1 avril 2009
Après une nuit blanche passée à regarder des films, dont l'un évoquait la vie de gangsters, un Brestois de 31ans a commis un vol à main armée dans l'agence du Crédit Agricole de Daoulas. Sa cavale n'aura pas duré deux heures.
Un vol à main armée. Ou plutôt à mains armées... Lorsque Christophe Frémont fait irruption, en ce jour d'été 2008, à l'agence daoulasienne du Crédit Agricole, c'est avec un pistolet à grenaille et un autre à billes. Après avoir menacé trois employées, ce Brestois prend la tangente avec le fonds de caisse, soit quelque 4.300EUR. Il sera interpellé moins de deux heures plus tard, dans un bar-tabac de L'Hôpital-Camfrout. Avant d'être placé en détention provisoire le lendemain.
Canon bouché absence de barillet...
Hier, il a abandonné, le temps d'un après-midi, sa cellule de la maison d'arrêt de L'Hermitage pour comparaître devant le tribunal correctionnel. «Ce dossier aurait parfaitement pu se dérouler devant une cour d'assises», assène MePhilippe Bazire, l'avocat des parties civiles, à l'entame de sa plaidoirie. Sauf que la qualification de «crime» n'a pas été retenue. Peut-être parce que les deux pistolets du prévenu seront finalement considérés comme «factices», MeBertrand Labat, en défense, préférant à cet adjectif le terme d'«armes non dangereuses»: l'une avait son canon bouché, l'autre ne disposait pas de barillet.
D'un joint de cannabis quotidien à l'héroïne
Ce vendredi 11juillet donc, à 6h30 du matin, Christophe Frémont se décide à agir. Après une nuit blanche consacrée au visionnage de films, dont l'un racontait la destinée de gangsters. «Vous ne dormiez plus depuis quelques jours...», raconte le président Xavier Jublin. Car ce trentenaire est un ancien toxicomane: d'un joint de cannabis quotidien, il était passé à des injections intraveineuses d'héroïne. Au trafic aussi, donc à l'accumulation de dettes. Avances sur salaire, emprunts à sa soeur, à son père... «Je suis parvenu à un stade où je n'y arrivais plus». L'homme, sans se considérer «sous pression», ne se sentait pas pour autant «tranquille». Alors, il s'équipe: manteau noir, lunettes de soleil, écharpe, capuche et casquette. Dérobe une Renault Clio à Landerneau, «frappe» à Daoulas à 9h pétantes, rejoint L'Hôpital-Camfrout: c'est là qu'il met le feu à l'automobile, cache le magot dans un mur fait de pierres ?dans un bois?, se change. Les pistolets, il les jette dans un bras de la rivière Le Camfrout. Le «crime» était presque parfait... Un témoin l'aperçoit brûlant ses vêtements.
Pas à la manière d'un Mesrine non plus...
Pour le procureur de la République Stéphane Le Tallec, si les faits n'ont pas été commis à la manière d'un «Mesrine ou d'un gangster américain des années 1930», le geste s'avère «raisonné, réfléchi». Le tribunal n'est pas loin de le suivre: Christophe Frémont écope de trois années d'emprisonnement, dont douze mois assortis d'un sursis de mise à l'épreuve pendant deux ans. Le tout avec mandat de dépôt et obligation de soins. Et ses dettes gonflent: il devra verser la somme de 1.000 EUR à chacune des employées mises en joue, ainsi que 200 EUR au Crédit Agricole, tout ceci à titre de dommages et intérêts.
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