24 avril 2009
Depuis que les deux clubs historiques de la ville ont fusionné en 1998, le football vannetais n'en finit plus de grandir. Après trois accessions, cette finale de Coupe de la Ligue constitue une validation supplémentaire du choix effectué il y a onze ans.
Il était une fois le football à Vannes. L'histoire de deux voisins antagonistes. A ma gauche, le Véloce, dinosaure laïc créé en 1892. A ma droite, l'UCK, pour Union Clissons et Korrigans: le fruit d'un mariage entre deux patronages. Des années 50 aux années 90, quand le football amateur breton passionnait les foules, les affrontements entre les Jaune et Noir et les Vert et Blanc pouvaient déplacer 6.000 personnes au Parc des sports de La Rabine. C'était le temps de la «grande» DH, de la D3 et de la D4. Le foot ne se vivait pas encore sur écran plasma.
1972-1998: 26 ans pour une fusion
L'idée d'une fusion, susceptible de permettre enfin au football vannetais de dépasser le niveau4 de la hiérarchie nationale (*), était déjà dans l'air. «On en a parlé pour la première fois en 1972», affirme Guy Turpin, tour à tour joueur et dirigeant dans les deux clubs. En 1985, il échouera à mener à bien l'opération. L'affaire prendra encore treize ans avant que le Véloce et l'UCK, devenue entre-temps VannesFC (en 1990) après une nouvelle tentative avortée, ne finissent par convoler en justes noces. L'union sera officiellement scellée le 2juin 1998, au terme de huit mois de pourparlers menés dans la plus grande discrétion par quelques dirigeants des deux clubs, sous le regard bienveillant de Guy Bernard, l'adjoint aux sports de l'époque. Un peu moins de onze ans ont passé. «On n'a pas à rougir de ce qu'on a fait», constate Yves Le Meur, ex-président du Vannes FC, au pied de la finale qui symbolise l'impressionnant bond en avant du football vannetais: de deux clubs de CFA 2 (niveau 5) à un seul club de L2 (niveau 2).
Les «allez les Jaunes» répondaient aux «allez les Verts»
Des décennies d'affrontement, idéologique d'abord, simplement sportif ensuite, n'ont pourtant pas été gommées d'un trait de plume. «Au niveau sportif, la fusion s'est faite tout de suite. Ça a été nettement moins vrai au niveau des dirigeants», témoigne Yvon Hochet (ex-VannesFC), adjoint de Patrick Le Polotec (ex-Véloce) au sein du nouveau club. «Le dimanche, certains dirigeants comptaient les joueurs des deux clubs», confirme «Polo». «En plus, on avait fait l'erreur de garder un peu des couleurs des deux clubs en jouant en jaune et vert (en 2003, le club a opté pour ses couleurs actuelles: noir et blanc). Du coup, quand certains spectateurs criaient «allez les Jaunes», d'autres répondaient «allez les Verts», se remémore Maurice Gabillet, ex-président du Véloce. Bonjour l'ambiance! «On a vraiment vécu trois mois très difficiles», se souvient Le Polotec, qui prit l'initiative d'un clash salvateur au début de l'automne. Six mois plus tard, le Voc fêtait son premier anniversaire par une accession. Après deux bonnes saisons supplémentaires, «Polo» s'en alla «de lui-même». Poussé dehors, en fait, par des dirigeants qui voulaient «un professionnel» pour mener les troupes. Ce fut Denis Goavec. «Il y avait plein de bonnes volontés dans le club, se souvient-il. Il fallait les structurer, ce que j'ai essayé de faire. J'ai peut-être voulu aller trop vite.» Ses exigences et leurs coûts, son choix d'écarter tous les éducateurs non diplômés, ont provoqué de nombreuses tensions. Crise de croissance sans doute inévitable. «Il a fait bouger les choses, il faut le reconnaître», constate Gabillet, quoi qu'il «n'en garde pas un bon souvenir».
Plus de requins que de poissons rouges
C'est l'époque où le conseil d'administration du club ressemble davantage à un banc de requins piégés par la barrière de corail qu'à un bocal de poissons rouges. Un ancien président du FC Nantes, Jean-René Toumelin, a notamment essayé, avant et après d'autres, d'y prendre le pouvoir. En novembre2002, le «professionnalisme avant l'heure» sort de la route. Le club est exsangue. Goavec est «licencié économique». Il est remplacé par son très jeune adjoint: un certain Stéphane Le Mignan, 28 ans. Clairement, un choix économique. Un choix par défaut. On sait aujourd'hui à quel point il fut fondateur. Le Mignan, sourire d'ange, main de fer et gant de velours, a «repris le projet général» élaboré par son prédécesseur. Travailleur et réfléchi, il connaît depuis une réussite insolente dans le choix des hommes. Réussite, dites-vous? Fabrice Garin, joueur au club de 2004 à 2008, a participé aux deux accessions (en National puis en L2). Il témoigne du véritable décollage du club, six ans après la fusion. «Quand je suis arrivé, Vannes avait les structures d'un club de CFA correct. Ça a vraiment changé lors de la deuxième saison, en National, quand on a pu faire tous les entraînements en journée, comme les clubs pros.» L'année suivante, pourtant, le club frôle la catastrophe. Le maintien est difficilement acquis (15e). Et surtout, le dépôt de bilan est évité de justesse, grâce notamment à un joli parcours en Coupe de France (quart de finale à Marseille).
«En froid avec Goulard»
A l'aube de la saison 2007-2008, le club est donc encore très fragile et n'a d'autre ambition que d'équilibrer ses comptes et d'éviter la relégation. «Il s'est alors passé un truc incroyable, témoigne Fabrice Garin. Les joueurs qui sont arrivés se sont hyper bien entendus avec les anciens, la mayonnaise a pris et on est monté. Le mérite en revient au coach. C'est lui qui a recruté, lui qui est à la base du truc.» Lui aussi qui a pesé pour transmettre le club à Michel Jestin plutôt qu'à un pool d'investisseurs locaux. «J'ai été en froid pendant trois mois avec Goulard (le maire de Vannes) à cause de ça», rigole aujourd'hui Maurice Gabillet. C'est oublié. Comme l'époque où il y avait deux clubs à Vannes.
(*) Avant la fusion, le football vannetais n'avait connu le niveau 3 qu'une saison, lorsque l'UCK joua en CFA en 1968. La D3, que fréquentèrent les deux clubs au temps de la D2 à deux groupes, était, en niveau, le niveau 4.
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