28 juin 2009
Le XV de France a achevé sa tournée estivale par une défaite logique (22-6) face à une Australie à la précision chirurgicale, hier à Sydney au terme d'un match sans saveur, point final d'une nouvelle saison mitigée et d'un périple agité dans l'hémisphère Sud.
Enfin, les vacances! La saison des Français, ouverte par une timide campagne de novembre et poursuivie par une décevante troisième place dans le Tournoi des six nations, s'est achevée hier par un quatrième revers en un an contre les Wallabies. Un revers implacable, subi par des joueurs éreintés après leur victoire (27-22) suivie d'une honorable défaite (10-14) en Nouvelle-Zélande. Mais au-delà des courbatures nées de dix mois de compétition et des troubles de l'affaire Bastareaud, la totale impuissance affichée contre les Wallabies laisse une impression de déjà-vu dans la bouche de l'entraîneur français, Marc Lièvremont. «On avait d'autres ambitions avant ce match et cette très bonne équipe d'Australie nous a ramenés à la dure réalité de notre niveau, a déclaré Lièvremont. Ils sont bien mieux entrés que nous dans le match. Quelque part, les insuffisances dont on avait fait preuve lors de nos deux matches en Nouvelle-Zélande, on les a payées cash.» Les Australiens ne s'apitoieront pas sur le sort des Français, victimes de leur indiscipline et de la classe de l'ouvreur Matt Giteau, auteur des vingt-deux points de son équipe. Après deux faciles victoires contre l'Italie,
Indiscipline
«C'est une bonne base de travail pour nous, s'est félicité l'entraîneur Robbie Deans. Ce fut une performance plus que solide. On a récolté le fruit de notre travail, notre défense a répondu présent et ce fut une performance de toute l'équipe, chacun apportant sa contribution.» Deans peut surtout savourer de n'avoir jamais été inquiété pendant ce match. Même une interception de Maxime Mermoz, finalement sanctionné pour hors-jeu mais qui aurait pu ramener les équipes à égalité avant l'heure de jeu, ne lui a pas arraché le moindre soupir. Car les Wallabies avaient déjà fait le travail. En défendant sans s'éteindre contre des Français sans imagination, en récoltant les fautes françaises en mêlée fermée, en ciblant l'arrière Damien Traille, impeccable sous les ballons hauts, et en ignorant l'ouvreur Lionel Beauxis, toujours en deçà de son réel niveau sous le maillot bleu.
22 points de Giteau
Après quelques préliminaires, l'Australie ouvrait le score sur une action d'école. Un festival de l'ailier Lachie Turner, servi par le capitaine Stirling Mortlock, un relais du centre Berrick Barnes et le récital Giteau débutait (7-0, 18). La vedette australienne ajoutait trois nouveaux points avant la pause pour annuler la pénalité de Beauxis. Et poursuivait son 100% après la reprise en réussissant quatre pénalités en moins d'un quart d'heure. Car les Français perdaient peu à peu leurs faibles forces restantes en se mettant invariablement à la faute, sur hors-jeu ou dans les rucks. La blessure de Florian Fritz amenait même Lièvremont à repositionner l'arrière-ailier Maxime Médard au poste de second centre. Symbole d'un bricolage guidé par les évènements rendant la remontée impossible. L'impuissance prit même une forme caricaturale lorsque les Français, poussant la mêlée adverse à la faute dans ses vingt-deux mètres, choisirent de prendre la pénalité à moins de vingt minutes de la fin. Trois nouveaux points de Yachvili et ce fut tout. Triste soirée.
A Sydney (stade Olympique), Australie bat France 22 à 6 (mi-temps : 10-3) Spectateurs : 43.588 Arbitre : Dave Pearson (ENG) Australie. Un essai : Giteau (18e); une transformation : Giteau (18e); cinq pénalités : Giteau (26e, 43e, 45e, 52e, 57e) France. Deux pénalités : Beauxis (22e), Yachvili (62e) AUSTRALIE : Ashley-Cooper - Turner, Mortlock (cap, Cross, 76e), Barnes (O'Connor, 71e), Mitchell - (o) Giteau, (m) Burgess (Valentine, 73e) - Smith, Brown (Waugh, 73), Mumm (Pocock, 62e) - Sharpe, Horwill - Baxter (Alexander, 55e), Moore (Polota-Nau, 60e), Robinson FRANCE : Traille (Heymans, 55e) - Médard (Arias, 55e), Fritz (Médard, 55e), Mermoz, Heymans (Clerc, 55e) - (o) Beauxis (Traille, 52e), (m) Yachvili (Dupuy, 76e) - Ouedraogo, Puricelli (Chouly, 68e), Dusautoir (cap) - Millo-Chluski (Martin, 62e), Papé - Marconnet (Mas, 52e), Szarzewski (Guirado, 62e), Barcella.
L'ouvreur et maître à jouer australien Matt Giteau, auteur des 22 points de son équipe, avait livré une pensée prémonitoire jeudi en s'étonnant du remplacement de Trinh-Duc par l'ouvreur du Stade Français, convoqué de dernière minute pour cette tournée après la blessure de David Skrela. Beauxis, attendu comme un «patron de jeu» et comme l'arme absolue grâce à son coup de pied de mammouth par des entraîneurs en quête d'une charnière idéale, n'a jamais su peser sur le cours de la rencontre. Il a d'abord manqué des points précieux en première période dans l'exercice du buteur, son domaine de prédilection, en ne réussissant qu'une pénalité sur deux tentatives et en manquant un drop plutôt facile. Surtout, l'ouvreur est constamment resté en retrait de la ligne d'avantage, semblant hésiter à se projeter vers le front et souvent pressé de se débarrasser de la balle. Avant de sortir à la 52e minute légèrement blessé et remplacé par Damien Traille, solide jusque-là dans son rôle d'arrière. L'entraîneur français, Marc Lièvremont, n'a pas voulu l'accabler après la rencontre. «Il est trop tôt pour tomber dans les critiques positives ou négatives sur les joueurs. Je m'en tiens là pour l'instant», a-t-il généralisé en réponse à une question précise sur son demi d'ouverture. Mais le cas Beauxis n'a pas évolué depuis la terne victoire contre l'Ecosse (22-13) en février dernier dans le Tournoi des six nations. Les entraîneurs avaient alors signifié leur mécontentement au Béarnais d'origine, coupable -déjà- de se tenir timidement éloigné des débats. Six mois plus tard à Sydney, le problème reste entier.
Les 3es lignes Fulgence Ouedraogo et Louis Picamoles sont les deux joueurs du XV de France qui ont regagné l'hôtel de Wellington en compagnie de deux femmes et de Mathieu Bastareaud, qui a reconnu avoir menti concernant une prétendue agression en pleine rue, le 21juin. Selon des sources concordantes au sein du XV de France, Ouedraogo et Picamoles sont rentrés en taxi à l'hôtel de Wellington où résidait le XV de France en compagnie de deux femmes, en même temps que Bastareaud, qui est arrivé avec un autre taxi. Le visage tuméfié, Bastareaud s'était déclaré victime d'une agression en pleine rue perpétrée par quatre ou cinq individus dans la nuit du 20 au 21juin à Wellington après la défaite (10-14) face aux All Blacks. Il a reconnu jeudi avoir menti, affirmant avoir «heurté la table de nuit» de sa chambre d'hôtel. Selon la police de Wellington, Bastareaud a regagné l'hôtel des Français le 21juin à 5h22 du matin. Il ne serait remonté dans sa chambre que vingt-cinq minutes plus tard.
«Une très bonne équipe d'Australie nous a ramenés à la dure réalité de notre niveau.»
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