15 février 2008
Engagée dans un plan social, l'entreprise La Barre Thomas, a recours à des métodes expéditives et traumatisantes pour se séparer de ses salariés.
A La Barre Thomas, le salarié apprend son licenciement par son chef d ' atelier qui vient le chercher pendant son travail devant ses collègues . L'usine, autrefois appelée CF Gomma, est spécialisée dans la réalisation de pièces caoutchouc et thermoplastiques pour l'industrie automobile et ses équipementiers. Une activité qui en fait l'un des principaux sous-traitants de PSA à Rennes.
Confrontée à un plan de 309 suppressions d'emplois sur un effectif total de 1.600 personnes, l'entreprise procède par vagues de licenciements depuis dix mois. L'employeur a choisi de prévenir s les salariés pendant leur travail.
Loïc Douabin, 54 ans, a appris la nouvelle début février une heure après avoir commencé son service : « un coup de marteau », dit-il. « Le chef d ' atelier m ' a dit : le responsable veut te voir. J ' ai tout de suite compris » .
Pierre Chevillon, 54 ans aussi, a vécu la même chose au mois d ' octobre. « Mon chef m ' a pris par le bras pour aller dans un bureau avec le contremaître qui m ' a dit : c ' est la direction qui t ' a choisi » , raconte-t-il. Choqué, il monte à 18 de tension et fait un passage par l ' infirmerie, avant de quitter définitivement l ' usine deux heures plus tard, après 35 ans d ' ancienneté.
« Peloton d ' exécution »
Une méthode jugée inadmissible et traumatisante par les syndicats CFTC et CGT . « Cela fait peloton d ' exécution » , explique Guy Selon, délégué CGT.
« Pas du tout » , rétorque Damien Baudry , directeur des ressources humaines (DRH), pour qui la méthode est « plus humaine » que celle consistant d ' abord à « envoyer une lettre » au domicile du salarié. Très prudent, FO explique qu' « il n ' y a pas de bonne méthode pour virer les gens » .
Didier Schiller, psychologue du travail à Nantes, juge pour sa part que « s ' il n ' y a pas de bonnes méthodes, il y en a d ' exécrables » . « On vient les chercher devant tout le monde : tout en les stigmatisant, cela constitue une mise en garde pour les autres » .
Après un bref entretien avec sa hiérarchie, le salarié rencontre un membre de la direction, puis la cellule de reclassement. Pour le DRH, il s ' agit « d ' un sas de décompression » pour que le salarié soit « écouté » et « qu ' on lui redonne des perspectives » . « Quand il quitte l ' entreprise, il doit avoir un objectif et ne pas se dire c ' est fini pour moi ! » , selon lui.
« Des bêtes à l'abattoir »
Mais, sous le choc, Loïc Douabin « n ' a rien compris » à ce qu ' on lui a dit. Pierre Chevillon, lui, aurait « préféré un courrier » . Et raconte-t-il, encore éberlué, « je voulais dire au revoir à mes collègues. On m ' a dit : non, c ' est fini » . C ' est comme des bêtes qu ' on mène à l ' abattoir » , ajoute-t-il. « Tout se fait sous le contrôle de l ' inspection du travail » , assure de son côté Damien Baudry. La société Catalys qui intervient dans l ' entreprise pour le reclassement refuse de commenter la méthode.
Culpabilité
Remercié au mois d ' octobre, Frédéric Preter, 38 ans, est venu soutenir ses anciens collègues vendredi devant l ' usine mais les salariés s ont « sous pression et ont peur » . « Ce type de comportement maintient la menace et provoque une forme de soulagement culpabilisant chez ceux qui restent » , confirme Didier Schiller. « Chacun défend sa peau » , conclut-il.
