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France

Gardes à vue: la grande illusion

29 avril 2009

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Près d'un Français sur cent placé en garde à vue en 2008! En sept ans, leur nombre a augmenté de 71,6%, passant de 336.000, en 2001, à 577.000 en 2007. Efficacité ou dérive policière?

Le nombre de gardes à vue a explosé, sans que le nombre de personnes condamnées n'ait augmenté, et alors que la délinquance est supposée avoir baissé. D'où la conclusionde Dominique Barella, procureur en disponibilité et membre de la commission justice du PS: «Un nombre important de Français ont été mis en garde à vue sans avoir commis la moindre infraction.» «Les forces de l'ordre placent en garde à vue pour tout et n'importe quoi, mais pas pour rien du tout», corrige un juge d'un parquet breton. «J'ai l'impression qu'on en use et en abuse», confesse un magistrat du parquet général de Rennes.

Incroyable paradoxe

«Aujourd'hui, même pour un petit truc, on place systématiquement en garde à vue, reconnaît un officier d'une antenne de PJ bretonne. Pourtant, cela ennuie tout le monde, nous compris. Mais une simple audition qui dure plus de trois heures, ce n'est plus possible. C'est la Cour de cassation qui l'a dit. Cela bafouait, nous assure-t-on, les droits de la défense!» C'est ce qu'explique l'avocat brestois Ronan Appéré: «Entendre quelqu'un pendant plusieurs heures, l'exposer à des pressions, sans avocat, sans avoir vu un médecin, c'était ni plus ni moins qu'une garde à vue sans droits!» «Pour se couvrir, pour protéger les droits du citoyen, on est donc obligés... de le priver de liberté! Quel paradoxe!», fulmine l'officier de police. Et cela ne satisfait toujours pas les avocats, pour qui les gardes à vue sont toujours un moyen de pression.

«Pas de la vraie police

» Si le nombre de gardes à vue a explosé, c'est aussi «la faute à la course aux résultats» imposée aux forces de l'ordre, expliquent de nombreux policiers. Ce chiffre est considéré comme un indicateur de leur activité et de leur efficacité. «C'est pour afficher un côté très dynamique. C'est de la com'», analyse, pour sa part, un juge du parquet. Un commissaire de police acquiesce: «Ceux qu'on place le plus en garde à vue n'ont pas forcément commis une infraction. La preuve: la plus forte hausse et le plus grand nombre concernent les étrangers en situation irrégulière! Les deux plus autres fortes hausses impliquent les usagers de produits stupéfiants et les violences conjugales... Les usagers de stups, je peux vous en faire en veux-tu en voilà, en allant simplement à la sortie des lycées. C'est facile. Mais pendant qu'on fait ça, on ne fait pas de la vraie police. Pas celle qui s'attaque aux délits qui pourrissent la vie des gens.»

  • Hervé Chambonnière
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