Spectacles. Du grand théâtre à Paris
Délirant, excellent, bouleversant, voilà ce qu'on appelle du grand théâtre ! Trois pièces à voir en ce moment à Paris.
« Batailles »
Ce sont d'abord deux naufragés sur un radeau à la dérive, engagés dans une « bataille navale », ou plus exactement un burlesque affrontement verbal. Puis, ce sont deux alpinistes en haut d'une montagne qui polémiquent dans une « bataille au sommet »...
En cinq saynètes extravagantes, la pièce écrite en 1980 à quatre mains par Roland Topor et Jean-Michel Ribes décrit des situations surréalistes avec trois personnages fantasques. Tour à tour aristo guindé, alpiniste en smoking ou député pervers, Pierre Arditi est le dominateur. Un rôle dans lequel il mène bataille avec une totale jouissance et générosité. Face à lui, François Berléand, avec son air faussement ahuri, lui renvoie la balle. Le naïf a plus d'un tour dans son sac... Tonie Marshall, épatante, joue quant à elle la femme fatale à l'humour macabre qui extermine le mâle. Les décors de Jean-Marc Stehlé sont superbes. Loufoque et désopilant.
Théâtre du Rond-Point. Tél. 01.44.95.98.21. Jusqu'au 20 avril.
« Le Dieu du carnage »
Une pièce au titre bien provocateur pour ce qui est, au départ, une simple querelle entre deux enfants. Un salon soigné contraste avec le mur en pierre fissuré. Le décor est à l'image de cette rencontre entre parents civilisés qui se lézarde peu à peu pour finir en véritable carnage.
Avec un humour décapant, la perfide et féroce Yasmina Reza déplore le cynisme et les certitudes, la bonne conscience et la grande hypocrisie, le snobisme et la fausse tolérance, ainsi que l'impossibilité d'exister sans téléphone portable...
Les comédiens sont à leur meilleur : Isabelle Huppert, Valérie Bonneton, André Marcon, Eric Elmosnino forment un quatuor exceptionnel.
Théâtre Antoine. Tél. 01.42.08.77.71. Jusqu'au 31 mai.
« Juste la fin du monde »
L'auteur, Jean-Luc Lagarce, fait son entrée à la Comédie française. « Juste la fin du monde » a été écrite cinq ans avant sa mort, en 1995. Il avait 38 ans. Aujourd'hui mise en scène par Michel Raskine, la pièce est d'une poignante intensité.
Louis (Pierre-Louis Callixte), atteint du sida, décide d'aller voir sa famille pour lui annoncer sa mort prochaine. Son retour crée un malaise auprès des siens qu'il avait quittés depuis longtemps.
Chacun avec sa sensibilité cherche à comprendre celui qui est devenu un étranger. Face aux tentatives d'explications, Louis, tantôt ironique, tantôt habité d'une angoisse silencieuse, écoute et répond toujours avec un petit sourire narquois. Finalement, il repartira sans rien avoir dit.
L'écriture de Lagarce est faite d'hésitations et de tâtonnements sur le choix du mot « juste ». Cette difficulté à dire rend plus douloureuse la parole des personnages et accentue leur désarroi.
La Comédie française. Tél. 08.25.10.16.80. En alternance jusqu'au 1 e r juillet.