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France

Paris. Une municipale capitale

24 février 2008

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À Paris, l'avance de Bertrand Delanoë semble irrattrapable, même si Françoise de Panafieu mord et s'accroche. Reste à comprendre pourquoi le maire sortant a de fortes chances d'être réélu, malgré un bilan en demi-teinte et un profil autoritaire. Mercredi dernier, dans un gymnase du XIV e arrondissement, où Bertrand Delanoë tient meeting, le cassis est versé dans les verres en plastique et les bouteilles de vin blanc débouchées. Ce n'est pas encore le champagne, mais presque. Face à un mur d'escalade, et à 600 personnes du quartier d'Alésia, le maire égrène son bilan. « Paris a été dirigé par la droite pendant vingt-quatre ans, et par la gauche depuis sept ans, clame-t-il. C'était une ville en déclin, qui avait perdu 170.000 habitants entre 1975 et 2000. Mais elle en a regagné 44.000 depuis 2001 ». L'an un du socialisme parisien sonne la reconquête d'une dynamique. « 11.000 emplois nets créés pour 2006, et 10.000 pour le seul premier semestre 2007 », souligne-t-il avec un indéniable talent de bateleur. Il cite Paris Plage et les Nuits Blanches, dont l'une d'entre elles faillit lui être fatale, en 2002, lorsqu'un forcené le blessa d'un coup de couteau.

La guerre aux voitures

Mais lorsqu'il ajoute les réalisations du tramway et du Velib, il oublie de dire que le tram a été voté par son prédécesseur et que Paris a mis des vélos en accès libre après Toulouse, Lyon ou Mulhouse. Il parle d'une diminution de 9 % des gaz à effet de serre, mais Airparif ne chiffre qu'un gain de 6 % et attribue une baisse de 26 % de la pollution aux progrès techniques réalisés par les constructeurs automobiles. La vitesse de circulation, 16 km/h, n'a d'ailleurs « pas changé depuis 2000 », reconnaît-il. Aucun parking créé, d'innombrables places de stationnement supprimées. Résultat : on roule très mal dans Paris. Et les couloirs de bus, trop larges et lardés de bourrelets assassins, n'y changent rien. Par conviction, ou sous les coups de boutoir des Verts, Delanoë a déclaré la guerre aux voitures. Les Parisiens s'attendent donc à payer tôt ou tard un péage urbain, à l'instar de ce qui se fait déjà à Londres. Delanoë, 57 ans, a beau avoir remis Paris sur les rails de la rigueur, en revoyant à la hausse notamment les concessions des clubs et des hippodromes, il faudra bien financer l'augmentation des dépenses. En 2001, la Ville comptait 37.769 agents. Six ans plus tard, ils sont 42.583, c'est-à-dire plus nombreux que la fonction publique européenne qui gère 27 pays. Le maire essaie donc d'éviter tout triomphalisme. « Je ne suis pas optimiste, mais résolu et serein », déclare-t-il à une assistance conquise qui sait, comme lui, que les sondages le créditent de 45 % au premier tour, contre 30 % à sa rivale.

Difficile d'incarner le renouveau

Françoise de Panafieu, 59 ans, fut adjointe au maire de Paris, du temps de Jacques Chirac. Élue du XVII e arrondissement, elle avait remplacé sa mère au Conseil de Paris, avant que Jacques Chirac ne la nomme à la Culture, puis aux Parcs et Jardins, sous l'autorité de Jean Tiberi. Elle a par conséquent beaucoup de mal à incarner le renouveau. « Paris est en panne, clame-t-elle, je veux être pour vous le maire de l'essentiel ». Sa campagne patine, lestée par le passif municipal des années Chirac et le désamour de la présidence Sarkozy, qui a dévissé dans les sondages depuis septembre dernier. Charitable, François Fillon est venu déjeuner avec elle, jeudi, et il a salué à juste titre « son cran et son panache ». Mais la messe est dite, même si le Premier ministre assure que « les jeux ne sont pas faits ». Déficit de crédibilité et disputes dans son propre camp, rappellent la défaite de Ségolène Royal à la présidentielle.

Le PS dans la mire de Delanoë

Du coup, Delanoë se prend à rêver. Élu avec seulement 49,60 % des voix, soit 12 arrondissements sur 20, il ambitionne cette fois une victoire absolue. Ira-t-il jusqu'à réaliser l'alliance Verts-PS-MoDem, l'ouverture côté gauche, au second tour ? « Je ne suis pas devineresse, répond Marianne Auffret, candidate verte devenue rose, mais les écolos feront moins qu'en 2001 ». Bretonne, originaire de Guéméné-sur-Scorff (56), professeur et fille de prof, elle incarne bien cette nouvelle génération d'une gauche qui s'essaie au réalisme. Car, derrière les municipales parisiennes, Delanoë vise la direction du Parti socialiste. Bosseur comme Sarkozy, ses « colères semblent avoir pris un caractère homérique » (1), à l'image de celles du président de la République. Et les deux hommes pourraient bien se retrouver face à face en 2012.1. « Bertrand Delanoë, une irrésistible ambition », par Frédéric Charpier, Presses de la Cité.

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