Un look et des principes chevillés au corps
À carreaux. Le « look » Frères Morvan, une trouvaille qui remonte à leur début de carrière ? Non. C'est Agnès, 69 ans, qui a eu l'idée d'habiller les frangins de la même chemise à carreaux, pour leurs quarante ans de scène, en 1998. « Ils en ont 17 », confie, amusée la native de Poullaouen qui, à l'heure de la retraite, après 43 ans passés à Paris, est revenue en Bretagne choyer la fratrie. Une tenue de scène désormais aussi indispensable que leur fameuse casquette !
Pour boire. Si les frères Morvan ont un agenda à faire pâlir un intermittent du spectacle, jamais ils n'ont songé à faire du chant leur métier. « Notre travail, c'était la ferme ». Une exploitation de 56 ha et une centaine de vaches normandes qui donnaient suffisamment de boulot et de plaisir comme ça aux frangins unis jusque dans les champs. « Et puis les organisateurs de festoù-noz ne nous donnaient que ce qu'ils voulaient. C'était la règle avec nous. Jamais, on ne pourra dire que les frères Morvan ont mangé la cagnotte ! D'ailleurs, la plupart du temps, on redonnait plus qu'on ne gagnait en payant des coups aux camarades après notre tour de chant ».
La bonne année jusqu'en mars. Avant le renouveau celtique et l'essor des festoù-noz payants, les Frères Morvan chantaient déjà en famille et pour les proches. « On a commencé tout gamins, avec notre mère. Et plus tard, on chantait après les travaux des champs et, surtout, pour les cafés du Premier de l'An ». Des rendez-vous festifs qui s'échelonnaient « jusqu'au mois de mars ! ».
Jamais découché. Jamais, même après un fest-noz tardif, les frères n'ont découché. Pour les enfants de Botcol, le retour à Saint-Nicodème a toujours été un impératif. « Enfin, une fois, en 50 ans, on n'est pas rentré. C'était en 1971, après avoir chanté à Vay, près de Guémené-Penfao, en Loire-Atlantique ».
Jamais un refus. « Quand on s'engage, on tient toujours promesse ou presque. Peu importe les chapelles, on joue pour tout le monde quand on nous le demande. Il nous est bien arrivé quelquefois de nous décommander, mais uniquement quand la bonne marche de la ferme l'exigeait ou quand on était souffrant ».
Niet au Stade de France ! On leur a proposé de chanter au Palais omnisports de Bercy, au Stade de France aussi, mais à chaque fois, c'est la même réponse qui fuse : non merci. Trop attachés à leur Bretagne, les frangins refusent de franchir la frontière. Et puis comme diraient Yvon et Henri, « dans des grandes salles comme ça, sans orchestre, on serait ridicule. On aurait l'air de deux bouteilles dans un champ d'un hectare ».
Souvenirs. Ils en ont vu débuter des petits jeunes, les gars de Botcol. Alan Stivell, quand celui-ci sonnait en couple sous son vrai nom - Cochevelou - ou encore quand Glenmor, « aux débuts des années soixante, chantait seul à Plévin avec sa guitare ». Un peu plus tard, l'artiste engagé les invitera d'ailleurs « à chanter pour ses noces, à Guerlesquin ».