2 décembre 2008
Dans les 40 e s , ça commence à bien glisser au portant. Ce n'est pas encore le Grand Sud mais, à l'approche de la première porte des glaces, ça y ressemble fortement.Cette course est complètement dingue ! Tellement dingue que, hier, deux solitaires, Riou et Dick, ont failli se rentrer dedans (lire ci-contre). Comme si l'Atlantique Sud n'était pas assez grand pour eux !
Cette course est également parfois dangereuse. Jean Le Cam peut en témoigner, lui qui s'est retrouvé dans une situation pour le moins inconfortable en tête de mât... : « J'étais monté en haut du mât pour tout checker. J'étais sous spi, il y avait 15 noeuds de vent quand, dans une risée un peu forte, le bateau est parti en vrac. Un départ au tas, je te raconte pas... Je suis descendu à fond en marchant sur la grand-voile ! »
« C'est plus sport ! »
Hier, il en riait à la vacation radio mais l'ascension aurait pu très mal se terminer : « Quel crétin je suis ! Il fallait juste ouvrir un peu ma grand-voile avant de monter là-haut ».
Plus de peur que de mal pour Le Cam qui, comme ses camarades, apprécie ce changement d'allure. « Ça ne bourrine plus. Le portant, c'est sympa. » C'est sympa, confortable et ça permet surtout de voir le speedomètre grimper jusqu'à 20 noeuds et plus.
Sur tous les 60 pieds, il y a eu un grand ménage ces derniers temps : la soute à voiles, à l'avant du bateau, s'est considérablement vidée. Les ballasts arrière ont été remplis d'eau. En gros, tout ce qui est « matossable » a été déplacé sur la partie arrière. Pour éviter d'enfourner.
« Le Sud ? C'est agité. Le vent s'est bien installé et la mer est formée : il y a des creux de 3 à 4 mètres. C'est plus sport ! »
Armel Le Cléac'h, qui a vu son premier albatros, a déployé les ailes de son « Brit Air ». « Il faut s'habituer au portant, trouver les bons réglages pour les voiles et le pilote automatique. »
Josse
premier au front
En somme, trouver le bon rythme car cette allure risque de durer un bon moment. Un mois peut-être au cours duquel la vie ne sera plus tout à fait la même. Dans le pays de l'ombre, les fronts vont se succéder. Hier, il s'agissait du premier. D'après les statistiques, il y en aura entre dix et vingt d'ici au cap Horn.
Pour l'heure, le groupe de tête, toujours emmené par Sébastien Josse, a entamé une guerre d'empannages. Il en sera ainsi jusqu'à la porte de sécurité qui devrait être atteinte demain matin. Ces deux premières portes (il y en a huit sur le parcours), longue de 445 milles, sont en réalité des points GPS qui servent à empêcher les solitaires de plonger trop sud, là où rôdent les tueurs blancs.
Jourdain
prend une bâche
Selon la direction de course, cinq icebergs ont été repérés, dont certaines montagnes de glace de 450 m dérivant autour du 47 e sud, soit seulement à 350 milles sous la première porte.
Dans le Sud, on savait qu'il y avait des icebergs mais Roland Jourdain a découvert, hier, d'autres objets moins dangereux mais tout aussi indésirables : « Il m'a fallu un paquet de temps pour réaliser que j'avais une bâche prise dans le safran. Si maintenant, on trouve des sacs plastiques dans les 40 e s ... »
Complètement dingue cette course !
