18 mai 2008
Alors que les ports de l'Atlantique se soulèvent les uns après les autres, les pêcheurs du Guilvinec (29) se sont retrouvés, hier matin, avec le sentiment d'arriver dans une impasse, alors que la semaine à venir sera décisive.
Le message est clair. « Peut-être qu'on va crever. Mais on ne va pas le faire en silence ». À la sortie de la réunion organisée par le comité de crise du Guilvinec, tenue à huis clos hier matin, le moral des marins-pêcheurs était au plus bas. Car, passé le temps de la révolte, en novembre, puis celui de l'incertitude avec la gestation douloureuse du plan Barnier, le temps est désormais à l'incompréhension et à la crainte.
L'incompréhension face à la flambée incontrôlable du gazole pêche - 54 centimes en décembre lors de la visite de Nicolas Sarkozy, 71 centimes hier matin -, et la crainte face aux conséquences désastreuses de cette explosion des coûts, alors que les cours sous criée restent à un niveau très bas, inférieurs aux années précédentes.
« Je crois que si je pouvais, expliquait, amer, un patron s'attardant quelques instants sur la terrasse de la criée, je vendrais mon bateau et je lâcherais tout. Mais il faudrait, au moins, que ça couvre mes dettes ».
Une semaine capitale
Du coup, la tâche du comité de crise et de son porte-parole, Philippe Le Moigne, s'est singulièrement compliquée. « On a les contrats bleus, qui doivent permettre aux pêcheurs de compenser le surcoût du carburant, mais l'encre est à peine sèche qu'il faudrait les corriger, vu que le gazole augmente tous les jours ». Du coup, le mécanisme perd, chaque fois, de son efficacité potentielle. Une situation qui inquiète, au-delà des quais, à l'approche d'une semaine décisive.
« On a deux échéances très importantes, poursuit Philippe Le Moigne. La première mardi, à la direction nationale des pêches, pour se pencher à nouveau sur les contrats bleus, mesure par mesure. Et puis, mercredi, on a rendez-vous avec Michel Barnier ». Un rendez-vous avancé dans l'urgence en raison de la poussée de fièvre sur le littoral atlantique. L'objectif, voir comment l'État peut adapter ses aides dans ce contexte très particulier.
Appel aux autres professions
Du coup, les Bigoudens, en pleine saison de la langoustine, ont décidé de rester calmes jusqu'à mercredi. En attendant, les marins-pêcheurs espèrent bien être rejoints dans leur combat. Par les consommateurs, « qui paient par exemple 22 du kilo de rouget que l'on a vendu 2 sous criée ».
Par d'autres professions, aussi. « Si un mouvement d'ampleur nationale s'engage sur le problème du carburant, que chacun sache que les marins s'y associeront pleinement », conclut Philippe Le Moigne. Un appel du pied à peine dissimulé aux agriculteurs, mais aussi aux routiers, aux capacités de blocage considérables.