8 mai 2008
Georges Gardère, 55 ans, a été condamné, hier, par la cour d'assises du Finistère aux dix années de réclusion criminelle réclamées pour des viols et agressions sexuelles commis sur trois mineurs à Plougastel-Daoulas. A la lecture du verdict par le président Buckel, l'accusé est resté de marbre, comme durant une bonne partie des deux journées de débats. Son attitude a, à n'en pas douter, aussi pesé sur la décision de la cour. « A aucun moment, il n'a abordé le vécu des mineurs, ni les conséquences sur eux. Hier, ils n'existaient pas. Pas plus qu'aujourd'hui », a d'ailleurs relevé le représentant des parties civiles lors de son intervention. M e Elard ne croit pas aux « pulsions incontrôlables » que l'accusé avance pour justifier ses graves dérapages. « Il y a calcul. Il repère sa proie, l'enfant, s'en "occupe" et une fois "fini", revient parmi ses proches comme si de rien n'était ». Encore aujourd'hui, les victimes n'ont pas totalement reconstruit leur vie. « Parce qu'il a bafoué leur innocence, volé l'insouciance de la jeunesse ».
« Pas un regard »
« Pervers, pédophile, froid : il mérite une part de chacun de ces qualificatifs », estime Mme Kérisit, avocat général, « saisie, outrée, choquée », notamment par la répétition des faits - commis entre 1983 et 1995 - et le nombre des victimes, quatre, dont trois frères.
Ce qui déplaît surtout au représentant de l'accusation, c'est l'attitude du quinquagénaire. « Pas un mot, pas un regard, pas une excuse pour les jeunes gens. Il ne les a pas vus ». L'avocat général croit Jérémy lorsqu'il parle de trois agressions, Richard, lorsqu'il évoque des actes de sodomie, les faits les plus graves niés en bloc par Georges Gardère. « Même à l'audience, ils n'ont pas été vindicatifs, n'ont pas eu un comportement de vengeurs. Les fellations imposées ont été reconnues. Elles sont considérées comme des viols. Quel intérêt d'en rajouter ? ».
Traumatismes d'enfance
La thèse du « complot familial », évoquée un moment par l'accusé et son fils pour expliquer ces accusations, l'un des avocats de la défense, la rejette d'emblée. M e Lhommeau tient en revanche à ce que le doute profite bien à l'accusé. « Il n'y a aucun dossier médical, aucun témoignage. Il y a des contradictions aussi chez les parties civiles. Pourquoi doit-on croire systématiquement ce que dit une victime et pas un accusé. Depuis Outreau, crédibilité ne veut plus dire automatiquement vérité ».
Un peu plus tard, sa consoeur M e Lechaux, demandera aux jurés de tenir compte de l'écoulement du temps, des soins entrepris spontanément avant sa mise en examen et de juger « en fonction de sa personnalité ». Aux « carences affectives sévères », s'ajoute une vie dans un milieu familial pour le moins perturbé. « Un père incestueux, des frères qui agressent leurs deux soeurs. Peut-être Georges Gardère a-t-il subi ou été témoin ? Cela peut expliquer les pulsions qu'il évoque ».
Les jurés ont répondu par l'affirmative à toutes les questions soumises, notamment sur la réalité des viols de l'un des frères et les accusations du frère cadet.
