin, avec une bouteille de vin, à la recherche d'un refrain. La partie sifflée est arrivée beaucoup plus tard. Le refrain, lui, est venu en deuxième et il m'a inspiré le thème de la chanson. J'avais juste envie de parler de ma vie, d'exprimer ce qui est important pour moi : tracer sa propre route sans dépendre des autres.
Pourquoi avoir attendu cinq ans avant de présenter cette chanson au public ?
Parce que je ne me sentais pas dans l'urgence, je n'étais pas pressé de sortir mon disque ou de devenir célèbre. Je voulais prendre le temps de bien faire ma musique. Je fais d'abord ça pour moi. Depuis que je suis enfant, j'ai toujours eu l'intime conviction que la réussite viendrait un jour. Cela m'a permis de ne pas m'en préoccuper et de rester concentré sur une recherche de qualité. Le succès a été long à se dessiner parce que j'ai laissé les gens venir à moi, plutôt que de leur courir après.
Folk, pop, blues, soul, funk... Votre album brille par sa variété.
Les styles et les instruments sont moins importants que l'état d'esprit d'une chanson. Prenez Brel : il a des arrangements massifs. Mais on accède au sens directement grâce à sa voix et son énergie. Sans comprendre forcément ce qu'il dit, on ressent très bien ses émotions.
Brel fait-il partie de vos influences ?
Oui, au même titre que beaucoup d'autres. Plein de choses m'influencent, et pas forcément des réalisations d'artistes. Ce peut être une conversation. Même pas forcément sur le fond, mais sur la forme, la façon dont les choses sont dites, la mélodie des mots. Ce ne sont pas les artistes qui m'inspirent, c'est le monde.
Est-ce frustrant d'être connu en France mais pas chez vous, en Angleterre ?
Non, pas du tout (rires). Un public est un public, où qu'il soit. C'est intéressant de voir comment il réagit. Les Français comprennent très bien la mentalité et l'énergie de ma musique. Ils sont très sensibles à l'art, ça me plaît. Par contre, je ne prête pas d'attention à la reconnaissance médiatique. Je n'ai pas de télé, j'écoute peu la radio et ne cherche pas dans les magazines ma photo ou ce qui pourrait être écrit sur moi. Pour moi, la gloire n'est qu'une illusion, qu'une mode. Un artiste est une personne qui a quelque chose à dire à partir de son observation du monde. Le problème avec la gloire, c'est que l'observateur devient l'observé et que ça finit par lui boucher la vue. J'essaie de ne pas prendre en compte le fait que je suis observé. Je ne ressens aucune frustration parce que j'apprécie ce que j'ai, sans me morfondre sur ce que je n'ai pas. On ne peut pas avancer autrement dans la vie. Et puis je trouve ça sympa de pouvoir rentrer en Angleterre en y demeurant anonyme.
Votre album sortira-t-il en Angleterre ?
C'est prévu pour l'automne, au Royaume-Uni et au Canada. Pour l'instant il est disponible en France, en Belgique, aux Pays-Bas...
Vos parents étaient chanteurs. Finalement, vous êtes musicien depuis toujours ?
D'une certaine manière, oui. Quand j'étais enfant, nous habitions à l'hôtel. Donc c'était un style de vie assez fou. Nous n'avions pas vraiment de vie de famille. Beaucoup de gens d'horizons différents se retrouvaient dans cet hôtel, beaucoup de groupes, d'artistes de cabaret et de théâtre, d'humoristes. J'ai eu une enfance très éclectique. Il y avait toujours des réunions : des rassemblements de francs-maçons par exemple. Il se passait plein de choses différentes, pas seulement de la musique. J'avais l'habitude de voir mes parents chanter au bar, à la fin de la nuit.
Et ils faisaient du folk ?
Oui. Mais, à ce moment-là, mon frère commençait à jouer de la guitare, mon autre frère de la batterie. Ils faisaient du rock'n roll, du rockabilly, du psychobilly. Il y avait énormément d'influences différentes. Moi, j'étais plus dans l'électro, le breakdance, la pop quand j'étais enfant. C'est pour ça que je me suis mis au beatbox. Je pense, en fait, que mes deux premiers instruments ont été le chant et le beatbox.
Vous êtes le frère de Tom Baxter, chanteur pop à succès. Que pense-t-il de votre musique ? Vous donne-t-il des conseils ?
Nous avons joué très longtemps ensemble. Pendant des années, j'ai été le bassiste de son groupe et j'ai beaucoup travaillé sur sa musique. J'ai pu l'observer agir, le voir aussi commettre des erreurs. Parfois, il me dit que lui aussi aurait bien aimé voir un grand frère se tromper pour repérer les pièges. Mais nous nous soutenons très fort mutuellement. Il ne me donne pas de conseil à moins que je ne le sollicite. De toute façon, je crois que donner des conseils aux gens ne sert à rien. En le faisant, on satisfait son propre ego, c'est tout.
Dans le futur, comment sonnera votre musique. En avez-vous une idée précise, ou bien, tout peut-il arriver ?
Je pense que tout peut arriver. Je réfléchis beaucoup à l'électro. J'adore l'électronica. J'aimerais bien faire un album d'électronica, en fait.
Votre nom de scène, Charlie Winston, a été composé à partir des prénoms de Charlie Chaplin et de Winston Churchill. Pourquoi un tel choix ?
Ce sont mes parents qui l'ont effectué. Ils ont donné à chacun de leurs enfants des noms qu'ils pourraient utiliser sur scène. Et ils ont bien fait, parce que je m'en sers ! Ils aimaient Charlie Chaplin - qui en plus du comédien était aussi un remarquable musicien, violoniste, pianiste, et qui composait la musique de ses films. Churchill est une autre figure symbolique de notre histoire. Et puis Charlie et Winston ensemble, ça sonne bien.
La prochaine fois qu'on vous voit en Bretagne, c'est au Festival des Vieilles Charrues à Carhaix. Comment préparez-vous ce genre d'événement ?
Simplement en faisant beaucoup de concerts avant. En ce moment, on vit une période très intéressante et excitante avec le groupe. On joue énormément, en développant un set qui devient de plus en plus dense, intéressant et fun. Et donc, ce que j'espère, c'est qu'au moment des Vieilles Charrues, tout sera vraiment bien ficelé.
Bruce Springsteen est à l'affiche de ce festival. Est-ce un musicien que vous appréciez?
Oui, beaucoup. Pour être honnête, je ne connais pas énormément son travail. Mais tout ce que je connais de Bruce Springsteen, je l'admire. Je pense que c'est un très grand songwriter. Ses concerts sont aussi bons que sa voix. Et il a réellement une bonne voix !
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