21 mai 2008
Plus de trente ans d'engagement associatif, salués par une moisson de distinctions : Ordre national du mérite, Légion d'honneur...
C'est le parcours exemplaire des deux principaux prévenus. Jusqu'à ce qu'ils soient poursuivis pour abus de confiance et escroquerie.
Des opérations financières dont il serait le bénéficiaire exclusif (un appartement entièrement rénové à Brest, une maison à Ouessant), un salaire (12.000 mensuels) près de trois fois supérieur à celui prévu par la convention collective nationale, une « indemnité de départ à la retraite », à la suite de son licenciement en 2001, atteignant 1,2 million de francs... Le tout sans que le conseil d'administration ne soit sollicité, ni même informé. Ce sont les principales accusations retenues par l'instruction à l'encontre de Jean-Pierre Gourmelon, directeur général des Genêts d'Or jusqu'en 2001.
Instruction qui soulève également la responsabilité du président de l'association, Émile Stéphan, aujourd'hui âgé de 76 ans, poursuivi pour abus de confiance. C'est lui qui a signé et avalisé les décisions de dépenses « non conformes à l'objet social de l'association ». Celles qui auraient bénéficié à Jean-Pierre Gourmelon.
Un patrimoine modeste
Émile Stéphan est-il quelqu'un de malhonnête ? « C'était l'intégrité même (...) En 38 années de bénévolat, il n'a jamais demandé le moindre remboursement de frais de transport. Quand un chèque de remboursement d'office lui parvenait, il le retournait », attestent plusieurs témoins.
Père d'un premier enfant né handicapé, Émile Stéphan « s'est battu pour donner, dans les années 60, une autre alternative que l'hôpital psychiatrique aux parents d'enfants déficients mentaux ». S'est-il enrichi ? Son patrimoine ne compte qu'une voiture, une retraite de 1.500 , une centaine de milliers d'euros issus de la vente de son commerce, à son départ à la retraite, et une maison... en location.
« Je voulais travailler
à l'Unesco »
Jean-Pierre Gourmelon évoque, quant à lui, « une enfance heureuse », son passage au séminaire, puis ses études de philo. « Mon objectif était de travailler à l'Unesco ». Il sera prof de philo et de psycho à Brest, pendant six ans, « parce qu'il fallait bien gagner sa vie ». Cela le passionne. Il s'engage bénévolement dans l'animation, dans le secteur populaire. Il gravit les échelons au sein de l'Union française de vacances et de loisirs (UFCV), qui gère près de 3.000 associations en France, et en devient même le président.
C'est à cette époque que son chemin croise celui d'un des fondateurs des Genêts d'Or. Tout est à faire. Il fonce. C'est lui qui contribue le plus à faire grandir « une petite structure née en 1963 », employant une centaine de salariés accueillant 140 enfants handicapés.
« Aujourd'hui, les Genêts d'Or, c'est près de 1.500 salariés et autant de personnes handicapées prises en charge », commente le prévenu.
Jean-Pierre Gourmelon est-il seulement l'entrepreneur désintéressé qu'il dit être, questionne le procureur. Lundi, l'un des policiers chargés de l'enquête livrait son sentiment. « C'est sa volonté de tout diriger qui a amené ces dérives ».
Son bureau ?
« La table à secousses »
L'homme était « craint par les cadres de l'association », a confirmé, hier, l'un des directeurs d'établissement. Son bureau était surnommé « la table à secousses ». « C'était une main de fer dans un gant de velours et, parfois, on sentait bien la main de fer. Les Genêts d'Or, c'était sa chose », commente ce directeur, qui suggère qu'Émile Stéphan aurait agi « par loyauté » envers Jean-Pierre Gourmelon, « parce qu'il avait tout donné aux parents qui n'avaient rien ».
L'homme de fer fond en larmes au moment d'évoquer son divorce, parce qu'il était « tout le temps absent ». « J'avais épousé la cause de ces enfants... ».
