25 août 2008
Grâce à deux carottages de sable sous-marins à Belle-Ile-en-Mer et Quiberon (56), les scientifiques espèrent refaire l'histoire des paysages en Bretagne-Sud et obtenir ainsi des informations importantes sur l'évolution du climat.
En route depuis Brest pour une mission en Méditerranée, le Marion-Dufresne a fait un crochet par la côte morbihannaise pour réaliser deux forages : l'un en baie de Quiberon, l'autre au nord de Belle-Ile-en-Mer. De cette opération, on attendait la remontée de deux colonnes de sable de douze mètres de longueur.
Ces endroits n'ont pas été choisis au hasard. Ce sont des vallées fossiles. Autrement dit, des vallées qui étaient autrefois continentales et qui ont été progressivement immergées. Il y a 20.000 ans, le rivage morbihannais était à 70 km du trait de côte actuel et c'était le point de déversoir de cours d'eau dont la mer a comblé les profonds sillons.
« Lire l'histoire
des paysages »
Ces carottages consistent à extraire sur une hauteur de douze mètres, dans l'actuel sol marin, les anciens dépôts de ces rivières, emprisonnés depuis sous les couches de sédiments. Cette opération est réalisée à la demande de deux scientifiques des universités de Bretagne Sud et de Caen, David Menier, sédimentologue, et Agnès Baltzer, géophysicienne. Aucun prélèvement de ce type n'a été encore réalisé dans ces anciennes vallées.
Les sédiments recueillis seront analysés en laboratoire et envoyés aux Etats-Unis et en Allemagne pour datation. Une année de travail sera nécessaire au dépouillement de toutes les données. On en attend de précieuses informations à propos du réchauffement climatique et son impact sur l'activité naturelle terrestre. Et aussi sur ces microfossiles emprisonnés dans les couches de sédiments et très sensibles aux variations climatiques que sont les foraminifères. « Dans les sédiments, on va pouvoir lire l'histoire des paysages », souligne David Menier.
Une courbe
de la remontée marine
En complément, une autre série de carottages va être entreprise début septembre, grâce au conseil général du Morbihan, dans des marais d'eau douce, dans l'ancienne vallée de la rivière Saint-Eloi, à Muzillac, et au nord de Pénestin. Ces forages atteindront 20 mètres de profondeur. « Les sédiments seront datés et on pourra reconstruire la courbe de la remontée du niveau marin », indique David Menier.
Ces recherches pourraient éclairer aussi la lanterne des archéologues sur les monuments mégalithiques. Serge Cassen, directeur du laboratoire archéosciences de Nantes, travaille notamment sur cette transgression marine et les alignements de menhirs. « Car les hommes préhistoriques ont vu la mer remonter », dit David Menier. Et devant cette pression, ils n'ont pu que reculer. En somme, les premiers réfugiés climatiques...
