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Santé. Les critiques se concentrent sur l'ARH

20 juin 2008

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Partout en Bretagne où l'on ferme hôpitaux et services, l'ARH (Agence régionale de l'hospitalisa- tion) est devenue la cible de la vindicte populaire. Alors qu'une nouvelle manifestation pour la défense des hôpitaux de proximité est prévue à Rennes aujourd'hui, Le Télégramme a enquêté pour savoir ce qui se cache derrière ces trois lettres. Jeudi 25 avril. Ce soir-là, 250 Carhaisiens font le siège de l'ARH à Rennes. Entre les manifestants et Antoine Perrin, le directeur de l'agence, c'est un dialogue de sourds qui s'installe. Finalement, ce sont les forces de police qui auront le dernier mot en délogeant manu militari les manifestants. Depuis, l'ARH est restée la bête noire des Carhaisiens. Un bras de fer s'est engagé ce jour-là qui n'en finit pas et nul ne peut dire comment il va se terminer. Pas une semaine sans que, par voie de presse interposée, chacun se renvoie à la figure arguments et contre-arguments. Les ARH - il y en a 26 - sont nées en 1996, portées sur les fonts baptismaux par le gouvernement Juppé. À l'époque, il s'agissait de faire de ces administrations décentralisées, l'outil principal de la mise en oeuvre, au niveau régional, de la politique de santé. À charge pour elles de définir les priorités en fonction des besoins. Elles traduisaient une volonté de régionalisation, certes limitée mais réelle. Cependant, quand elles ont eu à trancher dans le vif, les ARH sont rapidement apparues aux yeux des populations concernées comme des organes technocratiques avec à leur tête, des directeurs accusés d'avoir revêtu les habits de superpréfets sanitaires, peu soucieux des spécificités locales.

« Hosto killer »

« C'est un faux nez de régionalisation sur une administration qui est restée centrale », analyse Christian Troadec, le maire de Carhaix (29) pour qui cet organe n'a aucune légitimité démocratique pour décider de la fermeture de tel ou tel service. Ce que ne semblent pas loin de penser nombre d'élus, même si leurs propos sont moins tranchés. Le manque de contrepoids politique est, en tout cas, souvent dénoncé. « Ce sont des fonctionnaires coupés des réalités qui décident de l'avenir », regrette Jean-Jacques Urvoas, député du Finistère, qui, lui, n'hésite pas à mettre en cause directement, sur son blog, le directeur en parlant de gestion calamiteuse des dossiers. « Ses annonces brutales ont braqué tout le monde et leur cumul donne le sentiment d'une attaque frontale contre les hôpitaux (...) ». Traité d'« hosto killer » par Christian Troadec, Antoine Perrin ne veut pas répondre. « Ça appartient au maire de Carhaix, je lui laisse cette interprétation ». Cet ancien chirurgien de 51 ans - il n'est pas énarque -, arrivé à Rennes en janvier dernier après avoir passé six mois au cabinet de Roselyne Bachelot, reste droit dans ses bottes. Son obsession, comme il le dit à chaque fois qu'il en a l'occasion, c'est la qualité et la sécurité des soins. Ce qui, pour lui, passe nécessairement par des restructurations. Rien ne semble pouvoir le dévier de son chemin. D'ailleurs, quand on lui demande à quoi servent les ARH, sa réponse est éclairante sur l'idée que l'homme se fait de sa fonction : « Elles ont été créées parce que l'on n'arrivait pas à restructurer et parce qu'il y avait trop de plateaux techniques ».

Bien préparer ses dossiers

Antoine Perrin entend les critiques mais les rejette méthodiquement. Le manque de concertation ? « Quand il y a des décisions désagréables à prendre, on dit toujours qu'il n'y a pas assez de concertation ». Pour le directeur de l'ARH, ce ne sont d'ailleurs pas forcément ses décisions qui sont appliquées mais celles des professionnels. « On ne fait que mettre en musique leurs recommandations. À Concarneau (29), ce sont les urgentistes qui m'ont demandé de fermer les urgences de nuit ». Le passage du directeur de l'ARH ou d'un de ses représentants dans un hôpital serait vécu avec une certaine appréhension. « Partout où il passe, c'est pour annoncer des fermetures de service. Il y a 160 plateaux techniques en trop, il faut les fermer », assure Bruno Jardin, responsable de la CGT Santé, dans le Finistère. « Quand un spécialiste de l'ARH vient, il vaut mieux avoir bien préparé ses dossiers », reconnaît le directeur d'un hôpital finistérien mais, ajoute-t-il, ce n'est pas comme le colonel qui fait trembler tout le monde. Ce directeur défend même plutôt l'ARH : « Elle a aussi ses impératifs et ses contraintes. Le budget global est voté par le Parlement, lequel est ensuite réparti entre les régions. Et l'on est bien obligé d'anticiper par rapport à une démographie médicale déficitaire. Pour notre hôpital, on ne peut pas dire que l'on ne nous laisse pas monter notre projet médical comme on l'entend ».

Un médiateur ?

Aujourd'hui, face au blocage de la situation, le président de la Région, Jean-Yves Le Drian, a demandé au Premier ministre, la nomination d'un médiateur. Une manière de réclamer la mise à l'écart d'Antoine Perrin. Mais comment le gouvernement pourrait-il déjuger un homme qui ne fait que mettre en oeuvre sa politique ? Comme le remarque, Bernard Poignant, le maire de Quimper, assez dubitatif sur cette initiative, « c'est l'État qui est aux manettes ». Mais si le prix à payer pour une reprise de contact est la mise à l'écart d'un haut-fonctionnaire, on ne peut pas exclure une telle décision. Ce ne serait pas la première que l'État remercierait un fidèle serviteur chargé d'un sale boulot.

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