2 juillet 2009
Le premier juge chargé de l'enquête sur l'attentat de Karachi estime peu crédible la thèse d'un règlement de comptes sur fond de commissions «oubliées».
Michel Debacq, ancien juge antiterroriste, a été le premier à mener l'enquête sur l'attentat commis le 8mai 2002 à Karachi, au Pakistan, qui avait tué onze salariés français de la DCN. Dès le début, son équipe privilégiait la piste islamiste, favorisée par les dissensions entre les factions de l'armée pakistanaise. «Les services pakistanais ont sans doute mis une ?poussette? à leurs amis barbus pour frapper», décrit l'un des limiers qui a fouiné sur place. «Et si la DCN a été visée, c'était tout simplement parce qu'elle était très identifiable». Et selon Michel Debacq, la thèse apparue récemment d'un attentat lié à une guerre de gros sous chiraco-balladurienne sur fond de commissions liées à la vente de sous-marins au Pakistan est «une fable»! «Aucun élément de renseignement accrédite la piste des commissions», assure l'ancien juge. En revanche, le ministère de la Défense pakistanais a, dès 1997, saisi le ministère français de la Justice pour connaître les ayants droit des commissions de ce marché de 826millions d'euros. La requête avait «tout d'une demande de renseignements», décrit un magistrat en poste à l'époque des faits. D'où un rejet en bonne et due forme.
Dissensions dans l'armée
Une péripétie qui éclaire les dissensions au sein de l'État et de l'armée pakistanaise autour de ce contrat avec la DCN. Et qui n'ont fait que s'accentuer avec les attentats du 11septembre 2001 et la main tendue du général président Pervez Mucharraf vers l'Occident. Partagée entre une mouvance traditionnelle et religieuse très importante dans l'armée de terre et une frange plus favorable à l'Occident dans la marine ou l'aviation, la grande muette du «pays des hommes purs» s'est entre-déchirée au début des années 2000. Une lutte des corps et des services qu'Alain Chouet, alors patron du renseignement à la DGSE, a clairement retranscrite en 2003 dans la revue de l'Ifri (Institut français des relations internationales). Et selon lui, l'attentat du 8mai 2002 n'est qu'un artefact de ces luttes intestines.
