« Améliorer le quotidien du plus grand nombre ». L'objectif généreux ne nuit pas au chiffre d'affaires qui a progressé de 14 % lors du dernier exercice. Mais l'on ne connaît pas pour autant les résultats, un sujet sur lequel le groupe, non coté en bourse, ne communique pas. Des anecdotes existent sur
le sens des économies du fondateur Ingvar Kamprad. Au demeurant, le sens de l'économie de la multinationale, paraît affûté. En commandant plutôt 100.000 heures de production que 10.000 bibliothèques, elle s'offre de la souplesse. Ikea peut aussi acheter des matières premières et de la quincaillerie en grosses quantités, revendues ensuite à des fournisseurs. Il peut conclure des contrats à long terme et, dans certains cas, soutenir financièrement un fournisseur. Surtout : les produits proposés étant les mêmes dans le monde, cette massification lui permet des gros volumes d'achat et donc des prix.
Un code de conduite
33 % des produits proviennent d'Asie, dont 22 % de la Chine, le premier pays fournisseur. Ikea achète toutefois à hauteur de 64 % en Europe. La Pologne compte pour 16 % à elle seule, plus du double que la Suède (6 %). En mars prochain, un site de production, de panneaux de particules va ouvrir par exemple au nord du Portugal. Vis-à-vis des conditions de travail de travail dans certains pays lointains, la société suédoise a-t-elle de réelles exigences ? Thomas Bergmark, en charge de la responsabilité sociale et environnementale dans le groupe, l'assure. Il met en avant le code de conduite demandé aux fournisseurs et des audits de contrôle. Il dit le souci d'Ikea, fort consommateur de bois, d'être sûr que celui-ci ne provient pas de forêts protégées. « Nous utilisons 70 % de matériaux renouvelables dans nos produits », explique également Thomas Bergmark.
Un prix fixé au départ
Henrik Preutz, 32 ans, est un des onze designers intégrés au groupe, qui fait appel aussi à une soixantaine de free lance. Le prix de vente de l'objet est fixé au départ. Pas trop frustrant pour la créativité ? « Au contraire, ces contraintes sont un challenge supplémentaire ». Que le produit soit empilable ou pas, destiné ou non à rentrer dans un paquet plat a son importance dès la conception. Henrik Preutz prend l'exemple d'un canapé : « Si on le réduit de 5 cm, on peut en mettre deux fois plus dans un conteneur. Et, au final, le prix baisse de 30 à 40 % pour le consommateur ».
La chambre polonaise
Deux ans peuvent s'écouler entre la première demande et l'arrivée du produit dans les magasins. A l'autre bout de la chaîne, dans un entrepôt, Anders Kroon présente un support en plastique sur lequel sont posés les paquets. « C'est une invention Ikea ! ». L'astuce évite les palettes, plus grosses, et permet de charger davantage de produits dans les conteneurs, une façon de réduire les coûts. Ce souci d'économie est une antienne. « C'est assez stimulant d'avoir des ressources limitées », juge Liljan Kusibojoska, ingénieur et designer de formation, développeuse de produits chez Ikea. Son projet préféré ? « Une chambre avec un lit, une armoire, un chevet et une commode pour le marché polonais, pour 299 €, la moyenne du salaire dans ce pays. Ces exercices un peu particuliers n'empêchent pas de regarder ce qui est proposé par la concurrence, de fréquenter les salons, d'analyser les mouvements de société, comme le développement des familles recomposées. Y a-t-il aussi des ratés dans les produits proposés ? « Oui, malheureusement ».
« Design démocratique »
Ikea emploie l'expression « design démocratique » pour l'addition de la forme, de la fonction et du prix. Quatre styles sont déclinés : scandinave, contemporain, campagne et jeune. Chaque année, 25 à 30 % des références sont renouvelées. « Mais on essaie de descendre à 20 % : le prix des métaux joue ». Le « testament d'un négociant en meubles » rédigé par le fondateur, met en exergue neuf commandements. Il fait aussi partie des meubles de ce groupe qui ne rechigne pas à communiquer sur ses valeurs. Sept niveaux hiérarchiques existent entre l'employé et le président. Le 9 octobre 1999, une journée de chiffre d'affaires a été répartie à part égale entre tous les salariés, un passage dans le XXI e siècle resté dans la mémoire collective.