Le Smaland, région qui a donné son nom aux aires de jeux pour enfants dans les magasins Ikea, a été pauvre jusqu'à provoquer, au XIX e siècle, une émigration vers l'Amérique du Nord. Les cailloux érigés en murets témoignent du sol ingrat. Le long de la route, les pancartes des hameaux se terminent souvent en « hult »,
ce qui pourrait donner « ker » en Bretagne. La forêt défile, il fait frais, sans plus. Arrivé à Almhult, le même coup d'oeil embrasse le clocher de l'église et « Ikea of Sweden », qui s'affiche sur un bâtiment « amiral » de l'enseigne. Les designers y imaginent, à l'abri des regards, les futurs produits planétaires. On ne sait trop qui de l'église ou du bâtiment est au centre de la ville. Ikea y emploie 1.200 salariés dans 14 sites pour 8.000 habitants.
Quatorze coiffeurs
Une cité plutôt tranquille : le chef de la police, dans un film présenté au musée, déplore 70 accidents de la route, 30 vols de vélo dans les six mois et a même quelques soupçons. Almhult compte 14 coiffeurs, une fréquentation aidée par la capillarité des nations représentées ici. Construite par Ikea, une maison des activités propose notamment une salle de gym et une dégustation de beaujolais nouveau en novembre. « Almhult est un "petit village". Vous avez des chances d'y rencontrer quelqu'un que vous connaissez », constate Stéphane Jacques. Ce « business navigator », dans les canapés, à Ikea - l'enseigne a choisi la langue anglaise pour jeter les ponts entre tous - est arrivé de France il y a huit ans. Ils sont moins d'une dizaine de francophones ici. « C'est difficile de briser la glace avec les Suédois. Nous avons une culture autour de la nourriture qu'ils n'ont pas. Mais, à travers les enfants, les contacts ont été facilités ». Almhult a le privilège d'abriter le premier magasin Ikea, créé en 1958. La surface n'est pas aux derniers « canons » de l'enseigne mais témoigne et vend toujours. On y accède via Ikeagatan (la rue d'Ikea), à proximité d'un restaurant-hôtel d'entreprise Ikea, où le jus d'airelle est posé sur la table.
Silo de 14 étages
Ailleurs, un entrepôt rappelle qu'Ikea ne badine pas avec la logistique : 180.000 m³ de stockage à lui seul, dont un silo automatique de 14 étages qui affiche complet à 43.000 palettes... « Quand on nous dit "Nous avons besoin d'un produit", le prix est déjà dans le "brief" de départ », précise Henry Preutz, un designer du groupe. Ce qui peut donner un jouet pour se balancer, à 7 €, parmi 9.500 références, dont quelques icônes, comme la bibliothèque Billy. Le message d'Ikea, répété gentiment au visiteur, n'est pas subliminal : « L'ambition est d'améliorer le quotidien du plus grand nombre ». Un leitmotiv décliné urbi et orbi, dans 191 millions de catalogues, pour entrer dans le maximum d'intérieurs. Un véritable « pass » sémantique.