24 mai 2009 - 1 réactions
À dix mois des régionales, le président du Conseil régional Jean-Yves Le Drian semble avoir perdu son allant. On dirait qu'il s'ennuie dans une institution somnolente. Actuellement, c'est plus la situation dans son parti, le PS, qui lui donne du fil à retordre.
Avec Mitterrand, Rocard, Jospin, puis Hollande, Jean-Yves Le Drian a toujours choisi le camp légitimiste de la recherche de l'équilibre et de la volonté de synthèse. Déçu par l'échec de Delanoë à la direction du parti, il est aujourd'hui catastrophé de voir l'état de division dans lequel se trouve le PS, piloté par l'équipe Aubry-Hamon qu'il n'a pas choisie. Cette situation altère évidemment son environnement régional, où il n'a pas que des amis parmi ses camarades. Au sein du Conseil régional, le jeu exacerbé des courants a refroidi les relations entre élus. Certes, la plupart des conseillers socialistes partagent le fond de doctrine du président et flirtent - sans la nommer - avec la social-démocratie. «La motion Delanoë était soutenue par la grande majorité d'entre nous», commente un vice-président qui n'a toujours pas digéré le ralliement de son candidat à Martine Aubry. «Aujourd'hui, les delanoïstes n'existent plus et ils ne se retrouvent nulle part». Le congrès de Reims aurait-il marginalisé le socialisme à la bretonne? «Il a fait des dégâts, mais quand même moins que le traité constitutionnel européen», tempère l'élu.
Au bord de la rupture
C'est cette question européenne qui a d'ailleurs conduit Jean-Yves Le Drian à frôler la rupture avec le PS. On se souvient qu'en 2007, alors que nombre de ses camarades socialistes se préparaient à voler dans les plumes du traité de Lisbonne voulu par Sarkozy, il avait menacé d'opérer une sécession en créant un parti socialiste régional proeuropéen. Une attitude que ne lui ont pardonnée ni les eurosceptiques ni ceux pour qui il faut systématiquement contrer Sarkozy, quoi qu'il fasse. Europe encore: la liste PS de l'Ouest ne lui plait pas, même s'il a mis la pédale douce sur son ressentiment. Sur la méthode, la désignation par l'état-major parisien, sans consultation des socialistes de terrain, est l'illustration parfaite d'un jacobinisme qu'il exècre. Sur les choix, la première place bretonne a été donnée à une candidate qui ne lui paraissait pas convenir à la Bretagne: la Malouine Isabelle Thomas (élue régionale, présidente de la commission environnement) présente à ses yeux le double handicap d'avoir milité pour le «non» au traité constitutionnel et d'appartenir à l'écurie de Benoît Hamon, l'aile gauche du parti. Une analyse présidentielle partagée par de nombreux socialistes bretons, puisque, lors du vote des adhérents, seule une fédération sur quatre (le Finistère) a voté majoritairement pour la liste établie par Paris.
«Rien ne va plus»
Que lui a inspiré ce scrutin? «No comment», répond-il. Après son coup d'éclat de menace sécessionniste, Jean-Yves Le Drian n'a pas voulu en rajouter. Mais d'autres ne mâchent pas leurs mots, comme cet adjoint au maire de Rennes pour qui «rien ne va plus au PS depuis la guerre des nonistes», et qui craint une sévère sanction des électeurs le 7juin prochain. Le régionalisme de Le Drian n'est pas non plus unanimement partagé par les élus PS de Bretagne. Il chiffonne les départementalistes, aux premiers rangs desquels le Costarmoricain Claudy Lebreton (président des présidents de conseil général). En Ille-et-Vilaine, Jean-Louis Tourenne n'est pas non plus toujours enclin à suivre la région dans son «chef de filat» autoproclamé. Quant à sa volonté de réunification, réveillée par le rapport Balladur, elle se heurte à des adversaires aussi puissants que résolus. Jean-Marc Ayrault à Nantes, Daniel Delaveau à Rennes et Jacques Auxiette, président des Pays-de-la-Loire, font tout ce qu'il faut pour torpiller le projet de leur camarade.
La gourmandise de la droite
Évidemment, la droite régionale regarde tout ça d'un oeil gourmand et rêve d'une déroute européenne du PS, préfigurant une reconquête de la région l'an prochain. Alors, elle appuie là où ça fait mal. En jouant la surenchère sur la réunification, le leader UMP Dominique de Legge veut mettre le président face à une délicate alternative: soit il fait le forcing pour le rattachement, et ravive ses querelles de voisinage; soit il fait le dos rond diplomatique, au risque de passer pour un velléitaire. Selon Legge, il a choisi cette deuxième voie. «Il n'a rien fait pendant des mois, alors que tout se jouait», accuse-t-il. En votant le budget de la majorité pour son soutien aux entreprises frappées par la crise, l'UMP a bien sûr noté que les socialistes bretons ne faisaient qu'un copier-coller de la politique sarkozyste. C'est une manière de coller à Le Drian une image de social-démocrate, comme l'avait fait à sa manière Paul Anselin lorsqu'il avait salué en lui «l'ami des patrons» dans un hommage taquin peu apprécié de son destinataire. «Tout le monde sait bien que Jean-Yves n'a rien à voir avec la gauche de son parti», commente aujourd'hui l'élu UMP en souriant de l'inconfort de sa situation, ravi de souffler sur les braises de la division. «Il attend que Strauss-Kahn sorte du bois pour la présidentielle. Et quand Sarko sera réélu en 2012, je le vois bien accepter le grand ministère d'ouverture qu'il a refusé en 2007... Tous les socialistes y pensent aussi», ajoute-t-il avec sa perfidie débonnaire.
La dernière session aura été particulièrement révélatrice de cette baisse de régime: elle a tenu en une demi-journée alors qu'il fallait naguère deux jours (voire deux jours et demi) pour venir à bout de l'ordre du jour. N'y aurait-il plus rien à décider en Bretagne? Il y a un peu de ça. C'est le prix à payer par la majorité pour avoir su mettre en place les politiques d'alternance prévues à son programme. Les quatre premières années ont été, sur ce point, denses et productives. Et maintenant tout roule. Sans doute la majorité s'est-elle réservée pour le prochain programme électoral... En attendant, heureusement qu'il y a la crise pour relancer la machine à idées et réconcilier le président avec son volontarisme flamboyant. Il devrait en faire la démonstration ce lundi lors de la session extraordinaire consacrée aux réponses à donner aux difficultés économiques du moment. Heureusement aussi qu'il y a eu la commission Balladur pour réveiller les enthousiasmes réunificateurs bretons... À propos de réunification, l'assemblée de mars a révélé une forme de lassitude irritée, inhabituelle chez le président, avec le clash de l'UMP. Là non plus, il n'y avait guère d'enjeu puisqu'il s'agissait de voeux que l'opposition voulait proposer au vote. Mais, quoique reprenant les points de méthode fixés par le président lui-même, ils ont été interdits de présentation en séance par l'exécutif. Voilà qui a valu un joli coup de colère du sénateur de Legge, auquel le président Le Drian n'a bizarrement répondu que par un mutisme agacé. Ce n'est pourtant pas son habitude de se taire, lui toujours si prompt à la réplique et si convaincant dans l'explication. Pourtant, l'opposition ne semble pas être son souci majeur. Sereinement installé à la tête de la région à laquelle il a su donner un rayonnement nouveau grâce à son talent de communicant, il pilote l'institution en douceur et sa gestion ne présente guère d'aspérités qui puissent donner de prises solides à la droite et au centre. Pas de souci non plus du côté des composantes de sa majorité. Avec les communistes, il y a eu un léger différend sur la question de la «charte de progrès» définissant les conditions sociales de l'aide aux entreprises. Avec les Verts, il y a bien sûr le hiatus sur l'aéroport de Notre-Dame des Landes et, plus discrètement, le soutien écologiste à la taxe Borloo sur les poids lourds. Du côté du groupe UDB, il y a eu le conflit avec le maire de Carhaix, Christian Troadec, à propos de l'hôpital. Ce dernier a d'ailleurs démissionné de son groupe et annoncé son intention de mener sa propre liste («Bretagne nous te ferons») aux régionales plutôt que de participer à une liste d'union de gauche dès le premier tour. Bref, rien de bien méchant.
«Il attend que Strauss-Kahn sorte du bois pour la présidentielle.»»
