16 juin 2009
Marier musiques électroacoustique et classique: le compositeur suédois Justice Olsson, en résidence à Dinan depuis deux ans, a relevé le défi avec les artistes locaux.
Les pièces créées lors de ce séjour seront présentées aux Costarmoricains durant la dernière semaine de juin et le 4juillet, au château de La Roche-Jagu. Dont «Le Bateau Ivre», d'Arthur Rimbaud, interprétée par la chorale des Messagers du Pays de Dinan, le choeur Cantabile de Saint-Brieuc et les orchestres du conservatoire de Saint-Brieuc et du Kiosque.
Le «loup» dans le conservatoire
[------------]C'est de ce Centre d'expressions musicales de Dinan qu'a démarré l'aventure. Il est rare qu'un compositeur de renommée internationale vienne travailler en province pour une durée aussi longue, à raison d'une semaine par mois. «Le hasard m'a fait rencontrer Justice Olsson, grand compositeur, mais aussi un homme simple et accessible, capable de travailler autant avec des écoliers que des musiciens adultes confirmés», explique Erwann Baudouin, directeur du Kiosque. «Ce qui m'intéressait était d'introduire l'électroacoustique, une technologie toujours pas entrée dans les conservatoires alors que cela fait 40 ans que des compositeurs utilisent des machines».
«Ça bouscule»
Un pari osé. «Ça a bousculé pas mal de choses. Quand vous êtes habitué aux partitions classiques, ça surprend un compositeur de musique contemporaine qui, de plus, avait envie de continuer à faire évoluer son oeuvre». Même son de cloche du côté des chanteurs: «Il y a forcément des dissonances qui heurtent, au départ, des sons et des partitions auxquels on n'est pas habitué. Mais la musique contemporaine, qui plus est avec le compositeur, en chair et en os, c'est passionnant dès que l'on rentre dedans. C'est bon pour l'oreille, le rythme», confie Jeanine Cherpitel, chef de choeur de Cantabile.
«Excitant»
Et le compositeur? Justice Olsson s'est, lui aussi, fait peur et plaisir: «Ce n'est pas évident de faire travailler ensemble instruments traditionnels et machines. Parfois, il y a des choses que je pensais simples et qui ont dérouté même les professionnels. À l'inverse, des choses difficiles n'ont pas posé de problèmes». Mais que ce soit avec les écoliers, les collégiens, les élèves et profs du Kiosque ou les chanteurs, Justice Olsson avoue avoir vécu deux années particulièrement excitantes: «C'est rare une résidence de deux ans. D'habitude, on compose seul dans son coin. Là, j'ai appris énormément, comme dans un laboratoire d'essai. C'est grâce à Erwann Baudouin qui a osé se mouiller et prendre des risques».
«Chaleur des amateurs»
Et puis, le compositeur a beaucoup apprécié la chaleur des musiciens amateurs: «Ils n'ont peut-être pas le même niveau de perfectionnisme, mais ils finissent par prendre le morceau à coeur, et là ça devient fantastique». Bref, le Suédois ne demande qu'à renouveler l'expérience, «mais après une année passée à la maison. Ma femme commence à ne pas être contente de me voir parti si souvent», avoue-t-il. En attendant, une dernière «épreuve»: «On doit maintenant restituer les pièces que l'on a créées. «Le Bateau Ivre», c'est plus de cent personnes sur scène. Ce ne sera pas facile. De même, dans les jardins du château; c'est un peu fou. Mais c'est comme ça que l'on vit de grands moments». [/------------]
