21 novembre 2008
Le Pot au Noir est fidèle à sa réputation. Loïck Peyron et ses proches poursuivants ont subi un nouveau coup de frein hier.
Hier matin, ils pensaient être sortis d'affaire. Pas de chance, la petite accélération de la nuit n'était qu'une illusion. On n'échappe pas si facilement aux « griffes de la bête », comme dirait Yann Eliès.
En fin de matinée, les leaders ont subi un deuxième arrêt buffet dans des vents erratiques de 0 à 6 noeuds. Cette fameuse zone de convergence intertropicale est mobile et a, en fait, accompagné les premiers dans leur déplacement vers le sud. La punition a été immédiate : 2 noeuds au speedo pour « Gitana Eighty » au pointage de 11 h. Une misère !
Desjoyeaux
la tête dans les étoiles
Cette difficulté des leaders à s'extirper de ce piège du Pot au Noir épais et pot de colle fait évidemment le bonheur des chasseurs qui, pour l'heure, naviguent encore dans un alizé stable. C'était le cas de Michel Desjoyeaux qui avait savouré une nuit « la tête dans les étoiles » dans le cockpit de son « Foncia » qui glissait entre 12 et 14 noeuds sous spi et grand-voile haute. Ce scénario qui ralentit bien ses rivaux n'est évidemment pas pour déplaire au Professeur qui a fait un rapproché spectaculaire ces derniers jours. Il peut encore espérer réduire l'hémorragie de milles. (297 sur le leader hier à 20 h). Ceci étant, il analyse la situation avec prudence : « Il y a un moment où cela va repartir dans l'autre sens. On verra à quel niveau sera le compteur à la sortie du Pot au Noir. C'est une fois dans l'autre hémisphère qu'on fera vraiment les comptes mais je n'ai pas la boule de cristal. Ce serait mieux pour l'intérêt de la course que dans ce groupe de tête, ils soient nombreux à repartir ensemble et que le Pot au Noir ne tue pas trop le suspense. »
Peyron : « Pas comme dans les livres »
Reste à savoir comment les poursuivants, moins gênés dans leur approche de cet obstacle que le groupe de tête, négocieront à leur tour ce Pot au Noir qui tient ses promesses. Pour les premiers, même si le rythme s'était élevé hier après-midi, la sortie de cette zone de convergence intertropicale se fait désirer.
Loïck Peyron et ses camarades de jeu espèrent retrouver les alizés d'est à sud-est ce vendredi. Le Baulois prenait son mal en patience : « Ce n'est pas un Pot au Noir comme dans les livres avec des gros grains. C'est très aléatoire mais normal. Il faut y passer d'une manière ou d'une autre. C'est chaud, il fait 33°C à l'ombre, 29°C dans l'eau... » Après cette carte postale, le Baulois en venait à la stratégie : « Dans le doute, faisons de l'ouest, c'est bien dans le Figaro. Mais sur l'équateur, dans le Pot au Noir, dans le doute, faisons du sud. C'est comme les canards, tout le monde fait du sud en hiver », concluait le leader qui espérait être sorti d'affaire hier dans la soirée.
Dans cette pénible traversée qui tient un peu de la loterie, Roland Jourdain avait préféré jouer à l'ouest et cela ne lui avait pas trop mal réussi. Le skipper de « Véolia » servi par des vents plus soutenus avait grignoté des places et devançait son copain Jean Le Cam. Mais les dix premiers de ce top ten se tenaient en l'espace de 75 milles, ce qui n'est pas si important vu la distance qui reste à parcourir.
La nuit passée, les solitaires allaient poursuivre leur aléatoire quête des risées pour se faufiler vers la sortie. Une vraie guerre des nerfs !
