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Jean-Luc Domenach. Une Chine hors Jeux

3 août 2008

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Sinologue de réputation internationale, Jean-Luc Domenach a publié, en mars, « La Chine m'inquiète ». Il y pointe les contradictions d'un pays qui, selon lui, n'aurait jamais dû se voir attribuer l'organisation des Jeux olympiques qui commencent vendredi. Qu'avez-vous pensé, en 2001, lorsque le CIO a attribué l'organisation des Jeux olympiques 2008 à Pékin ? Jean-Luc Domenach : J'y étais immédiatement hostile. Non pas parce que mon jugement sur le régime de Pékin est définitif - les choses évoluent - mais parce que la Chine est encore très loin des valeurs que l'olympisme prétend véhiculer. Il n'y a pas de commune mesure entre l'idéal, même écorné, de l'olympisme, et la façon extrêmement nationaliste dont les Chinois considèrent le sport. Initialement, les dirigeants chinois ont semblé vouloir politiser ces Jeux à outrance. Cette ambition n'a-t-elle pas été revue à la baisse ? Non, je crois qu'ils n'ont pas changé dans leur idée de profiter des JO pour faire une sorte de campagne de pub auprès de leur population et des nations étrangères. On n'a pas vu une utilisation aussi éhontée des Jeux olympiques depuis longtemps. Comparer Pékin 2008 et Berlin 1936 me paraît très exagéré, mais on est, quand même, à la limite de l'admissible. Qu'avez-vous pensé du passage difficile de la flamme en Europe et aux États-Unis ? Ce qui s'est passé en avril, à Paris, est proprement scandaleux ! On a laissé une cinquantaine de brutes faire la police militaire chez nous. Le gouvernement français a eu le tort de ne rien négocier au préalable. Les progrès de la Chine sont ici admirés, là dénoncés. Quel est votre regard d'expert ? À la différence de beaucoup, je ne vois rien d'extraordinaire dans les progrès de la Chine. Et ce, pour une raison simple : il y a une part immense de rattrapage dans les progrès économiques chinois depuis trente ans. La Chine n'aurait jamais rejoint aussi vite les grandes puissances mondiales si elle n'avait pas pris autant de retard. Elle n'aurait jamais eu de main-d'oeuvre à trois sous si elle n'avait pas maintenu aussi longtemps sa population dans le servage et si elle n'avait pas eu une armée qui n'hésite pas à tirer sur les manifestants, y compris syndicaux. Il leur faut également vivre avec des inégalités qui se creusent... Oui, mais à ce niveau-là, je suis moins affolé. La Chine vit à peu près ce que vivait la France au XIX e siècle. Sous Louis Napoléon Bonaparte, il y a eu une période comparable avec une couche bureaucratique qui se transforme en une bourgeoisie industrielle prédatrice et des ouvriers sous-payés, souvent furieux, que l'on faisait marcher au fouet. Dans la Chine d'aujourd'hui, on joue Germinal à guichets fermés ! Simplement, comme dans la France de cette époque, les incidents resteront limités aussi longtemps que le taux de croissance sera d'au moins 7 ou 8 % et que 90 % de la population en bénéficiera. À quel type de Jeux olympiques vous attendez-vous, finalement ? J'ai du mal à imaginer qu'il n'y aura pas un peu de sport dans les tribunes ou au bord des terrains. Des gens vont forcément s'exprimer car les Chinois ont démontré un talent extraordinaire pour la maladresse. Ils ont pourtant réalisé des choses autrement plus difficiles : corrompre autant de personnes pour avoir les Jeux, c'était compliqué ! Mais là, comme un marathonien qui se met à tituber à quelques mètres de la ligne d'arrivée, les dirigeants chinois ont accumulé les bêtises ces derniers temps. Ils font la chasse aux Noirs dans les bars, ils demandent leurs papiers à tout le monde et les règlements s'additionnent, si bien que personne ne sait exactement ce qui est interdit et ce qui ne l'est pas... Que pensez-vous de la décision de M. Sarkozy d'assister à la cérémonie d'ouverture ? Le problème, c'est que M. Sarkozy a eu quatre attitudes successives. Il a d'abord été trop pro Pékin, puis trop dur à l'égard de Pékin, puis à nouveau trop pro Pékin et là, il est l'un et l'autre à la fois, si bien qu'il énerve son opinion en allant à la cérémonie d'ouverture, et les Chinois en leur disant : « Ah oui, mais je reçois le Dalaï-lama en août ! ». C'est absolument désastreux. Étiez-vous favorable au boycott de cette cérémonie ? Non, j'étais surtout favorable à ce que la France ne fasse rien sans l'avis d'Angela Merkel. S'il y a un homme en Europe, c'est elle ! Il fallait adopter une position commune avec les Allemands et les Anglais (NDLR, ni Angela Merkel, ni Gordon Brown, n'assisteront à la cérémonie d'ouverture).

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