7 avril 2009
Michel Camdessus pose un regard aiguisé sur la crise mondiale. L'ancien Directeur général du Fonds monétaire international (FMI) de 1987 à 2000, présent aujourd'hui à Saint-Brieuc pour animer une conférence, parle de la crise de trop. Une crise qui, selon ce libéral convaincu, « aurait pu être évitée » si l'on n'avait pas mis l'éthique de côté.
Quel regard portez-vous sur la crise que nous traversons ?
C'est une crise qui est d'abord une frustration personnelle pour moi parce que j'ai la conviction que c'est la crise de trop. C'est une crise qui aurait pu être évitée si on avait pris le taureau par les cornes en 1998, au moment de la crise asiatique. Et si on en avait tiré toutes les leçons qui étaient évidentes. On savait que l'on risquait ce genre de crise financière parce qu'on en avait un second exemple après la crise mexicaine de 1994-1995. On savait très bien que si on ne changeait pas les règles du système financier, si on ne changeait pas les pouvoirs donnés au Fonds monétaire international pour prévenir ces crises et les combattre, une autre crise était au coin de la rue. Elle a mis sept ans à venir mais elle est venue avec la violence que l'on sait. Et aujourd'hui, il s'agit de réagir à cela et de faire en sorte que ce soit vraiment la dernière crise de ce genre.
Cette crise vous a-t-elle conduit à changer vos idées, vous le libéral convaincu ?
Non, pas du tout. Certes, je suis un convaincu du libéralisme et de l'économie de marché mais j'ai toujours dit que le libéralisme ça marchait, qu'il fallait la main invisible du marché comme disait Adam Smith, mais j'ajoutais que cela ne peut fonctionner que si on y ajoute deux autres mains. La main de la solidarité d'un côté, et la main de l'Etat, la main de la régulation. Le grand problème de la crise d'aujourd'hui, c'est qu'on a abandonné l'économie financière à la main invisible du marché en décidant d'ignorer les éléments éthiques de base, dont Adam Smith disait qu'ils étaient essentiels au fonctionnement de l'économie de marché. Il s'agit donc aujourd'hui de rétablir ces fondements éthiques de partage et de sens du bien commun.
Selon vous, une rapide sortie de crise est-elle possible ?
Alors là, personne n'en sait vraiment rien. Tous les experts y vont de leurs pronostics, quitte à les changer quinze jours après. Je pense quand même que la sagesse collective voudrait que normalement, dès le début de l'année prochaine, on soit sorti de la crise, que les premiers signes positifs se manifestent. Je pense même qu'on ne peut pas exclure qu'on puisse en avoir quelques-uns dès la fin de cette année. Ce matin, la banque mondiale annonçait que la Chine, qui est un moteur important de l'économie mondiale, pourrait dès cet été réaccélérer sa croissance. Tout ceci est possible mais cela implique que toutes les décisions prises par le G20 soient exécutées rapidement.
