20 juin 2008
Quatre ans après le lynchage d'un promeneur brestois par des punks, la cour d'assises du Finistère a décidé d'aller au bout du procès, au grand dam de la défense, qui souhaitait un renvoi en raison de l'absence de Luca Scarascia, le mentor de la bande.Durant trois jours, André Morvan n'était apparu dans les débats que défiguré, « en sang de partout », ou comme une « masse » traînée jusqu'au bord d'un quai, dans laquelle les punks « shootaient », et que leurs chiens mordaient. « Nous pensions que c'était un sac », ont témoigné deux pêcheurs à la ligne, témoins lointains de la scène d'horreur.
« Dossier incomplet ? »
Non, c'était un homme que sa tante est venue décrire, hier, à la barre. « C'était un garçon timide, un peu solitaire, aimant la nature, aller à la pêche ou chercher des champignons. Il lisait beaucoup. Il n'était pas du tout violent. La plus grande joie de sa vie, c'était sa petite fille. Elle était très attachée à son père. Elle supporte ça très mal ».
Les accusés ont écouté, prostrés. L'homme supplicié le soir du 13 août 2004, dans la souricière d'un vieux hangar désaffecté du port de commerce de Brest, n'était pas exactement le sbire de la société qu'ils vomissaient en se proclamant punks. Reste que leur mode de vie a permis à plusieurs d'entre eux, Luca Scarascia en tête, d'échapper à la Justice. L'un des policiers qui a mené l'enquête de flagrance a été soumis à la question, hier, par la défense. « Pour vous, le dossier n'est pas complet ? », interroge M e Rajjou. Silence gêné, puis : « L'ensemble de la procédure a été géré en trente heures. On ne peut gérer une affaire aussi grave si rapidement. Il y a toujours des recoupements à faire. On a affaire à des routards. C'est très dur de déterminer la vérité. Mais le 15 août, à 12 h, M. Nicot, le procureur, nous a demandé de lui déférer Halleb et Cornuet et de libérer les autres gardés à vue ».
Demande de renvoi
Luca Scarascia, passé entre les mailles du filet et introuvable depuis, a ensuite été condamné en catimini et par défaut à deux ans ferme par le tribunal correctionnel de Brest pour... non-assistance à personne en danger.
C'est sa déposition, établie lors de cette nouvelle procédure, qui coince pour M e Appéré. Elle a, en effet, été versée aux débats de la cour d'assises, sans que son client, Jérémie Nozières, puisse y être confronté. « Comment concevoir qu'un accusé de faits criminels ne puisse débattre avec celui qui l'accuse ? Qu'est-ce qui permet de dire que la pièce lue ne va pas avoir d'incidences sur l'intime conviction des jurés ? C'est préjudiciable à l'oralité des débats et au principe du contradictoire ». Il demande un nouveau renvoi du procès.
« Procès de la barbarie »
La cour a finalement rejeté sa demande, ouvrant la voie aux plaidoiries de la partie civile. « C'est le procès de la barbarie », a estimé M e Riou. Convenant que les trois accusés « n'étaient pas les seuls », il a choisi, sans nuances, de les renvoyer dos à dos, en s'appuyant sur le témoignage de la jeune Elodie, « seul témoin crédible ».
Plutôt paradoxal, puisque cette dernière disculpe largement Cornuet ! Est-ce vraiment cela, la justice promise à la mémoire d'André Morvan ? Verdict ce soir.
