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Economie

CMB. Les interrogations brestoises

25 juin 2009

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Le CMB pèse près de 3.000 emplois dans le Finistère, essentiellement dans l'aggomération brestoise. Des projets de transfert vers Rennes suscitent inquiétudes et réactions. Le P-DG, Jean-Pierre Denis, se veut rassurant.

Aujourd'hui et demain, les dirigeants du Crédit mutuel de Bretagne (comité exécutif et conseil d'administration) devraient officiellement décider l'implantation, à Rennes, du nouveau pôle d'entreprises de la banque bretonne. Cette création aurait flatteusement souligné les ambitions de développement du groupe si elle n'avait été précédée du transfert d'une cinquantaine de postes de Brest vers Rennes et de propos laissant supposer que pour faire du business, aujourd'hui, il vaut mieux être à Rennes qu'à Brest. Une stratégie à contre-courant de celle développée pendant des décennies par des dirigeants qui avaient fait le pari inverse: concentrer à Brest les centres décisionnels du CMB et créer un environnement local favorable à l'arrivée d'emplois de haut niveau et à l'éclosion de filiales dont les noms sonnent comme autant de joyaux de la couronne brestoise: Suravenir, Financo, Fortunéo, Fédéral Finance, BCME... De magnifiques réussites bancaires, menées bien loin des centres névralgiques de la finance française, comme un pied-de-nez breton au centralisme hexagonal.

Proche de Pinault

L'arrivée de Jean-Pierre Denis à la tête du groupe Crédit Mutuel Arkéa (Bretagne, Massif central et Sud-Ouest) a incontestablement marqué l'entrée dans une nouvelle ère. Son parcours (HEC, ENA, Inspecteur des finances) est celui d'un brillant esprit mais son profil est éloigné de ceux qui, depuis l'emblématique Louis Lichou, ont tenu les rênes de la banque bretonne. Avec lui, ont émergé une nouvelle génération, une nouvelle organisation mais aussi une nouvelle stratégie régionale qui a provoqué des sueurs froides dans l'agglomération brestoise tant la position de Jean-Pierre Denis semble marquée d'un tropisme rennais. Car outre le transfert de postes de Brest vers Rennes et la création de ce Pôle-entreprises, il y a sa relation très proche avec François Pinault, propriétaire du Stade Rennais (Jean-Pierre Denis est d'ailleurs membre du conseil d'administration du groupe PPR de la famille Pinault) relation qui a généré un projet de sponsoring de ce club de foot par le Crédit Mutuel. À la pointe bretonne, cette annonce a fait du bruit car le CMB, jusqu'ici, répartissait son aide sur l'ensemble des clubs bretons. Que la banque originaire de Brest s'en aille sponsoriser le Stade Rennais, c'est comme si la Tour Eiffel devenait l'emblème officiel de l'Olympique de Marseille! On dépasse très largement le cadre du football. Depuis, la banque a apporté des démentis qui n'ont pas convaincu tout le monde, car ils s'apparentent à un recul dicté par les réactions plus que mitigées, dans certaines sphères extérieures mais aussi en interne où les syndicats ont eu la dent dure sur le nouveau style de la présidence. La CFDT a même parlé d'entrée dans l'époque «bling-bling» peu en phase avec l'histoire de la banque.

«Une ADN brestoise»

Face aux interrogations et aux inquiétudes, Jean-Pierre Denis devait clarifier sa position. Il a choisi de le faire mardi soir, lors d'une assemblée générale de l'association Investir en Finistère, composée essentiellement de chefs d'entreprise dont il est aisé d'imaginer l'attention qu'ils portent à la stratégie de la banque d'origine finistérienne, en belle santé financière. En 2008, selon son P-DG, elle a eu «un ratio de fonds propres à 9,9 qui est le meilleur de France. Il nous laisse des marges de manoeuvres». Tout au long de son exposé, Jean-Pierre Denis s'est voulu rassurant; «Nous ne sommes pas en train de préparer je ne sais quel repli du Finistère», a-t-il dit, en indiquant que le CMB a «un ancrage finistérien et une ADN brestoise. Je suis Finistérien, j'habite à Quimper et je travaille à Brest».



À l'appui de son propos, il a cité quelques chiffres. «En 2009, nous créons 90 emplois dans l'agglomération brestoise, dont 60 à bac+5. Aujourd'hui, nous sommes dans un rapport de 1 à 15 dans le nombre d'emplois de Rennes et Brest et nous venons d'annoncer la construction de 15.000m² supplémentaires à notre siège du Relecq-Kerhuon pour le regroupement de filiales disséminées dans l'agglomération. Fortunéo, qui veut devenir le grand leader de la banque en ligne, le fera à partir de Brest. Ce ne sont pas là des signes de déménagement».

«La proximité»

Sur la philosophie du groupe, il s'est voulu dans la continuité en soulignant les vertus du mutualisme et en indiquant que le développement de la banque passait par un renforcement de la proximité avec les clients. À plusieurs reprises, ce terme de «proximité» est revenu dans ses propos, comme la signature génétique d'une banque qui n'oublie pas d'où elle vient. Ce n'était pas inutile de le rappeler. Les chefs d'entreprise présents ont semblé convaincus par les propos de Jean-Pierre Denis. Mais le P-DG sait désormais que la stratégie du groupe sera suivie avec beaucoup d'attention à Brest, une ville qui a subi de profondes mutations ces dernières années. Au point que le poids du Crédit Mutuel-Arkéa y est désormais supérieur à celui de l'arsenal.

  • René Perez
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