1 juin 2009
L'équipe Agritubel a réalisé la passe de trois sur les Boucles de l'Aulne, hier après-midi à Châteaulin. Pas avec Romain Feillu, celui que tout le monde attendait, mais avec Maxime Bouet, son jeune coéquipier.
Romain Feillu a encore trouvé le moyen de franchir la ligne d'arrivée des Boucles de l'Aulne avec le sourire en banane, hier après-midi. En tenue de coureur mais sans son vélo, à pied... Contraint de jeter l'éponge (voir par ailleurs) en plein milieu des grandes boucles, le (double) tenant s'est empressé de venir féliciter Maxime Bouet après sa troisième victoire de l'année. Les deux hommes, naturellement, ont alors pris la pose sous les yeux rieurs de Frédéric Mainguenaud, leur patron «Je savais qu'il allait vite au sprint et comme tous les coureurs du groupe de tête étaient complètement cuits, je ne voyais pas comment un gars pouvait finir seul», expliquait celui qui, pour la petite histoire, a embrassé la carrière de directeur sportif sur les bords de l'Aulne.
Huguet en éclaireur
L'abandon de Romain Feillu, leur «leader châteaulinois», n'a pas vraiment démobilisé les coureur d'Agritubel, hier. Pendant que l'ancien Maillot jaune du Tour de France commençait à faire marche-arrière dans l'irrespirable montée de Ménez-Quelerch, son coéquipier Yann Huguet se sentait ainsi pousser des ailes en tête de course et prenait les devants en compagnie de Jérémy Roy (Française des Jeux) et de Maxime Médérél (Auber 93). Les trois hommes, si loin du but, n'allaient évidemment jamais faire illusion mais leur offensive avait le mérite d'essorer - si l'on peut dire- un peu plus le peloton dans la touffeur châteaulinoise.
Dix hommes en tête
A l'entame des cinq petites boucles, ils n'étaient ainsi plus que dix à pouvoir encore succéder à Romain Feillu: le «rescapé» Maxime Médérel (Auber 93), Anthony Roux et Guillaume Levarlet (Française des Jeux), Nicolas Rousseau (AG2R-La Mondiale), le vainqueur du Grand Prix de Plumelec, Jérémie Galland (Besson Chaussures - Sojasun), le deuxième de Plumelec, Mickaël Larpe et Pierre Cazaux (Roubaix - Lille Métropole), Antoine Dalibard et Yann Pivois (Bretagne-Schuller) et Maxime Bouet, l' «Agritubel» de service. Ce dernier, souvent à son avantage sous la chaleur, parvenait alors à prendre la roue des deux coureurs de la Française des Jeux (Roux et Levarlet), flanqué de l'étonnant Mickaël Larpe, à trois tours (15 kilomètres) de la ligne.
La pointe de vitesse de Bouet
A deux sur quatre dans le final, les hommes de Thierry Bricaud jouaient sur du velours dans le final de Châteaulin mais ils n'allaient pas savoir en profiter. Et pendant que Galland et Cazaux revenaient «mourir» sur le groupe de tête, Maxime Bouet ajustait joliment Anthony Roux pour quelques centimètres. En sprinter, à la «Romain Feillu»!
Samedi à Plumelec, Jérémie Galland avait fait preuve d'une rare placidité après la plus belle victoire de sa carrière. Hier à Châteaulin, total changement de programme. Maxime Bouet était aussi heureux et volubile qu'un Italien quand il a de l'amour et du vin. Ses premiers mots: «C'est une victoire magnifique! ». Ah, il ne faisait pas la fine bouche! Un gourmet invité «Chez Maxim's» n'aurait pas été plus comblé que le Maxime d'Agritubel, originaire de l'Ain, mais émigré à Auriol (Bouches-du-Rhône) par amour pour Sabrina. Il fallait le voir téléphoner à sa copine. Trois fois, il lui a répété: «J'ai gagné. On arrive à quatre, je gagne au sprint. C'est énorme! » Puis il a raccroché en lui disant: «Maintenant, j'appelle mes parents.» Le bonheur, c'est simple comme deux coups de fil et Maxime lâchait: «Tout le monde pleure. Ma copine, mon père, ma mère.» Bouet (22 ans depuis novembre) n'en était pourtant pas à son coup d'essai. L'an passé, l'ancien coureur du VC La Pomme Marseille avait signé son arrivée chez les pros en remportant le prologue du Tour de Normandie. Cette année, il a fait beaucoup mieux. Hier, il a remporté sa quatrième victoire de la saison, après un succès d'étape aux Trois Jours du Vaucluse (devant son équipier, le Briochin David Le Lay) et le Tour d'Alentejo, assorti d'une victoire d'étape. Dans cette course, l'une des plus convoitées du Portugal, il avait épaté son monde. Leader après sa victoire dans la première étape, il avait perdu son maillot à l'issue du chrono du troisième jour avant de le reprendre, d'une seconde, grâce aux bonifications décrochées à la faveur de sa troisième place dans l'ultime étape. «Mais aujourd'hui, c'est ma première grande victoire en France. Agritubel a fait une course parfaite, Huguet a été impressionnant, et, moi aussi, j'ai fait la course parfaite. J'ai eu peur, j'ai eu des crampes dans le final et sur des parcours exigeants comme ça, ça ne pardonne pas. Mais je me suis fait violence dans la dernière ligne droite en me disant ''C'est rien, ces derniers 100 mètres. Il ne faut rien lâcher alors que tu a fait 170 kilomètres. '' C'est la course d'Agritubel, on l'a encore gagnée mais, hélas, l'équipe va arrêter à la fin de la saison. Si seulement ma victoire pouvait nous aider à trouver un repreneur. » Bouet, qui sprinte («J'ai fait beaucoup de piste, ça aide»), roule et grimpe, est, en tout cas, un des gros atouts d'Agritubel. On devrait même le vérifier sur les routes du Tour de France. «J'ai vraiment envie de le faire cette année», affirmait-il avec force sur le podium. A notre avis, il a marqué de gros points hier. Mine de rien, passer par Châteaulin peut être le plus court chemin pour aller à Monaco.
1. Maxime Bouet (Agritubel) les 167,600 km en 4 h 16'38'' (moyenne 39,184 km/H.; 2. A. Roux (Française des jeux) mt; 3. M. Larpe (Roubaix-Lille métropole) mt; 4. G. Levarlet (Française des jeux) à 2''; 5. P. Cazaux (Roubaix Lille métropole) à 17''; 6. J. Galland (Besson Chaussures-Sojasun) à 25''; 7. N. Rousseau (AG2R La Mondiale) à 28''; 8. M. Mederel (Aubervilliers) à 31''; 9. A. Dalibard (Bretagne Schuller) à 45''; 10. Y. Pivois (Bretagne Schuller) à 53''; 11. J. Mombaerts (Aubervilliers) à 1'23''; 12. A. Aulas (Carmiooro) à 1'23''; 13. Y. Talabardon (Besson Chaussures Sojasun) à 1'23''; 14. F. Guillou (Roubaix Lille métropole) à 5'40''; 15. Mironov (Kadusha) à 5'50; 16. C. Bessy (Besson chaussures Sojasun) mt; 17. J. Rovira (Andorre) à 6'; 18. A. Ravard (Agritubel) à 7'16; 19. J. Thiré (Aubervilliers) mt; 20. M. Chérel (Française des jeux) mt; 21. A. Usov (Cofidis) mt; 22. B. Gourgue (Lanboukrediet) mt; 23. S. Harbonnier (Differdange) mt; 24. K. Neirynck (Lanboukrediet) mt; 25. C. Torrent (Andorre) mt; 26. S. Pardilla (Carmiooro) mt; 27. E. Berthou (Carmiooro) mt; 28. J. Simon (Besson chaussures Sojasun) mt; 29. F. Vachon (Roubaix Lille métropole) mt; 30. N. Vogondy (Agritubel) mt; 31. L. Turpin (AG2R La Mondiale) mt; 32. Pichot (Bouygues télécom) mt; 33. A. Geslin (Française des jeux) à 7'51; 34. J. Roy (Française des jeux) à 8'13''; 35. B. Vaugrenard (Française des jeux) mt 35 coureurs classés.
LA D??CEPTION DE ROUX. Vainqueur d'étape au sprint au Circuit de la Sarthe (où Benoit Vaugrenard lui avait déroulé le tapis rouge), Anthony Roux s'en voulait d'avoir raté le coche, hier. «J'ai lancé mon sprint beaucoup trop tard et à l'arrivée, il me manque ça (il fait un signe avec son pouce et son index). Je suis très très déçu. On a tout essayé avec Guillaume (Levarlet) mais je n'ai pas fait mon effort au bon moment. Je savais pourtant que Maxime (Bouet) allait vite». Jérémie Galland, le vainqueur du Grand Prix de Plumelec, est passé tout près d'un retentissant doublé, hier: «J'y ai pensé très fort. Dès le début, j'avais des supers jambes. J'étais même un peu euphorique et j'en ai certainement trop fait. Finalement, il m'a peut-être manqué un peu de jus sur la fin. C'était une course d'usure et l'enchaînement des deux jours n'était pas facile à négocier. Mais premier hier et sixième aujourd'hui, je suis content de mon week-end. » Florian Guillou, l'un des coureurs bretons les plus en vue hier, n'était pourtant pas mécontent d'en finir. «Je n'étais pas si bien que cela. Je n'avais pas récupéré du Grand Prix de Plumelec et je savais que je n'allais pas pouvoir être présent dans le final, quand ça allait bastonner. Alors, je me suis sacrifié pour les autres coureurs de l'équipe. J'ai beaucoup couru, je sens qu'il est temps que je coupe». Le coureur brestois, qui n'avait pas couru depuis le début du mois, était content de ses deux courses de reprises. «Avec Plumelec, j'ai été servi. C'est parti à fond les ballons aujourd'hui! J'ai essayé de faire la course au début mais ça bagarrait tous les tours et au bout d'un moment, j'ai laissé filer... » Souvent compagnons de chambre dans les courses, Romain Feillu et Yoann Le Boulanger étaient compagnons d'infortune hier à Châteaulin. «Je me suis retrouvé dans la mauvaise cassure quand le groupe de 40 est parti dans la bosse. Je pensais que ça allait revenir mais ça ne s'est pas fait. J'ai ''les boules''. Heureusement que six coureurs d'Agritubel étaient devant. Avec ''Le Feuille'', nous sommes les seuls à avoir été piégés», racontait le Costarmoricain après son abandon. «La Feuille», c'est Romain Feillu, le vainqueur 2007 et 2008. «Aujourd'hui, j'étais très marqué et, si je me suis fait piéger, j'espère que ça va profiter à un équipier. » En fin d'après-midi, Maxime Bouet leur offrait une belle consolation.
Bouet, Roux, Larpe... A première vue, ce n'est pas le podium du siècle. En y regardant de plus près, il est sacrément riche d'espoirs. Maxime Bouet a 22 ans depuis novembre, Anthony Roux a fêté ses 22 printemps en avril et Mickaël Larpe a soufflé ses 23 bougies en août dernier. On a vu une jeunesse triomphante hier à Châteaulin et c'est le fierté de Boucles de l'Aulne, en passe de devenir au vélo ce que le «Petit Conservatoire de Mireille» était à la chanson. Souvenez-vous: quand Romain Feillu a gagné en 2007, beaucoup de spectateurs s'étaient demandé «Mais qui c'est celui-là? ». Depuis, Romain leur a donné la réponse. Il avait encore triomphé l'année dernière et, dans la foulée, s'était habillé de jaune dans le Tour de France. Maxime Bouet, c'est également de la graine de champion. Il roule, il sprinte, il grimpe. En plus, il est malin comme un singe et, extraverti, est un excellent «client» pour les journalistes. «Je préfère ce cyclisme-là à celui du Tour d'Italie», se réjouissait Daniel Mangeas, la voix du vélo, en quittant Châteaulin. On imagine que les spectateurs ont partagé son bonheur. «Nous sommes en train de fidéliser notre public de connaisseurs. Il est parti heureux, il reviendra», déclarait Alain Le Gouill, le président du comité d'organisation, fier de son circuit, sélectif à souhait. «C'est plus dur que Plumelec», s'exclamait Bouet, qui avait couru la veille dans le Morbihan. Les Boucles de l'Aulne, qui n'ont que dix ans, prennent peu à peu place dans le cercle plutôt fermé des courses de référence. Mais, attention, elles ne sont pas condamnées à servir de tremplin à des jeunes talents. Des ténors comme Fédrigo, Voeckler ou Chavanel ont été à deux doigts de les gagner et ils reviendront. Quant à faire venir les stars mondiales sur les Boucles, c'est une autre histoire... Mais Le Gouill a une petite idée pour les attirer à Châteaulin. C'est même une idée fixe, qu'il a joliment formulée hier sur le podium: «Daniel Mangeas a écrit ''Vivement le Tour! ''. Moi, j'ajoute: ''Vivement le Tour... à Châteaulin! »
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