13 novembre 2007
Quel étonnement, l'autre jour, en lisant un compte-rendu d'assemblée générale à la Faculté Victor-Segalen de Brest : les étudiants semblaient s'inquiéter de ce que leurs diplômes deviennent « un bien marchand ». Préfèrent-ils que leur cursus n'ait aucune valeur ? Ne réalisent-ils pas que cette idéologie dépassée dont on les abreuve, et à l'égard de laquelle les présidents d'université font parfois preuve d'indulgence, les condamne aujourd'hui à l'échec. Et demain à la frustration d'une impasse professionnelle. Que cette loi, a minima, sur l'autonomie des universités vise à leur donner une chance dans la compétition mondiale. Que la dictature des glandeurs ou des agitateurs qui les empêchent de travailler apparaît comme la survivance de systèmes totalitaires, incongrus au XXI e siècle. La preuve : les médias sont malvenus dans des réunions où l'on tente désormais d'interdire le vote à bulletins secrets. Certes, les jeunes se construisent contre les adultes. Aussi, la posture du refus dans un rituel bien connu est-elle un premier pas dans la voie de l'affirmation et de l'identité. Pour autant, la plupart de ceux qui s'opposent à toute évolution, du CIP à l'autonomie, en passant par le CPE, ont une vision du marché du travail datant d'il y a trente ans. Même Ségolène Royal envisageait, lors de sa campagne, de promouvoir un contrat spécifique pour les jeunes. Cette tyrannie du statu quo ne peut que desservir les moins favorisés et accentuer les mécanismes de reproduction sociale dénoncés par la vulgate marxiste. Outre les comportements antidémocratiques que traduisent certains détournements d'AG, cette instrumentalisation de la jeunesse par la politique et le social traduit un souverain mépris pour son avenir. Julien Dray a d'ailleurs pris ses distances avec les mots d'ordre débiles incitant les étudiants à envahir les gares. Égoïsme et irresponsabilité resteront durablement le legs des idées soixante-huitardes (1). Accolé au conservatisme français, ce nihilisme théâtral en est devenu le meilleur alibi.(1) Selon Claude Goasguen, délégué chargé de la Recherche et de l'Université à l'UMP, « aucun gouvernement n'a réussi à réformer en profondeur, un système qui n'est plus adapté au monde moderne. Les aménagements postérieurs à 1968 n'ont pas rompu totalement avec cette idée bien française que la finalité de l'Université n'est pas de s'adapter mais de transformer la société ».
